Le général Aoun à sa sortie du Parlement, entouré du ministre Gebran Bassil et du député Émile Rahmé. Photo Sami Ayad
Les reculades du 8 Mars ne se comptent plus depuis la formation du gouvernement Mikati. Il était clair pourtant, dès le début, que n’ayant pu mettre sur pied une équipe ministérielle qu’avec l’appoint des centristes, les huit-marsistes se devaient de prendre en compte cette faiblesse congénitale et agir en fonction.
Or il n’en est rien et on assiste chaque fois au même scénario qui se répète de manière obstinée : un jusqu’au-boutisme acharné menant droit au mur, puis c’est la chute brutale suivie d’une nouvelle fuite en avant.
Se croyant fort de sa galerie affichant dix ministres, le chef du bloc du Changement et de la Réforme, le général Michel Aoun, commet cycliquement la même erreur : qui observe sa politique de loin croirait, en effet, qu’il dispose à lui seul de la majorité absolue à la Chambre. Si tel était le cas, il aurait eu raison de se montrer aussi conquérant. Mais il se trouve que l’assise du 8 Mars tout entier se limite à 57 ou 58 sièges sur 128 et que l’appoint de la dizaine de sièges centristes (Joumblatt + Mikati) ne lui est pas automatiquement acquis. La preuve vient d’en être faite avec le défaut de quorum provoqué hier au Parlement conjointement par le 14 Mars et le bloc joumblattiste.
Il résulte de cette configuration que le fait de disposer d’un aussi grand nombre de ministres – sur une aussi faible assise parlementaire – devient en soi un handicap au lieu d’être un avantage : si c’est pour essuyer échec après échec, il vaut mieux se faire petit ou alors modérer ses ardeurs et ses ambitions ; mais cela, dans le cas du chef du CPL, paraît tout simplement impossible, d’abord du fait de son caractère et de la nature même de son action politique et ensuite parce qu’il a des élections à gagner l’année prochaine et qu’il a déjà engagé le combat.
De plus, il convient de souligner que la situation en Syrie est venue fragiliser davantage encore une coalition montée à une époque où le régime syrien disposait encore de tous ses moyens. Depuis, les événements successifs ont eu en quelque sorte pour effet de neutraliser la colonne vertébrale du 8 Mars qu’est le Hezbollah. Préoccupé surtout de questions stratégiques, ce dernier se montre prêt à tous les compromis sur le plan gouvernemental pour sauver une équipe qui lui paraît être la seule à lui assurer le minimum requis.
Certes, le Hezb a besoin – surtout sur le plan électoral – du général Aoun et fait mine souvent de se solidariser avec lui dans les batailles que ce dernier mène à l’intérieur du cabinet. Mais il ne fait rien pour que ces batailles soient gagnantes. Comment le pourrait-il d’ailleurs puisqu’en toute occasion, il répète que sa priorité absolue, c’est la pérennité de ce gouvernement. Or cette pérennité passe obligatoirement, on le sait, par le maintien de Nagib Mikati et de Walid Joumblatt dans le giron de la majorité.
Hier, au moment même où le 8 Mars essuyait une nouvelle défaite à la Chambre sur fond de litige financier, le Hezbollah a réaffirmé cette priorité par la bouche du député Nawaf Moussaoui. Le dossier financier « ne doit pas bloquer l’action du gouvernement », a dit ce dernier, tout en servant la littérature habituelle anti-14 Mars.
De fait, aussitôt après le constat du nouvel échec, les principaux chefs de la coalition (à l’exception de M. Joumblatt), réunis au bureau du président de la Chambre, ont décidé, semble-t-il, d’une formule de compromis. Il s’agirait pour le gouvernement de soumettre à la Chambre, probablement de façon concomitante, deux projets de loi, l’un pour légaliser les quelque 6 milliards de dollars (8.900 millions de livres) dépensés hors budget en 2011 par le gouvernement en place et l’autre pour entériner les 11 milliards de dollars des gouvernements Siniora.
De cette façon, on aurait satisfait les exigences du 14 Mars et du chef du PSP, qui insistent pour que tous les montants soient légalisés et soumis à un contrôle financier de façon concomitante. Et dans le même temps, on aurait permis au général Aoun de sauver plus ou moins la face : il y aurait, en effet, un projet de loi pour entériner « l’argent propre » et un autre pour « l’argent sale ». C’est naturellement très loin de ce que réclamaient les aounistes, mais étant donné les circonstances induites par la claire défection de Walid Joumblatt, on ne pouvait espérer mieux.
Dans le même ordre d’idées, il aurait aussi été question de créer deux commissions conjointes, ministérielle et parlementaire, au lieu d’une seule pour examiner séparément les deux dossiers.
La montagne aura finalement accouché d’une souris, mais au point où en sont les choses, c’est cela ou alors les rats fuyant le bateau.
Or il n’en est rien et on assiste chaque fois au même scénario qui se répète de manière obstinée : un jusqu’au-boutisme acharné menant droit au mur, puis c’est la chute brutale suivie d’une nouvelle fuite en avant.
Se croyant fort de sa galerie affichant dix ministres, le chef du bloc du Changement et de la Réforme, le général Michel Aoun, commet cycliquement la même erreur : qui observe sa politique de loin croirait, en effet, qu’il dispose à lui seul de la majorité absolue à la Chambre....


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Elie Fayad a très lucidement analysé la situtation. Les faux «conquérants» sont souvent des autistes et des illusionnistes. Des éléments dans tous les cas dangereux et à rendre «inoffensifs».
03 h 56, le 06 mars 2012