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À La Une - L'orient Littéraire

L’Occident au regard de l’Islam

C’est une conversation imaginaire que nous rapporte Franco Rizzi. Une conversation entre plusieurs personnages de culture ou de religion musulmane qui débattent ensemble des relations tendues entre l’Islam et l’Occident.

Professeur d’histoire de l’Europe et de la Méditerranée à l’université de Rome, fondateur et secrétaire général de l’Union des universités de la Méditerranée (Unimed), Franco Rizzi est l’auteur de plusieurs ouvrages sur les relations entre l’Europe et le monde arabe ; autant dire qu’il connaît bien le sujet… À noter que le dialogue interreligieux inspire de nombreux auteurs contemporains, parmi lesquels Claude Lorieux, Raphaël Delpart, Annie Laurent, Antoine Sfeir, Jean-Michel Codiot, Jean-Paul Roux et bien d’autres… L’importance de ce sujet n’est donc plus à démontrer.

 

Si Franco Rizzi précise que « cet antagonisme entre Islam et Occident a toujours existé », avec ses moments d’entente et de rupture, il ne manque pas cependant de se référer à l’incontournable théorie de Samuel Huntington pour qui les causes de la conflictualité endémique entre l’Islam et l’Occident doivent être recherchées dans la nature même des deux religions et des civilisations qui se sont fondées sur elles ; et qui en ont fait « deux réalités inconciliables et profondément antagonistes ».

 

Pour autant, Rizzi s’empresse de souligner que les schémas d’interprétation que Huntington applique aux religions seraient, en réalité, plus adaptés « à la manière dont la politique utilise les religions ». Il ressort, en effet, que le conflit est systématiquement d’ordre politique et non religieux, quel que soit le problème abordé ; la question israélo-palestinienne constituant, bien entendu, le point d’orgue de ces problèmes. Il serait toutefois simpliste de se contenter de cette explication et de faire abstraction du fait qu’il existe, au-delà des considérations politiques, un véritable malaise entre l’Islam et l’Occident.

 

Les personnages de cet ouvrage s’accordent, d’un avis unanime, pour souligner que l’apport de la culture islamique à la culture occidentale demeure très méconnu. L’Occident est, par ailleurs, accusé de nourrir un « mépris de fond » envers la civilisation arabo-musulmane. Le disciple ayant surpassé le maître, la conversation se mue en une réflexion sur le colonialisme et son héritage ; sur l’impérialisme occidental. La question de la difficile intégration des musulmans en Europe et aux États-Unis y est également abordée ; intégration rendue difficile par le mépris et la peur que les musulmans inspirent à l’Occident. Et cet ouvrage ne manque pas d’attirer notre attention sur le fait que les représentations faussées de l’islam sont véhiculées, certes par les Occidentaux, mais aussi par les musulmans eux-mêmes. Si l’humiliation ressentie par les musulmans a pu servir de « détonateur aux nombreux actes de violence contre l’Occident », leur foi elle-même a fini par en pâtir ; et par être « considérée comme une religion de terroristes, de barbares, que tout éloignait de la civilisation occidentale ».

 

Le lecteur de cet ouvrage sera très certainement touché par les témoignages de ces musulmans modérés pris entre deux feux : d’un côté, l’extrémisme musulman qui voudrait « livrer la solution des problèmes au jihad » ; et de l’autre, l’extrémisme occidental qui préconise, à son tour, « une guerre contre l’Islam pour ne pas être écrasé par lui ».

 

Écrit dans un style fluide et agréable, cet ouvrage qui sort de l’ordinaire demeure à la portée de tous au sens où il ne sature pas le lecteur de théories et de points de vue politiques, mais alterne les passages les plus denses avec des passages bien plus légers qui servent à mieux situer le décor et les personnages ; et qui, loin d’être anodins, donnent une certaine crédibilité à cette rencontre imaginaire.

 

Sans pour autant se transformer en procès de l’Occident, procès qui se limiterait à un acte d’accusation et où la défense n’aurait pas voix au chapitre, cette conversation expose simplement le point de vue de l’Islam face à l’Occident. Et si les personnages s’y expriment tantôt avec une voix étranglée par l’émotion, tantôt avec la voix dépassionnée de la raison, ils nous poussent à nous demander si ce n’est pas, justement, cette voix dépassionnée que l’on bâillonne encore aujourd’hui et qui manque tant aux conversations non imaginaires.

 

Pour retrouver l'intégralité de L'Orient Littéraire, cliquez ici.

Professeur d’histoire de l’Europe et de la Méditerranée à l’université de Rome, fondateur et secrétaire général de l’Union des universités de la Méditerranée (Unimed), Franco Rizzi est l’auteur de plusieurs ouvrages sur les relations entre l’Europe et le monde arabe ; autant dire qu’il connaît bien le sujet… À noter que le dialogue interreligieux inspire de nombreux auteurs contemporains, parmi lesquels Claude Lorieux, Raphaël Delpart, Annie Laurent, Antoine Sfeir, Jean-Michel Codiot, Jean-Paul Roux et bien d’autres… L’importance de ce sujet n’est donc plus à démontrer.
 
Si Franco Rizzi précise que « cet antagonisme entre Islam et Occident a toujours existé », avec ses moments d’entente et de rupture, il ne manque pas cependant de se référer à l’incontournable théorie de Samuel...
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