Hillary Clinton a exprimé ses craintes d'une "guerre civile brutale" en Syrie. Stoyan Nenov/
Le veto sino-russe à l'ONU contre une résolution condamnant la répression en Syrie a provoqué dimanche l'indignation dans le monde arabe, en Occident et au sein de l'opposition syrienne. C'est la deuxième fois que Moscou et Pékin empêchent le Conseil de sécurité de sortir de son silence sur la crise syrienne, marquée par une répression sauvage qui a fait au moins 6.000 morts selon les militants. Un veto des deux pays avait bloqué un précédent projet de résolution en octobre.
La Russie, allié de Damas, a assuré avoir "l'intention de faire tout son possible pour une stabilisation rapide" de la situation en Syrie. Moscou a confirmé une visite mardi à Damas de son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, pour évoquer la mise en place rapide de "réformes démocratiques indispensables".
Ce veto est destiné à permettre "la poursuite de la recherche d'un règlement pacifique de la crise syrienne (...) épargnant ainsi au peuple syrien de nouveaux troubles et victimes," a de son côté affirmé l'agence officielle chinoise Chine nouvelle.
Mais l'argument n'a pas convaincu et les deux pays se sont attirés de vives critiques de l'Occident, de pays arabes et de l'opposition syrienne.
Ainsi, les Etats-Unis ont annoncé leur volonté de renforcer les sanctions contre Damas afin d'assécher les sources de financement et les livraisons d'armes du régime du président Bachar el-Assad. "Nous démasquerons ceux qui financent encore le régime et envoient des armes qui sont utilisées contre des Syriens sans défense, dont des femmes et des enfants", a déclaré la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton. "Ce qui s'est passé hier aux Nations Unies est une parodie", a-t-elle poursuivi exprimant ses craintes d'une "guerre civile brutale".
L'Union européenne "va encore durcir les sanctions qui sont imposées au régime syrien", a déclaré quelques heures plus tard le chef de la diplomatie française Alain Juppé. "Nous allons aider l'opposition syrienne à se structurer, à s'organiser, et puis nous allons essayer de faire monter cette pression internationale et il y a bien un moment où le régime sera obligé de constater qu'il est totalement isolé et qu'il ne peut pas continuer", a déclaré M. Juppé.
Le Conseil national syrien (CNS), qui regroupe la majorité des courants de l'opposition, a estimé de son côté dans un communiqué que ce double veto "irresponsable" donnait au régime un "permis de tuer (...) dans l'impunité". Le CNS a cependant annoncé qu'il poursuivrait ses efforts politiques "à tous les niveaux" et qu'il porterait l'affaire devant l'Assemblée générale de l'ONU pour "obtenir une résolution soutenant le peuple syrien". Il a aussi appelé "les pays arabes et amis à prendre toutes les mesures économiques et diplomatiques" contre les pays ayant bloqué le texte.
Faisant écho à cet appel, les Frères musulmans jordaniens et syriens ont appelé à boycotter les produits russes et chinois.
L'Organisation de la coopération islamique (OCI), qui regroupe 57 membres dont la Syrie, a également regretté les vetos mettant en garde contre le risque de guerre civile.
Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, a par ailleurs annoncé que l'organisation panarabe comptait poursuivre ses efforts avec le régime syrien et avec l'opposition pour mettre fin aux violences afin d'éviter une intervention militaire étrangère. Le veto sino-russe "n'empêche pas qu'il y a un soutien international clair aux décisions de la Ligue", a insisté M. Arabi dans un communiqué.
Le Premier ministre du Qatar, Hamed ben Jassem al-Thani, a estimé que le vote de la Russie et de la Chine donnait "le droit de tuer" à M. Assad.
Et le Premier ministre tunisien a appelé la communauté internationale à rompre ses relations diplomatiques avec Damas. "Le peuple syrien attend des actes (...) La moindre des choses est de rompre l'ensemble des relations avec le régime syrien", a déclaré Hamadi Jebali à Munich.
A Paris, le ministre français de la Défense a estimé que la position de Moscou n'était pas tenable: "La Russie, pour des raisons à peu près inavouables, bloque tout (...). Nous avons le devoir, nous Européens, de montrer que nous n'accepterons jamais ce régime (syrien). La Russie peut tenir 15 jours, deux mois, mais elle ne peut pas tenir indéfiniment", a-t-il assuré.
Seul l'Iran a estimé que le veto de la Chine et de la Russie était "juste". "Le Conseil de sécurité est devenu un outil de l'Occident pour ses actions d'intimidation et ses charges en solitaire contre d'autres nations, et cette fois ci la Russie et la Chine s'y sont opposées", a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, cité par l'agence officielle Irna.
De nombreux Syriens s'en sont pris par ailleurs à leurs ambassades à travers le monde pendant le week-end, en particulier au Caire, à Koweït, Athènes, Berlin, Londres et Canberra. D'autres ont aussi exprimé leur colère devant les ambassades de Russie, comme à Tripoli et à Beyrouth.
Sur le terrain, cinquante-six personnes ont été tuées dimanche dans les violences, pour moitié des civils, a annoncé l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) dans un communiqué. Les violences ont fait 28 morts civils: 23 dans la région de Homs (centre), deux à Daraya (banlieue de Damas) et trois dans la région d'Idleb (nord-ouest). Dans le même temps, 28 soldats de l'armée régulière ont trouvé la mort: 14 dans la région d'Idleb, 7 à Houla (région de Homs), 3 à Zabadani (près de Damas) et 4 à Deraa (sud), selon l'OSDH, basé en Grande-Bretagne. Selon l'organisation, cinq enfants figurent parmi les victimes.
Samedi, 48 morts personnes avaient péri, dont une moitié de civils, en plus du bombardement d'une violence inédite dans la nuit qui a fait plus de 230 morts à Homs, selon l'OSDH. Le régime a démenti tout raid et accusé l'opposition d'avoir incité à cette "attaque terroriste" pour influencer l'ONU.
La Russie, allié de Damas, a assuré avoir "l'intention de faire tout son possible pour une stabilisation rapide" de la situation en Syrie. Moscou a confirmé une visite mardi à Damas de son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, pour évoquer la mise en place rapide de "réformes démocratiques indispensables".
Ce veto est...



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Une entente tacite pour diviser la Syrie en cantons ?. A suivre . Antoine Sabbagha
14 h 34, le 05 février 2012