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Économie - Liban - Débat

Le projet de budget 2012, aussi « ambitieux » que les précédents

C’est autour du doyen de la faculté des sciences économiques de l’USJ Joseph Gemayel et l’avocat au barreau de Beyrouth Karim Daher que le RDCL a réuni jeudi des chefs d’entreprise ainsi que des représentants d’associations concernées par la politique budgétaire, mais surtout par l’absence de politique. Une rencontre qui a permis de faire le point sur un projet qui a le déshonneur d’être tout à l’image de ses précédents autant dans sa non-application que dans le manque de propositions lucides et concrètes qu’il présente.

Après le débat autour de la hausse des salaires qui a duré quatre mois et occupé le devant de la scène politique et médiatique, c’est autour du projet du budget 2012 que les experts se penchent désormais. Nouveau thème de l’actualité socio-économique, simple outil politique à la solde des dirigeants ou même formalité annuelle redondante depuis 2005, le projet du budget libanais manquerait d’« ambition fiscale », selon les experts, et n’abonderait aucunement dans le sens d’une amélioration des droits et acquis sociaux.


Le Rassemblement des dirigeants et chefs d’entreprise libanais (RDCL) a ainsi organisé jeudi une table ronde sur le thème « Budget 2012 : paramètres et propositions ». Prenant la parole, le président du RDCL, Fouad Zmokhol, a demandé à l’audience si le budget 2012 présentait de véritables changements ou serait-ce uniquement un outil politique mis en place non pas par des experts de la chose publique, mais par des politiques en manque de vitesse, mais surtout de vision.

 

M. Zmokhol a pourtant tenu à souligner que le rôle du RDCL n’est pas de critiquer ce projet, mais de tenter, avec des économistes et experts juridiques, d’y apporter des propositions d’améliorations. Il a ainsi déploré le fait que les dépenses publiques étaient en hausse de 13 % par rapport au projet de budget de 2011, une aberration pour un État dont la dette publique a atteint 126 % du PIB l’année dernière. « Nos dépenses publiques sont démesurées, non contrôlées, très peu productives, essentiellement axées sur le service de la dette (à hauteur de 27 % des dépenses), les salaires des fonctionnaires (19 %) et les transferts à l’EDL (30 %) », a rappelé d’emblée Fouad Zmokhol. Des proportions qui sont d’autant plus alarmantes qu’elles sont ancrées dans un système administratif basé sur la « corruption galopante », a-t-il ajouté.

 

Mettant en garde contre le modèle socio-économique qu’a suivi la Grèce, le président du RDCL a tenu à mettre l’accent sur l’importance de concrétiser le partenariat privé-public (PPP) tant qu’il est encore temps et que le secteur privé a les moyens d’investir dans les infrastructures et les services urbains. Parallèlement, il a asséné une critique violente à l’égard de la volonté de l’État d’augmenter les taxes. « Est-il permis de demander à son peuple qui paie déjà une double facturation (eau, électricité, santé, éducation, etc.) de payer encore plus de taxes pour financer la mauvaise gestion des ressources de l’État ? » s’est demandé M. Zmokhol, qui propose que l’État réduise ses dépenses et rende des comptes clairs aux citoyens avant d’envisager d’alourdir le poids fiscal.

Budget : outil d’efficience économique ?
De son côté, le doyen de la faculté des sciences économiques à l’Université Saint-Joseph (USJ), Joseph Gemayel, a remis en question la fonction de régulation de la conjoncture économique que devrait avoir le budget puisque, selon ce professeur universitaire, « depuis l’augmentation rapide de la dette publique (dans la seconde moitié des années 90), la fonction de régulation a été reléguée au second plan ». « Le souci des différents gouvernements depuis la fin des années 90 a été de se focaliser sur le ratio de la dette publique au PIB », a-t-il déploré en ajoutant que le fait de s’être détourné du rôle de régulation de la conjoncture économique a fait en sorte que la maîtrise des dépenses publiques soit devenue une véritable « contrainte » ; une contrainte qui est d’autant plus exacerbée que le taux de croissance est à la baisse. Rappelons que le FMI et la Banque mondiale prévoient un taux de croissance compris entre 2,5 et 3 % pour l’année 2012.

 

À l’instar de M. Zmokhol, M. Gemayel a indiqué que les priorités de la politique économique des gouvernements d’après-guerre sont davantage axées sur des intérêts politiques que sur la réhabilitation des infrastructures, étape cruciale pour la dynamisation des investissements. Enfin, en termes de politique fiscale, M. Gemayel a souligné que certaines taxes comme la TVA demeuraient « soumises aux impératifs des besoins de la trésorerie publique beaucoup plus qu’à des critères macroéconomiques ou sociaux ».

 


Parallèlement, Me Karim Daher, avocat à la Cour au barreau de Beyrouth et chargé de droit fiscal à l’USJ, a expliqué qu’il y avait quatre propositions divergentes de « convoler » vers une cohérence budgétaire, à savoir le projet du budget de base présenté en Conseil des ministres, la contre-proposition présentée par le ministre du Travail, la vision économique promise comme un « new deal » par le Premier ministre Nagib Mikati, et enfin la nouvelle mouture et ses aménagements dont a récemment parlé le ministre des Finances. Rappelons en effet que le ministre Safadi avait, lors d’une conférence à l’USJ, mercredi dernier, affirmé que le projet du budget 2012 est à nouveau en cours de modification afin qu’il puisse « s’accorder avec les nouvelles données relatives à la hausse des salaires ».
Insistant sur l’importance d’un interventionnisme positif de la part de l’État « dans la vie économique et sociale de la nation en l’éloignant d’une neutralité source d’injustice et de déchéances sociales et économiques », M. Daher a souligné que les décideurs devraient se pencher sur les moyens de renforcer la confiance des citoyens et faire participer ceux-ci « à l’effort de production et de consommation au lieu de trouver des moyens financiers pour renflouer les caisses de l’État ».


Les trois intervenants se sont accordés à dire que le mot d’ordre est la croissance durable ; une croissance qui doit toucher toutes les régions et tous les secteurs productifs. Selon M. Daher, afin de stimuler cette croissance, il faut modifier la conjoncture actuelle en luttant contre les discriminations sociales, en stimulant l’emploi et en développant les facteurs de production afin de rendre celle-ci plus compétitive. Parallèlement, les conférenciers ont insisté sur l’importance de stimuler les dépenses d’investissement et d’infrastructure internes.

Après le débat autour de la hausse des salaires qui a duré quatre mois et occupé le devant de la scène politique et médiatique, c’est autour du projet du budget 2012 que les experts se penchent désormais. Nouveau thème de l’actualité socio-économique, simple outil politique à la solde des dirigeants ou même formalité annuelle redondante depuis 2005, le projet du budget libanais manquerait d’« ambition fiscale », selon les experts, et n’abonderait aucunement dans le sens d’une amélioration des droits et acquis sociaux.
Le Rassemblement des dirigeants et chefs d’entreprise libanais (RDCL) a ainsi organisé jeudi une table ronde sur le thème « Budget 2012 : paramètres et propositions ». Prenant la parole, le président du RDCL, Fouad Zmokhol, a demandé à l’audience si le budget 2012 présentait de...
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Belles idées et recommandations mais celui qui va les appliquer lève le doigt !

Emile Antonios

02 h 42, le 18 février 2012

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Commentaires (1)

  • Belles idées et recommandations mais celui qui va les appliquer lève le doigt !

    Emile Antonios

    02 h 42, le 18 février 2012

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