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Nos lecteurs ont la parole

Le mirage d’Alice

Par Farid COMATY
Je vous écris pour vous faire part, en tant qu’expat, de mon expérience de deux semaines durant les fêtes de décembre, dans ce pays fou qui, paradoxalement, est plein de merveilles. Cela faisait longtemps que je suivais l’actualité libanaise, mais une fois de retour, je me retrouvais indifférent à la situation politique.
Je me suis posé cette question : quel est le secret du Liban qui m’a fait perdre ma curiosité politique durant deux semaines ?
Eh bien, la réponse, les Libanais la vivent chaque jour : c’est le charme de notre pays et cette joie (unique) de vivre au jour le jour. Ce n’est pas par hasard que l’on peut trouver sur le Web des articles écrits par des étrangers qui n’arrivent pas à oublier leur séjour au Liban et indiquant que Beyrouth a été sélectionnée en tête de liste des destinations touristiques pour 2010. Dans quelle partie du monde pourriez-vous trouver une ville dont les restos, pubs ou boîtes vibrent chaque soir et jusqu’à l’aube, un pays où, le lendemain, on peut skier sur les plus belles montagnes, à 45 minutes de la capitale, et s’offrir une vue panoramique sur les plaines. Le charme de l’été est amplifié davantage encore, avec les boîtes où les femmes sont belles, les plages, les rivières sur lesquelles on peut rafter, les montagnes où l’on peut parapenter, les vagues de Batroun sur lesquelles on peut surfer.
Notre pays est ancré dans l’histoire et contient des sites éblouissants, que ce soit à Beyrouth avec ses chapelles, ses mosquées et sa synagogue, à Baalbeck avec ses temples romains, aux Cèdres avec des forêts âgées de plus de deux mille ans, à Jbeil avec les ruines de Byblos, à Jeïta et sa merveilleuse grotte.
Mais si je reviens sur terre et m’éloigne de ce mirage, je réalise combien notre charmant pays pratique l’acrobatie politique. Que dire du putsch milicien au sein du gouvernement en janvier 2011, précédé par « l’accord de la honte », celui de Doha, en 2008 ? Cet accord contraire à tout principe de démocratie et qui a donné à la minorité le tiers de blocage au sein du gouvernement. Par « pure coïncidence », cet accord s’est accompagné de l’arrêt des attentats qui ont fait de nombreuses victimes parmi les plus grandes figures de la révolution du Cèdre. Et les positions de l’actuel gouvernement vont à l’encontre des positions historiques du Liban, pays qui avait participé à l’élaboration de la Charte universelle des droits de l’homme aux Nations unies et qui, actuellement aux Nations unies, s’obstine à voter contre la reconnaissance des massacres en Syrie et s’oppose à des sanctions de la Ligue arabe. Hier encore le leader du CPL affirmait que les droits de l’homme ne sont qu’une « marchandise qui se vend et s’achète », alors que ce sont des droits inaliénables, protégés par la loi et les conventions internationales dans la grande majorité des pays. Devant tout le sang versé depuis les révolutions qui ont débuté en 1789 et qui coule maintenant chez notre voisin, tout ce que le leader du CPL trouve à dire c’est qu’il s’agit d’une marchandise, alors que lui-même avait bénéficié de ses droits lors de son exil en France.
Il est tout aussi désolant de voir que certains Libanais ne croient pas en la justice internationale et que d’autres essayent de ternir l’image de l’enquête avec des montages vidéo. Comment va-t-on construire un État de droit, civilisé et développé, quand existe chez nous une milice armée jusqu’aux dents qui rejette la justice, qu’elle soit libanaise ou internationale, et aide le dictateur du pays voisin à réprimer son peuple ? Quand cette milice est accusée par les autorités de Bangkok de tentative de complot terroriste ou quand des hôtels et des petits commerces du sud du Liban sont plastiqués pour avoir vendu des boissons alcoolisées.
En conclusion, le message que je voudrais faire parvenir aux jeunes Libanais, spécialement aux jeunes émigrés comme moi, est le suivant : ne vous laissez pas prendre aux illusions d’Alice et ne négligez pas ce qui se passe sur la scène politique. Le Liban est un pays d’or, nous le savons tous, mais il pourrait sombrer, victime de ses antagonismes, et subir des modifications fondamentales si l’on n’intervient pas en 2013. Ce petit papier blanc que l’on placera dans l’urne est une arme vitale incomparable. Il n’est ni à vendre ni à acheter. Il est le fruit d’une mûre réflexion de l’homme du XXIe siècle, celui qui ne se laisse plus duper par la propagande d’un État dictateur, l’homme qui peut se libérer de ses influences familiales et former son propre avis, basé sur ses lectures et interprétations, l’homme qui réclame ses droits fondamentaux d’égalité, liberté et dignité. Telle est l’importance de notre vote en 2013. J’espère que nous participerons ensemble, l’an prochain, à la consultation populaire pour rebâtir notre alliance de 2005 qui a souffert d’immaturité et de manque de courage, mais qu’il ne faut jamais abandonner puisqu’en fin de compte, c’est elle qui défend le cœur du sujet : l’idée d’un Liban démocratique, régi par l’État, un Liban dans lequel égalité, justice, dignité et liberté sont respectées.
Je vous écris pour vous faire part, en tant qu’expat, de mon expérience de deux semaines durant les fêtes de décembre, dans ce pays fou qui, paradoxalement, est plein de merveilles. Cela faisait longtemps que je suivais l’actualité libanaise, mais une fois de retour, je me retrouvais indifférent à la situation politique. Je me suis posé cette question : quel est le secret du Liban qui m’a fait perdre ma curiosité politique durant deux semaines ? Eh bien, la réponse, les Libanais la vivent chaque jour : c’est le charme de notre pays et cette joie (unique) de vivre au jour le jour. Ce n’est pas par hasard que l’on peut trouver sur le Web des articles écrits par des étrangers qui n’arrivent pas à oublier leur séjour au Liban et indiquant que Beyrouth a été sélectionnée en tête de liste des destinations...
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