Patron incontesté d’un des plus grands groupes Internet du monde alors qu’il n’a même pas 30 ans, Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, figure déjà parmi les légendes de la Silicon Valley. Kimihiro Hoshino/AFP
Le réseau communautaire aux 845 millions d’utilisateurs n’a pas indiqué le nombre d’actions qu’il entendait mettre le marché, ni à quel prix, ni à quelle date, mais il a pour la première fois levé le voile sur des données financières restées jusqu’alors confidentielles.
Avec 3,71 milliards de dollars de chiffre d’affaires réalisé en 2011, presque doublé sur un an, et un bénéfice net de 668 millions de dollars, il est déjà l’un des très grands du secteur, huit ans après sa création dans une chambre d’étudiant à l’université Harvard. « Il est plus rentable que nous ne l’attendions », a noté l’analyste Kathleen Smith, du cabinet spécialisé dans les entrées en Bourse Renaissance Capital. En tout cas, il prouve « qu’il n’est pas qu’une mode transitoire », relève Michael Gartenberg, de Forrester Research.
L’opération, dont le montant n’est encore que théorique, promet en tout cas d’attirer un énorme intérêt, de l’avis unanime des analystes. Ce sera, et de loin, la plus grosse opération d’entrée en Bourse, bien au-delà du 1,67 milliard de dollars levés par Google en 2004.
Ce sera la première fois que des petits porteurs auront l’occasion de prendre leur part financière de ce nouveau phénomène, alors que depuis près de trois ans des titres s’échangeaient certes, mais uniquement entre investisseurs fortunés et triés sur le volet ayant accès aux marchés parallèles officieux comme Second Market ou SharesPost. Les médias estiment déjà entre 75 et 100 milliards de dollars la valorisation du site, ce qui pour certains est excessif. « À 100 milliards de dollars, on investit dans une bulle, prévient Trip Chowdhry, chez Global Equities Research. Les chiffres ont l’air très impressionnants, mais normalement pour une entrée en Bourse, il y a le signe d’une croissance à venir. Or là, ils ont l’air déjà au top. »
D’ailleurs, les recettes du groupe représentent une relative déception : le cabinet de marketing eMarketer les avait estimées la semaine dernière à 4,27 milliards de dollars, bien au-delà des 3,71 milliards annoncés. Analyste à la banque d’affaires Bryan Garnier, Virginie Lazès convient que « ce qui fait monter le titre de Facebook, c’est la spéculation, mais aussi l’aboutissement d’un business model qui veut dire quelque chose ». « Ils arrivent à monétiser leur audience, par les crédits Facebook (les achats de produits virtuels), par la pub et le marketing, ils ont réussi à trouver un modèle qui génère de l’argent », explique-t-elle. « Ils sont partout, mais ils n’ont pas monétisé leur audience partout », ajoute Mme Lazès, qui suggère de faire le « pari » de la réussite de l’entreprise.
Le jeune PDG de l’entreprise Mark Zuckerberg, 27 ans, a quant à lui assuré dans sa lettre aux investisseurs que son but n’était pas de gagner de l’argent. « Nous ne construisons pas des services pour gagner de l’argent, nous gagnons de l’argent pour construire de meilleurs services », y affirme-t-il. « Facebook n’a pas été créé à l’origine pour être une entreprise, il a été créé pour remplir une mission sociale : rendre le monde plus ouvert et connecté », fait aussi valoir M. Zuckerberg, qui proclame 5 valeurs fondamentales de la société : « se concentrer sur l’impact », « agir vite », « être audacieux », « être ouvert », « construire une valeur sociale ».
Facebook, qui sera abrégé en « FB » dans les systèmes de cotation, a confirmé qu’il gagnait la plus grande partie de ses recettes dans la publicité, même si c’est une part en déclin : 85 % en 2011, contre 98 % en 2009. Il a cependant réussi à relever de 24 % le tarif de ses espaces publicitaires. Le groupe, qui dispose déjà d’un matelas confortable de 3,9 milliards de dollars de liquidités, n’a pas prévu d’utilisation particulière de la manne qu’il gagnera en Bourse.
(Source : AFP)

