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À La Une - Liban

Tollé général après l’agression syrienne contre l’équipe de la NTV

« Je suis retourné à la voiture et j’ai ouvert la porte. Ali est alors tombé dans mes bras et j’ai constaté qu’il avait été tué », raconte Abdel Azim Khayyat qui était en reportage avec Ali Chaabane à Wadi Khaled.

Le journaliste Ali Chaabane a été inhumé dans son village natal de Mayfadoun. Photo Samir Sabbagh

C’est dans un climat de vive émotion, doublée d’une vague d’indignation et de réprobation quasi unanime, qu’ont eu lieu hier dans la localité de Mayfadoun, au Liban-Sud, les obsèques du cameraman de la New TV, Ali Chaabane, tué lundi à Wadi Khaled (Liban-Nord), à proximité de la frontière avec la Syrie, par des tirs directs, et prémédités, de l’armée syrienne en provenance du territoire syrien.

 

Alors que plusieurs voix se sont élevées, dont celle du collègue de Ali Chaabane qui était avec lui lors du drame, pour réclamer la convocation, voire l’expulsion, de l’ambassadeur de Syrie, les partis et courants proches du Baas au pouvoir à Damas ont totalement éludé la responsabilité de l’armée syrienne dans cette affaire, tout en condamnant la mort du jeune cameraman.

 

Les membres de l’équipe de la NTV se sont rassemblés tôt dans la matinée d’hier devant le siège de la chaîne de télévision, à Wata Mousseitbé, afin d’accueillir la dépouille mortelle de leur collègue, transférée de l’hôpital Rafic Hariri. Arrivé devant le bâtiment, le cercueil a été porté à bout de bras par les proches collaborateurs de Ali Chaabane qui parvenaient difficilement à retenir leur émotion. Le convoi s’est ensuite dirigé vers Haret Hreik, dans la banlieue sud, au domicile du défunt, où les parents et amis l’attendaient.

 

Après une courte pause, le cortège funèbre s’est rendu à Mayfadoun. À l’entrée du village, les habitants ont porté le cercueil, recouvert du drapeau libanais, sur une distance de deux kilomètres, jusqu’à la husseiniyé. Tout au long du parcours, des fleurs et du riz ont été lancés sur le cercueil, dans une atmosphère marquée par l’émotion et la colère. Les prières ont été récitées à la husseiniyé en présence du député Abdel Latif Zein, représentant le président Michel Sleiman, le chef du législatif Nabih Berry et le Premier ministre Nagib Mikati. Étaient également présents aux obsèques le député Hassan Fadlallah, représentant le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, le président du conseil d’administration de la NTV, Tahsine Khayyat, des représentants du ministre de l’Information, du ministre de la Défense, du commandant en chef de l’armée, du directeur général des Forces de sécurité intérieure, du mouvement Amal, et les notables de la région.

 

Parallèlement aux obsèques, un sit-in de solidarité a été organisé par nombre de journalistes à la place des Martyrs dans le centre-ville de Beyrouth.

 

Le témoignage du collègue de Ali Chaabane

Sur le plan des réactions, l’un des collègues de Ali Chaabane qui était en sa compagnie, à bord de sa voiture, au moment du drame, Abdel Azim Khayyat, a raconté à la NTV les derniers moments vécus par le cameraman pris sous les tirs de l’armée syrienne à Wadi Khaled. L’équipe de la NTV, qui comprenait également Hussein Khreiss, qui a été blessé par les balles syriennes, était en mission dans la région afin d’effectuer un reportage sur la situation des réfugiés syriens.

 

« Ce sont les soldats de l’armée régulière syrienne qui ont tué par leurs tirs Chaabane, a notamment rapporté Abdel Azim Khayyat. J’étais dans la voiture avec Ali Chaabane lorsque les éléments de l’armée syrienne ont commencé à diriger des tirs nourris en direction de la voiture. Je me suis couché sur le siège arrière, et pendant qu’il essayait de reculer la voiture, Ali a poussé un cri. Je suis alors sorti du véhicule qui était pris sous un tir nourri. Je me suis couché par terre et j’ai dirigé mon regard vers Hussein Khreiss que j’ai vu en train de ramper sur le sol afin de fuir les tirs. »

 

Et de poursuivre : « Je suis retourné à la voiture et j’ai ouvert la porte. Ali (Chaabane) est alors tombé dans mes bras et j’ai constaté qu’il avait été tué. J’ai voulu le déposer sur le sol, mais l’armée syrienne a continué à diriger ses tirs vers moi et vers Ali, au-dessus de nos têtes, dans le but de tuer. J’ai été alors contraint d’abandonner Ali car je ne parvenais plus à le dégager. Je me suis caché et Ali est resté baignant dans son sang jusqu’à l’arrivée d’une unité des renseignements de l’armée libanaise qui a retiré la dépouille mortelle de Ali. Mais l’armée régulière syrienne a continué à tirer prenant même pour cible les éléments des renseignements de l’armée libanaise. »

 

Pour clore son témoignage, Khayyat a demandé au gouvernement libanais, plus spécifiquement au président Michel Sleiman et au Premier ministre Nagib Mikati d’expulser l’ambassadeur de Syrie à Beyrouth, Ali Abdel Karim Ali, « au moins jusqu’à la clôture de l’enquête visant à déterminer les circonstances de la mort de Ali Chaabane sous les balles de l’armée syrienne ». Khayyat a été jusqu’à demander en outre « le départ de Bachar el-Assad, car nous sommes las des tueries ». Il a enfin annoncé qu’il démissionnait de son poste à la NTV, soulignant qu’il refusait de continuer à travailler « dans de telles conditions ».

 

Notons dans ce cadre que selon le moukhtar de Wadi Khaled, c’est un lieutenant de l’armée syrienne qui a donné l’ordre d’ouvrir le feu sur l’équipe de la NTV.

 

Le président du conseil d’administration de la NTV ainsi que les journalistes et correspondants de la chaîne en question ont également explicitement mis en évidence hier la responsabilité de l’armée syrienne loyaliste dans la mort de Ali Chaabane. La position en flèche adoptée ainsi par la NTV dans cette affaire a amené l’un des dirigeants du parti Baas (libanais) pro-Assad, Mohammad Chaker Kawas, à inviter la direction de la chaîne à « faire preuve de sagesse et à ne pas se laisser entraîner dans des accusations insidieuses ». « La région est le théâtre d’actions armées menées par nombre d’éléments de groupes terroristes syriens et libanais, soutenus par le Qatar, l’Arabie saoudite, le courant du Futur et les Frères (musulmans) criminels », a affirmé le dirigeant du Baas pro-Assad.

 

Vague de condamnations

Au niveau de la vague de condamnations, il convient de relever que le porte-parole du Quai d’Orsay, Bernard Valero, a stigmatisé les « tirs délibérés » des forces syriennes contre le territoire libanais et contre un camp de réfugiés syriens en Turquie. « Non content de persécuter son propre peuple, le régime de Damas attaque le territoire de ses voisins en violation complète du droit international », a déclaré Bernard Valero.

 

Au plan libanais, le député Ghassan Moukheiber, membre du bloc parlementaire aouniste, s’est nettement démarqué de la position du chef du CPL et d’autres pôles aounistes en condamnant en des termes très sévères l’agression perpétrée par l’armée syrienne. « L’agression à laquelle se sont livrées les forces syriennes constitue un crime de guerre et une grave violation de la souveraineté libanaise alors qu’il n’y avait aucune provocation du côté libanais », a notamment déclaré Ghassan Moukheiber qui a pressé les autorités libanaises à entrer en contact avec les responsables syriens et à convoquer l’ambassadeur de Syrie au Liban afin d’aboutir à « une enquête sérieuse pour que les criminels soient poursuivis et condamnés ». « La partie syrienne est tenue de mener une enquête sur les circonstances de la mort du cameraman Ali Chaabane », a ajouté M. Moukheiber, qui a appelé dans ce cadre au déploiement de l’armée libanaise aux frontières avec la Syrie.

 

Le député Ziyad Assouad, également membre du bloc aouniste, a adopté une position beaucoup plus mitigée et nuancée que celle de M. Moukheiber, se contentant de souligner que « le gouvernement et le Premier ministre Mikati doivent préserver la sécurité des citoyens ». M. Assouad a mis l’accent sur la nécessité de « prendre les mesures adéquates afin de sauvegarder la souveraineté des deux États libanais et syrien ». Le député aouniste a été jusqu’à dénoncer « la négligence de l’État libanais et des services libanais dans toute la région des frontières avec la Syrie ».

Abondant dans le même sens, le rassemblement des partis et forces alliés au pouvoir baassiste syrien a également fait assumer au gouvernement libanais la responsabilité de la mort de Ali Chaabane, accusant l’État libanais d’avoir fait preuve de « négligence au niveau des mesures strictes qui devaient être prises pour contrôler les frontières » avec la Syrie.

 

Le député Émile Rahmé s’est montré encore plus conciliant envers la partie syrienne, affirmant que « la mort de Chaabane ne constitue pas une agression contre le Liban ». Il s’est déclaré en outre opposé à la convocation de l’ambassadeur de Syrie, soulignant que « la guerre à la frontière libano-syrienne doit être maîtrisée par notre armée et par l’armée syrienne ».

 

Au niveau des autres réactions, le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, a vivement stigmatisé l’incident, soulignant la nécessité de mener une enquête et de « prendre les mesures qui s’imposent afin que ce genre d’agressions ne se répètent pas ».

 

Le bureau politique Kataëb a pressé le gouvernement de faire preuve de « fermeté à l’égard des autorités syriennes, sur les plans politique, diplomatique et judiciaire ».

 

Le bloc parlementaire du courant du Futur a publié pour sa part un communiqué dans lequel il a demandé au gouvernement de convoquer l’ambassadeur de Syrie afin de « transmettre un message de protestation très ferme à son gouvernement ». Le bloc du Futur a condamné à ce propos la recrudescence des crimes perpétrés par ce régime (d’Assad) aussi bien au Liban qu’en Syrie.

 

Le commissaire à l’information du Parti socialiste progressiste, Rami Rayess, a condamné l’incident au nom du leader du PSP, Walid Joumblatt, réclamant la convocation de l’ambassadeur de Syrie.

 

Un très grand nombre de personnalités et d’organisations professionnelles et syndicales ont également condamné l’agression contre l’équipe de la NTV de la part de l’armée syrienne, dont notamment les députés Michel Pharaon, Dory Chamoun, Tammam Salam, Marwan Hamadé, Antoine Saad, Jean Oghassabian, Khaled Daher, Mouïne Meraabi, Ziad Kadri et Hassan Fadlallah, le mufti Mohammad Rachid Kabbani, les ministres Marwan Charbel, Walid Daouk, Fayez Ghosn et Ahmad Karamé, ainsi que Tarek Mitri, Michel Moawad, l’ambassadeur de Russie, la Gauche démocratique, la Jamaa islamiya, la branche dissidente du CPL au Canada, la Rencontre indépendante du Kesrouan (présidée par Nawfal Daou), Oussama Saad, le président de l’ordre de la presse, Mohammad Baalbacki, et le syndicat des maquettistes et réalisateurs artistiques.

 

Au niveau de l’enquête, le ministre de la Justice, Chakib Cortbaoui, a affirmé hier que « la justice remplira son rôle jusqu’au bout, sur base d’abord de la législation libanaise, et ensuite de l’accord de coopération avec la Syrie ».

C’est dans un climat de vive émotion, doublée d’une vague d’indignation et de réprobation quasi unanime, qu’ont eu lieu hier dans la localité de Mayfadoun, au Liban-Sud, les obsèques du cameraman de la New TV, Ali Chaabane, tué lundi à Wadi Khaled (Liban-Nord), à proximité de la frontière avec la Syrie, par des tirs directs, et prémédités, de l’armée syrienne en provenance du territoire syrien.
 
Alors que plusieurs voix se sont élevées, dont celle du collègue de Ali Chaabane qui était avec lui lors du drame, pour réclamer la convocation, voire l’expulsion, de l’ambassadeur de Syrie, les partis et courants proches du Baas au pouvoir à Damas ont totalement éludé la responsabilité de l’armée syrienne dans cette affaire, tout en condamnant la mort du jeune cameraman.
 
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