Une famille syrienne qui a fui les violences à Homs et s'est réfugiée dans le village de Wadi Khaled au Liban-Nord. Joseph Eid/
Le régime syrien devrait persister dans sa stratégie visant à soumettre les poches de résistance, estiment des analystes. « Le régime pense que la communauté internationale va réaliser au bout d’un moment qu’il ne peut pas être renversé, que la pression va retomber et qu’ils renoueront le dialogue », estime ainsi Peter Harling, spécialiste de la Syrie au sein de l’International Crisis Group. « Envoyer des émissaires au mandat peu clair, cela achève de le convaincre qu’il a raison », ajoute-t-il, faisant référence à l’émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe, l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, revenu les mains vides d’une mission à Damas ce week-end.
Mais pour certains experts, le régime est condamné, en dépit de sa puissance militaire et du fait qu’il n’hésite pas à l’utiliser, comme il l’a montré contre les bastions rebelles de Baba Amr et d’Idleb, récemment pris d’assaut. « Le régime mise sur une guerre d’usure. Il doit maintenir pour sa base la fiction de victoires militaires, même s’il sait que les combats ne vont pas se terminer rapidement », explique M. Harling.
Le président syrien bénéficie pour cela de plusieurs atouts : le soutien sans faille de la Russie, une communauté internationale qui semble paralysée et une opposition divisée qui a déjà échoué à proposer une alternative crédible. « Aujourd’hui, la pression internationale est moins forte, il y a une volonté de calmer le jeu puisque, avec le blocage russe, on ne peut pas faire grand-chose », explique ainsi Fabrice Balanche, directeur du centre français de recherche Gremmo. « Les Russes ont dit : “La Syrie, c’est nous qui nous en occupons, c’est nous qui allons résoudre la crise” », ajoute-t-il. Moscou, qui vend depuis longtemps des armes Damas, a en effet bloqué à deux reprises avec Pékin des résolutions de l’ONU condamnant la répression en Syrie.
L’impasse diplomatique actuelle encourage donc le régime à poursuivre sa stratégie d’écraser militairement les bastions rebelles à n’importe quel prix, même s’il est clair qu’il ne l’emportera pas sur le long terme. « Je ne pense pas que la stratégie du régime marche, vu la relation qu’il entretient avec sa propre population : il s’est fait détester par des millions de personnes (...) et il ne fait rien pour renouer cette relation », affirme M. Harling. « S’il ne renoue pas le contact, il ne fera que créer les conditions pour une guerre civile », insiste-t-il.
Sur ce point, de nombreux chercheurs redoutent une guerre civile, dans un contexte de tensions religieuses exacerbées entre sunnites et chiites, et d’appels de plus en plus insistants à armer les rebelles.
La Syrie compte 23 millions d’habitants, en grande majorité sunnites, alors que son régime est issu de la minorité alaouite.
Washington et ses alliés occidentaux se sont donc dit opposés à l’idée d’armer les rebelles, mais le Qatar et l’Arabie saoudite, poids lourds du sunnisme, ont appelé à plusieurs reprises à leur livrer des armes. « Si les Saoudiens et les Qataris veulent vraiment y mettre les moyens, ils peuvent inverser la balance des pouvoirs », estime de son côté Joshua Landis, qui dirige le Centre d’études sur le Moyen-Orient de l’Université d’Oklahoma, ajoutant que « si le régime était détruit, la crise humanitaire pourrait encore s’aggraver ». « Cela n’arrêtera pas les morts, cela va seulement les faire augmenter et c’est ce qui est arrivé en Irak », souligne-t-il, poursuivant que « vous cassez, vous payez, tout le monde le sait, et c’est pour cela que personne ne veut y aller. L’Arabie saoudite et la Turquie réalisent que cela pourrait être leur Vietnam ».
Mais pour certains experts, le régime est condamné, en dépit de sa puissance militaire et du fait qu’il n’hésite pas à...


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