Dans Deraa, des militants affrontent les soldats syriens, malgré le cessez-le-feu. Photo Shaam News Network/AFP
Les militants et l’opposition ont dit vouloir faire de la journée d’hier, placée sous le slogan de « la révolution pour tous les Syriens », un test pour le régime qui a cherché à écraser la contestation qui s’est militarisée au fil des mois. « Dès lors que les troupes sont obligées d’alléger la pression, les Syriens peuvent décider par eux-mêmes de se joindre ou pas à cette révolution populaire », estime Karim Bitar, chercheur associé à l’IRIS, spécialiste du Proche et Moyen-Orient. Le plan Annan prévoit, outre la cessation des hostilités, le retrait de l’armée des villes, le « droit de manifester pacifiquement » et un dialogue entre l’opposition et le pouvoir. Les autorités ont néanmoins rappelé que toute manifestation devait être autorisée au préalable. Le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l’opposition, a appelé à poursuivre la mobilisation pour obtenir la chute de M. Assad. « Le peuple veut la chute du régime », « Nous allons voir les promesses d’Assad de cessez-le-feu », ont scandé des manifestants, qualifiant l’armée de « traître », selon des vidéos mises en ligne par des militants. Plusieurs courants de l’opposition refusent tout dialogue avec M. Assad, ce qui fait craindre aux analystes un blocage du plan Annan, soutenu par l’ONU.
Sur le terrain, l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a fait état de la mort de quatre manifestants tués par les forces de sécurité à Hama, ainsi que dans les régions d’Idleb et de Deraa. Deux autres civils ont péri, l’un dans la banlieue de Damas par des tirs des troupes et l’autre à Homs par des obus, selon l’OSDH. Deux militaires ont en outre été tués à Alep et Hama. De brefs combats entre soldats et militaires dissidents ont également eu lieu à la frontière avec la Turquie, selon l’OSDH, qui avait fait état pour la journée de jeudi de 10 morts, dont sept civils. Selon l’OSDH, les manifestations d’hier ont été « plus importantes que les semaines précédentes » dans la quasi-totalité des provinces, en dépit d’un déploiement militaire massif.
À la faveur de la relative accalmie, le Conseil de sécurité de l’ONU examinait hier l’envoi d’observateurs pour surveiller l’application du plan de l’émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe Kofi Annan en Syrie, où les troupes ont été maintenues en force dans les villes contrairement au plan. Mais la Russie, alliée de M. Assad, s’oppose au projet de résolution présenté par l’Occident, rendant difficile un vote. Dans ce bras de fer, Moscou a même rédigé son propre projet. Le Conseil de sécurité espérait adopter rapidement une résolution envoyant jusqu’à 30 observateurs militaires dès la semaine prochaine en Syrie. Jeudi déjà, les ministres des Affaires étrangères du G8 avaient réclamé depuis Washington une action « immédiate » pour envoyer des observateurs en Syrie. Également jeudi, M. Annan avait estimé que Damas n’avait techniquement pas respecté son plan mais que le cessez-le-feu était « une chance à saisir ». De son côté, le président français Nicolas Sarkozy a assuré hier ne pas croire à la « sincérité » de M. Assad. Et les États-Unis ont une nouvelle fois appelé la Syrie à se conformer à tous les points du plan de transition de M. Annan, qualifiant le cessez-le-feu de « fragile ».
Aide US
Un haut responsable américain a, de son côté, sous le couvert de l’anonymat, indiqué que Washington fournit de l’aide aux rebelles, notamment des équipements médicaux et de communication, mais pas d’armes. « Il est probable que ces livraisons d’aide vont augmenter à l’avenir », a assuré ce responsable, sans préciser ses canaux d’acheminement.
M. Annan a en outre réclamé un « accès humanitaire » en Syrie, le général norvégien Robert Mood, chargé de préparer la mission des observateurs, ayant évoqué un besoin pressant « d’aide humanitaire massive » pour un million de Syriens qui manquent de nourriture, de couvertures et d’eau. Le général Mood s’était rendu la semaine dernière en Syrie pour préparer l’arrivée de l’équipe avancée des observateurs. Mais la suite de sa mission dépend désormais du vote à l’ONU. Depuis près de 13 mois, les violences ont poussé des dizaines de milliers de Syriens à fuir vers les pays voisins – Turquie, Jordanie et Liban. La Turquie a commencé à recevoir de l’aide internationale pour les réfugiés sur son territoire et la France a annoncé qu’elle envisageait d’envoyer une aide humanitaire à ceux réfugiés en Jordanie.
(Sources : agences et rédaction)


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