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Nos lecteurs ont la parole - Échos De L’Agora

La folie des tyrans durant leur chute

D’Antoine Courban
« Jupiter rend fous ceux qu’il veut perdre », dit l’adage. Jamais une telle maxime n’aurait trouvé meilleure illustration que dans la tragédie syrienne actuelle. Cela fait douze mois que nous assistons à un spectacle qui a dépassé, depuis longtemps, toutes les bornes de l’horreur. Il est bon de rappeler que la tragédie syrienne a débuté le 15 mars 2011, quand des adolescents à Deraa gribouillaient sur les murs de leur école « Le peuple veut la chute du régime », séduits en cela par le leitmotiv des révolutions tunisienne, égyptienne et yéménite. La réaction du pouvoir syrien fut d’une ignoble brutalité : les garçons furent emprisonnés – et torturés selon les militants –, provoquant l’indignation et l’étincelle d’un soulèvement inouï qui dure depuis un an.
Depuis lors, nous avons pu constater combien toutes les limites de la cruauté humaine ont été dépassées. C’est la première fois dans l’histoire qu’il nous est donné de voir en temps réel ce que l’ignominie, la cruauté, l’inhumanité, la monstruosité, la barbarie, la bestialité, pour ne citer que de tels comportements, veulent dire. Comment qualifier les victimes ? La phraséologie consacrée parle de martyrs. La vérité crue exige qu’on dise des « suppliciés », car ces enfants, ces femmes, ces hommes ont été et continuent à être suppliciés avant ou après leur décès. Cette population continue à être torturée dans les « culs de basse fosse » d’un régime qui cherche à se protéger en vain derrière les soutanes des prélats des différentes églises chrétiennes, sous les turbans de certains juristes-théologiens de l’islam ou derrière les slogans mensongers de la résistance à Israël via le Hezbollah libanais. Le même régime, barbare et inhumain, poursuit son œuvre maléfique en châtiant sa population dans sa chair. La protection dont il bénéficie de la part d’une Russie (qu’il serait inopportun d’appeler encore la sainte Russie) et de l’immense Chine lui donnent un blanc-seing dont il use et abuse en s’enivrant à pleines gorgées du sang de la population civile.
Les livres d’histoire nous ont laissé le souvenir horrifié des douze Césars de Rome, sans doute la plus belle galerie de monstres de tous les temps. Mais il y eut avant un Téglath-Phalasar. Il y aura après un Gilles de Rais et ses actes ignobles dont le seul souvenir suffit pour avoir honte de sa propre humanité. Il y eut aussi cet Ivan le Terrible et sa cruauté légendaire qui mélangeait l’odieux le plus exécrable à l’exaltation religieuse la plus extrême. Passons sur Simon de Monfort et son extermination totale des Albigeois au nom du principe de realpolitik : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens. » On tremble encore aujourd’hui à l’évocation du sombre bourreau des Carpates, ce Vlad l’Empaleur dit Comte Dracula, auquel il convient d’adjoindre Élisabeth la Rouge et une kyrielle de personnages plus pervers les uns que les autres. Faut-il évoquer les figures des grands tortionnaires du XXe siècle : Staline et ses successeurs, Hitler, Pol Pot, Milosevic de Serbie, Ante Pavelic et ses Oustachis bénis par l’évêque de Zagreb Mgr Stepinac, Enver Hodja d’Albanie, le génie des Carpates Ceaucescu et sa compagne d’infâmie, et les innombrables autres ? Qui oserait encore affirmer que l’homme est naturellement bon ?
Et puis, il y a cette famille Assad de Syrie et ses crimes qui durent depuis 1970. Peut-on encore appeler crimes ce qui ressemble à des exploits d’abattoir ? Dans les abattoirs des sociétés civilisées, on prend un minimum de précautions à l’égard des bêtes destinées à la viande de boucherie. Mais dans les villes syriennes, transformées en abattoirs, on tue l’être humain non pour en faire une viande consommable, mais rien que pour le supplicier et rassasier le fauve sanguinaire en son palais dont le pouvoir insatiable a besoin, pour étancher sa soif, de tout ce sang.
Ce qui se passe en Syrie n’a plus rien de politique. Pour la première fois dans l’histoire, nous assistons en temps réel à toute l’horreur de la barbarie. Ces événements tragiques ne peuvent et ne doivent pas être pensés, car la philosophie s’arrête là où commence la cruauté. On ne pense pas cette dernière, elle nous fait honte à tous. Chacun de nous éprouve une culpabilité personnelle face à ces images de Syrie. Chacun de nous, au nom de notre nature humaine commune, est à la fois le bourreau et le supplicié. Chacun de nous sent ses tripes se tordre de pitié, se soulever de nausée et, en même temps, sa conscience le torturer. N’en déplaise aux évêques, patriarches, religieux et religieuses, fascinés par le mal absolu que représente le clan Assad, « protecteur des minorités », la Syrie constitue aujourd’hui la borne frontière entre le mal et le bien. Le choix n’est plus géostratégique mais moral, quel que soit le prix politique qu’un tel choix implique.
« Jupiter rend fous ceux qu’il veut perdre », dit l’adage. Jamais une telle maxime n’aurait trouvé meilleure illustration que dans la tragédie syrienne actuelle. Cela fait douze mois que nous assistons à un spectacle qui a dépassé, depuis longtemps, toutes les bornes de l’horreur. Il est bon de rappeler que la tragédie syrienne a débuté le 15 mars 2011, quand des adolescents à Deraa gribouillaient sur les murs de leur école « Le peuple veut la chute du régime », séduits en cela par le leitmotiv des révolutions tunisienne, égyptienne et yéménite. La réaction du pouvoir syrien fut d’une ignoble brutalité : les garçons furent emprisonnés – et torturés selon les militants –, provoquant l’indignation et l’étincelle d’un soulèvement inouï qui dure depuis un an.Depuis lors, nous avons pu...
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