Il n’y a pas de coïncidence en politique. L’éclatement soudain, après des mois de calme, d’affrontements entre alaouites et islamistes à Tripoli, puis l’intervention musclée de l’armée sur les lieux, ne peuvent pas être dissociés de la visite du Premier ministre Nagib Mikati à Paris. D’ailleurs, ce n’est pas non plus un hasard si le calme est revenu juste avant le retour de ce dernier à Beyrouth. Le message est clair : il s’agit d’affaiblir le Premier ministre au moment où il considère avoir marqué un point avec cette visite, alors qu’il n’y a pas si longtemps encore le président français recevait à l’Élysée l’ancien Premier ministre Saad Hariri et se faisait photographier le recevant sur le perron du palais présidentiel. À cette période-là, l’Élysée attendait de Nagib Mikati qu’il tienne ses promesses au sujet du versement par le Liban de sa part dans le financement du TSL. Ayant réussi ce pari, Mikati s’est imposé non seulement comme un homme de parole, mais aussi comme un personnage-clé de la vie politique libanaise, parvenant à arracher au Hezbollah d’importantes concessions qu’il n’aurait jamais accordées au gouvernement de Saad Hariri.
Cette nouvelle stature ne pouvait que déplaire à ses adversaires politiques qui ont aussitôt frappé dans le fief même de Mikati, à Tripoli, qui reste le ventre mou du Liban. En même temps, les incidents de Tripoli ont rappelé à ceux qui avaient tendance à l’oublier que le dossier syrien peut enflammer la scène libanaise, en particulier au nord du pays, et que le Premier ministre doit donc tenir compte de cette réalité dans ses entretiens avec les responsables français. Enfin, le troisième objectif de ces affrontements était de mettre en cause l’armée libanaise qui était en train d’effectuer une large opération militaire le long de la frontière. L’idée directrice est de montrer à Mikati et à l’armée que le Nord ne leur est pas acquis et reste un bastion de l’opposition qui peut l’utiliser si elle le souhaite dans le dossier syrien.
Toutefois, une situation nouvelle est en train de se préciser. Elle montre qu’au-delà du clivage traditionnel entre Baal Mohsen (alaouite) et Bab Tebbané (sunnite), la rivalité oppose désormais les différents courants sunnites entre eux. La Jamaa islamiya, qui a repris du poil de la bête au Liban à la faveur de la montée en flèche des Frères musulmans dans l’ensemble du monde arabe, cherche à se tailler une place de choix sur la scène sunnite au Nord en particulier. Son discours étant de plus en plus radical, le courant du Futur et ses alliés au Nord sont contraints de faire de la surenchère pour ne pas laisser leur base glisser vers la Jamaa. Le tableau des forces au Nord est donc de plus en plus complexe : il y a ainsi les partisans de Mikati, de Safadi et de Karamé qui sont essentiellement les fonctionnaires de l’État, les traditionalistes et ceux qui profitent des ONG créées par les trois responsables. Il y a ensuite le courant du Futur débordé d’un côté par les salafistes et la Jamaa et de l’autre par Mikati et ses alliés au sein du gouvernement. Il y a encore les salafistes qui cherchent à empêcher leurs partisans de rallier les rangs de la Jamaa. Il y a donc encore la Jamaa qui a actuellement le vent en poupe. Mais il faut aussi compter avec les courants prosyriens et pro-Hezbollah et enfin, Hezb el-Tahrir qui est plus une façade qu’un parti effectif.
Dans ce tableau, la Jamaa islamiya joue sur plusieurs registres. Elle appuie à la fois l’opposition syrienne contre « le régime oppresseur » et veut aussi se présenter comme une force de résistance contre Israël. C’est ainsi que la Jamaa se prépare à organiser une marche vers la frontière israélienne au Sud à l’occasion de la Journée palestinienne de la terre, le 30 mars prochain. Il s’agit en quelque sorte de rééditer la fameuse marche du 15 mai dernier menée par des organisations palestiniennes avec l’appui du Hezbollah. La Jamaa islamiya, qui a longtemps adopté un profil bas au Liban, se positionne désormais clairement comme le pendant des Frères musulmans dans le monde arabe et celui du Hamas à Gaza. Elle se rapproche donc de cette organisation palestinienne pour pouvoir se présenter comme la nouvelle résistance, coupant ainsi l’herbe sous le pied au Hezbollah, avec l’aval des pays arabes hostiles au régime syrien, à l’Iran et à l’axe dit de la résistance en général. Mais ce plan se heurte encore aux hésitations du Hamas lui-même qui, en dépit des promesses financières et de l’ouverture des pays arabes en sa direction, ainsi que de la réconciliation avec l’OLP organisée sous l’égide de l’émir du Qatar, ne parvient pas encore à couper les ponts avec l’Iran, la Syrie et le Hezbollah.
Théoriquement, le chef du bureau politique du Hamas Khaled Mechaal a maintenu ses bureaux à Damas alors que le Premier ministre du gouvernement du Hamas à Gaza Ismaïl Haniyé a été reçu récemment à Téhéran. De même, la tentative de réconcilier Mechaal avec le roi de Jordanie, qui l’avait expulsé de Amman, n’a pas porté ses fruits, en dépit des efforts du prince héritier du Qatar qui avait emmené Mechaal avec lui lors de sa dernière rencontre avec le souverain hachémite. Plus même, au moment où le prince héritier du Qatar et Khaled Mechaal étaient reçus par le roi de Jordanie, le chef du Jihad islamique Ramadan Challah était reçu en Iran pour bien montrer qu’une partie non négligeable des Palestiniens de Gaza continue à appuyer « l’axe de la résistance ». De même, le secrétaire général du Hezbollah rencontre régulièrement le représentant du Hamas au Liban.
C’est dire que la bataille autour du Hamas n’est pas encore terminée. Tout comme il semble encore difficile de créer une force de résistance capable de rivaliser avec le Hezbollah au Liban. Toutefois, les tensions confessionnelles peuvent modifier ces données et au Liban, en particulier au Nord, elles ne cessent de monter.


La réponse à ma réponse Mr Pierre H. est bien légère, vous persistez à mettre en doute ma "soi disante" liberté et démocratique orientation, parce que vous êtes victime de vos préjugés, et comme en plus vous êtes fin psychologue, dites moi si vous auriez mis en doute des chrétiens qui soutiennent la résistance héroique du hezb ? Sont ils à vos yeux anti démocratique et liberticide ? Ne répondez pas je me cache derriere je ne sais trop quoi en core, si H.N a compris que ce" truc" ne passe plus, moi j'ai compris que ce "truc" est central et que vous n'arriverez pas à l'effacer devant la conscience de l'Histoire, en ce qui concerne la vôtre, il y a des miroirs partout, evitez de les choisir déformants.
12 h 10, le 15 février 2012