« Nous devons prendre nos décisions dans l’intérêt de la société, sans interférence extérieure », a déclaré le président exécutif du groupe Louis Gallois, repoussant d’un ton inhabituellement ferme des demandes de l’Allemagne, « inappropriées » envers une société cotée en Bourse. Près de 50 % du capital d’EADS est flottant. Ses premiers actionnaires sont des investisseurs américains, viennent ensuite les Français devant les Britanniques, a relevé M. Gallois, soulignant qu’un groupe devait satisfaire ses actionnaires. Le groupe, qui tient depuis des années la dragée haute au géant américain Boeing, a été créé en 2000 en fusionnant des actifs industriels français, allemands et espagnols. L’État français détient une participation de 15 % et l’Allemagne se prépare à acquérir 7,5 %, via la banque publique KfW. M. Gallois pouvait parler d’autant plus fort qu’EADS ne s’est jamais aussi bien porté. Son bénéfice a fait un bond de 87 %, à 1,03 milliard d’euros, son chiffre d’affaires a progressé de 6 % pour atteindre 49,1 milliards d’euros. « Et ce n’est qu’un début », a lancé le président exécutif pour sa dernière présentation de résultats.
Pour 2012, le groupe qui compte désormais 133 115 employés dans le monde table sur une nouvelle augmentation de 6 % du chiffre d’affaires. Le titre s’est envolé hier à la Bourse de Paris après l’annonce de ces résultats, prenant 10,78 % à 29,74 euros à la fermeture dans un marché en hausse de 2,54 %. Les résultats ont été tirés par la performance d’Airbus qui répond à une demande continue, avec un trafic aérien qui ne cesse d’augmenter. L’avionneur a livré 534 avions commerciaux en 2011, prévoit d’en livrer 570 cette année et compte encore sur des commandes supérieures aux livraisons.
Seule ombre au tableau : la taxe carbone imposée par l’Union européenne et rejetée par le reste du monde menace les ventes d’Airbus. Par mesure de rétorsion, la Chine a bloqué 45 commandes d’Airbus passées par ses compagnies aériennes, a révélé Louis Gallois, demandant à l’UE de renoncer à cette législation.
Revenant sur les pressions des gouvernements pour obtenir des sociétés créations d’emplois et implantations de sites, M. Gallois a souligné qu’elles s’exerçaient « dans tous les pays » et n’étaient pas près de disparaître. Mais il a rejeté fermement les demandes de Berlin. Le coordinateur du gouvernement allemand pour l’aéronautique Peter Hintze avait écrit le mois dernier à EADS pour lui demander de rééquilibrer l’activité industrielle et les postes de direction au profit de l’Allemagne. « Cette lettre n’est pas appropriée et ne correspond pas à la façon dont les sociétés cotées en Bourse sont gérées », a répondu le patron d’EADS. Mais il a souligné que le groupe voulait se comporter en bon citoyen dans les pays où il produit et conduire « un dialogue serein avec les autorités allemandes ». Du reste, « sans faire des comptes d’apothicaire, EADS maintient l’équilibre entre la France et l’Allemagne » en termes de sites et d’emploi, a-t-il souligné.
M. Gallois a également cherché à remettre en perspective la décision de son successeur désigné Tom Enders, de concentrer à Toulouse les fonctions de direction encore dispersée à Paris et Munich, qui a suscité l’émoi en Allemagne. Il ne s’agit pas de piloter un groupe international de façon centralisée depuis Toulouse, a-t-il assuré. « Je prends l’avion quatre jours par semaine... il est possible que Tom Enders ait son bureau dans un avion. »
(Source : AFP)

