Ce fut un très bon choix que de limiter le Liban depuis sa naissance à cette petite surface. 10 452 kilomètres carrés de Liban, et ça suffit, à mon avis. Ce tout petit pays, ces quelques millions de Libanais, c’est tout. Cela a amplement suffi pour que cette superficie soit un terrain animé par tout genre de corruptions imaginables. Il existe même un excès de tout ça. Et si la corruption était une production à exporter, cela nous aurait aidés à régler toutes nos dettes.
Je fais un effort pour trouver un secteur, un seul qui ne soit bas gangrené. Très dur. Tout est marqué par la politique et la religion, quand ce n’est pas par l’ego. Tout est étouffé par une fausse liberté, lamentable.
Nous sommes très fiers de nous-mêmes. Mais que faisons-nous ? En effet, les deux différents clans qui s’entretuent pour la gouvernance du pays ne sont pas si différents l’un de l’autre. Leurs principes, leurs bases sont exactement les mêmes. Qu’on les surnomme 8 ou 14, ils se fondent tous les deux sur des appartenances religieuses et régionales, sur la loi du « parler pour ne rien dire, parler sans rien faire ». C’est comme deux parents divorcés qui essaient de gagner chacun pour lui-même le cœur de son enfant. Après un certain temps, l’enfant connaîtra des complexes.
Imaginez un Liban plus vaste. Ce serait une catastrophe pour le monde.
Avec nos 10 452 kilomètres carrés et nos capacités modestes, on menace et on se déclare la guerre plusieurs fois l’année. Un peu plus grand, le Liban aurait peut-être conquis le monde, qui sait ! Avec nos 10 452 kilomètres carrés, on a l’un des environnements les plus menacés au monde et une pollution de plus en plus visible à l’œil. Un taux de cancer des plus élevés, une réputation de corruption sociale « honorable », un secteur de transports à mon avis fortement lié au taux de cancer, des services publics à ne pas rater, etc.
Ce qui me perturbe à vrai dire, c’est qu’avec toute leur misère, les Libanais sont toujours sûrs et certains que leur pays est le plus beau du monde. Eh bien, non. Il faudra oser dire que ce n’est pas l’un des meilleurs. Quand il y a des jours où des gens n’ont pas à boire ni à manger, ce n’est pas le plus beau pays. Quand, à la porte des hôpitaux, vous croisez des malades négligés agonisant, sans assurance ni soin minimal, vous vous dites que vous vivez dans une patrie de monstres.
Si l’on devait vivre seulement pour faire la fête, alors oui, c’est l’un des plus beaux pays. Si l’on accepte de travailler au jour au jour, pour un salaire minimal, majoritairement dépensé sur des routes qui menacent nos vies tous les jours, oui, c’est l’un des plus beau pays. C’est le meilleur pays si on ignore superbement la hausse irréelle des prix. Le meilleur, évidemment, si l’on est capable de prendre le premier avion en partance pour ailleurs. Si l’on oublie l’état des écoles et des institutions publiques, qui doivent normalement nous fournir abri et services. Et sûrement un pays parfait si l’on oublie le fait que même ses frontières ne sont toujours pas tracées...
Malheureusement, vouloir vraiment changer est synonyme de pouvoir renoncer à nos chimères d’un Liban imaginaire. De vouloir accepter qu’il n’existe plus de beau Liban, rien que pour le plaisir de le reconstruire et de l’embellir. Peut-être aurons-nous le temps et la chance de guérir notre pays malade. En tout cas, remercions le ciel que ce Liban ne soit pas plus grand !
Je fais un effort pour trouver un secteur, un seul qui ne soit bas gangrené. Très dur. Tout est marqué par la politique et la religion, quand ce n’est pas par l’ego. Tout est étouffé par une fausse liberté, lamentable.
Nous sommes très fiers de nous-mêmes. Mais que faisons-nous ? En effet, les deux différents clans qui s’entretuent pour la...


Kamel, si nos dirigeants pouvaient un peu baliser le terrain dans le bon sens avant de le confier à nos deux amies qui méritent bien mieux que ce bordel sans nom, ce serait pas mal. Anyway, ça fait drôle de découvrir cet échange à mon retour de Beyrouth (rires).
21 h 03, le 10 mars 2012