Rechercher
Rechercher

À La Une - Reportage

Des blessés syriens témoignent des horreurs des derniers combats à Homs

Ils sont une cinquantaine de blessés à avoir été accueillis dans cet hôpital privé à Tripoli. Ce sont les plus chanceux, ceux qui ont réussi à effectuer la dangereuse traversée jusqu’au Liban où ils ont été hospitalisés.

Un blessé syrien traité dans un hôpital de Tripoli, dans le nord du Liban. Photo AFP

Dans un des quartiers populaires de Tripoli, un hôpital privé, plutôt vétuste, reçoit régulièrement les blessés syriens, pour un suivi médical. Accueillis dans un premier temps à l’hôpital gouvernemental de Tripoli, les blessés y sont pris en charge 48 heures durant par le Haut Comité de secours libanais.

 

Après avoir reçu les premiers soins aux frais de l’État libanais, ils sont ensuite transférés dans cet hôpital privé pour toute la période de convalescence et de réhabilitation afin de bénéficier notamment, pour ceux qui en ont besoin, de physiothérapie et de prothèses fournies sur place.


Pris en charge dans un second temps par le Haut Comité de secours syrien, qui a loué tout un étage à cette fin, les malades, aux blessures très graves pour la plupart d’entre eux, nous confient leurs récits héroïques, malgré leur douleur intense.


Ahmad n’a que 15 ans. En provenance de Tall Kalakh, le village frontalier avec le Liban, il s’était porté volontaire pour venir en aide aux blessés, à l’instar de beaucoup de jeunes de sa localité. C’est en secourant un blessé de Baba Amr, il y a une dizaine de jours, qu’il a eu la jambe sectionnée.


« Au moment où je traversais la frontière en transportant le blessé sur mon dos, j’ai marché sur une mine. Ma jambe a été sectionnée. Le blessé est tombé sur une autre mine. Il est mort sur-le-champ », raconte le jeune Syrien.


Alors que le médecin s’affaire autour de sa jambe meurtrie qui tremblote, le jeune Ahmad se souvient, le visage crispé de douleur, des longues heures d’attente devant l’hôpital de Halba où il avait été transporté dans un premier temps, avec beaucoup de peine, le bout de la jambe pendant et ayant perdu beaucoup de sang. Faute du matériel nécessaire, il n’a pu être opéré sur place, d’où son transfert à Tripoli.


Sur le lit d’à côté, un autre blessé, la quarantaine, qui gémit tout autant alors qu’on lui changeait le pansement. La balle d’un franc-tireur lui a transpercé le bras, puis le ventre au niveau de l’estomac. Il a été blessé alors qu’il transportait des sacs de sang pour un hôpital, à Baba Amr. C’est l’Armée syrienne libre qui l’a secouru et assuré son transfert jusqu’au Liban. Sa souffrance n’a d’égale que l’humiliation que subit au quotidien la population syrienne.


« Ce régime nous traite comme si nous étions moins que des êtres humains », dit-il. « Même s’ils nous découpent en morceaux, rien n’y fera. Notre dignité est au-dessus de tout », ajoute-t-il, avant de faire part de sa volonté de retourner dans son pays sur-le-champ, dès que son état le lui permettra. Deux de ses enfants, des militaires, ont déserté sur ordre de leur père, « pour ne pas prendre part aux crimes commis au quotidien par l’armée de Bachar el-Assad », affirme-t-il.


« Ce qui se passe au sein de l’armée est on ne peut plus révoltant. Le soldat de Homs est envoyé pour tuer les fils de Deraa, celui de Deraa, pour massacrer les habitants de Bou Kamal, celui de Bou Kamal, les habitants de Deir ez-Zor et ainsi de suite », assène ce blessé, décrivant le cycle infernal de la boucherie qui a lieu dans ces différentes localités.


Dans le couloir qui sépare les chambres, un spectacle des plus poignants : des malades y défilent, les uns sans pied, d’autres plâtrés, tous animés de cette rage de défier la souffrance et les blessures, avec l’espoir de retourner chez eux pour poursuivre la lutte « contre l’un des régimes les plus sanguinaires », comme ils disent.


Dans la chambre contiguë a été placée une famille ayant subi le même sort. Le jeune Omar, une vingtaine d’années, son frère de 12 ans et son oncle, la soixantaine, qui a perdu la mémoire des suites de l’impact d’un obus, tombé près d’eux, alors qu’ils manifestaient à Koussaïr. Transporté d’abord à moto, ensuite sur le dos de plusieurs volontaires qui se sont relayés pour l’acheminer vers la frontière libanaise, Omar a perdu 10 centimètres d’os au niveau du fémur.


C’est pratiquement le même périple qu’a vécu son voisin, Mohammad, un autre jeune qui s’était porté volontaire pour secourir les blessés. Ce jour-là, il avait été dépêché dans un quartier de Homs, pilonné sans répit par l’armée régulière.
« Je suis entré avec deux autres volontaires dans cette maison de deux étages, où vivait toute une famille qui avait été touchée par un obus. Au moment où je retirais la moitié du corps d’une femme, les soldats, qui nous avaient vite repérés, ont vidé leurs munitions sur nous. Les deux autres volontaires qui étaient avec moi, Samer et Hassan, ont été tués sur le coup. Moi j’ai reçu une balle à la jambe gauche, une autre à la jambe droite et une dans le dos », dit-il en nous montrant ses blessures. C’est alors le début d’une véritable traversée du désert : de volontaire en volontaire qui effectuent des kilomètres à pied le transportant sur leur dos, puis à moto, il mettra 76 heures avant de parvenir à l’hôpital gouvernemental de Tripoli.


Un à un, les blessés alternent les récits de l’horreur qu’ils ont vécue, notamment à Homs.
« Les francs-tireurs sont partout sur les toits des immeubles. Ils ratissent les rues sans faire aucune différence entre les femmes, les vieux, les enfants. Tout le monde y passe », confie Mohammad, qui nous raconte également la situation catastrophique dans laquelle se trouve la ville de Homs, privée d’eau, d’électricité, de communication, de nourriture. Une ville fantôme.


Un quatrième blessé, Abou Chahm, venu nous rejoindre entre-temps, raconte comment toutes les institutions de la ville ont été transformées en casernes pour les militaires. « La poste, les écoles, même les boulangeries servent désormais de postes militaires », dit-il.


« Le spectacle de la ville est hallucinant. Il y a des corps partout qui gisent sous les décombres, que personne n’arrive à retirer. C’est une véritable hécatombe.  Quelques-uns, comme nous, ont eu de la chance d’être secourus », dit-il.


À la question de savoir s’il a vu des salafistes prendre part aux combats aux côtés de l’Armée syrienne libre, le blessé jure par trois fois qu’il n’y a rien de cela, que toutes ces affirmations sont fabriquées de toutes pièces par le régime. « Dès que l’on crie Allah Akbar, nous sommes immédiatement taxés de salafistes », dit-il.


Malgré ses blessures, physiques aussi bien que morales, il garde en lui l’espoir de retrouver sa maison un jour et ne manque pas de nous inviter à manger chez lui, « dès que cela sera à nouveau possible » dit-il, avant de se rappeler que la ville de Homs n’est plus entre les mains des opposants.

 

Pour mémoire

Reportage : À la frontière avec la Syrie, blessés et réfugiés cheminent entre les mines pour arriver au Liban

 

Dans un des quartiers populaires de Tripoli, un hôpital privé, plutôt vétuste, reçoit régulièrement les blessés syriens, pour un suivi médical. Accueillis dans un premier temps à l’hôpital gouvernemental de Tripoli, les blessés y sont pris en charge 48 heures durant par le Haut Comité de secours libanais.
 
Après avoir reçu les premiers soins aux frais de l’État libanais, ils sont ensuite transférés dans cet hôpital privé pour toute la période de convalescence et de réhabilitation afin de bénéficier notamment, pour ceux qui en ont besoin, de physiothérapie et de prothèses fournies sur place.
Pris en charge dans un second temps par le Haut Comité de secours syrien, qui a loué tout un étage à cette fin, les malades, aux blessures très graves pour la plupart d’entre eux, nous confient leurs récits...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut