Il aura fallu à la République un week-end entier pour essayer de digérer les philippiques livrées vendredi soir par le général Michel Aoun. Et la question qui se posait hier – et qui se posera encore ce lundi – est de savoir comment, après cet allègre flot d’insultes, les morceaux du gouvernement pourraient se recoller en prévision du Conseil des ministres de demain, initialement consacré à la poursuite de l’examen du projet de budget et à la crise de l’électricité.
Il est certes vrai qu’en apparence, la plus grande part dans les vociférations du chef du CPL revenait à l’opposition et à ses symboles, poursuivis jusque dans leurs tombes. Mais personne n’est dupe : c’est bien aux partenaires au sein du gouvernement, et plus étroitement encore aux alliés, à qui il est reproché d’avoir quasiment abandonné le général, que ce dernier s’en prenait.
Victime depuis plusieurs mois d’une équation géostratégique étriquée qui contraint le Hezbollah, véritable colonne vertébrale du gouvernement, à préférer amadouer le Premier ministre pour l’empêcher de rendre son tablier qu’à satisfaire les ambitions de son allié, Michel Aoun et son étalage de dix ministres se retrouvent de ce fait exsangues et n’ont plus d’autre alternative que de jouer la fuite en avant. D’où l’ire mise en scène vendredi dernier.
Ce faisant, le chef du CPL commet tout de même une imprudence vis-à-vis d’une partie de son propre public, à qui il n’échappe pas que le général ne va jamais autant jusqu’aux extrêmes que lorsque son ministre de prédilection, Gebran Bassil, est en cause. Or la crise de l’électricité pointe les projecteurs en direction du ministre de l’Énergie.
Que va faire le gouvernement pour régler ce grave problème qui n’en finit pas d’empoisonner depuis des années la vie des Libanais, grève lourdement les finances publiques et privées et entrave sérieusement le développement du pays ? On n’en sait rien encore. Tout ce que l’on sait, c’est que le Premier ministre, Nagib Mikati, et le président de la République, Michel Sleiman, sont convenus samedi, au cours d’un entretien au palais de Baabda, d’agir dans un sens qui dégagerait ce dossier du « cercle des tiraillements politiques ». C’est probablement dans cette perspective que le chef de l’État s’apprête à recevoir aujourd’hui à Baabda M. Bassil.
D’après les milieux proches de la présidence, M. Sleiman souhaite, en effet, calmer le jeu politique en arguant des dangers de déstabilisation du Liban que pose la crise syrienne. Quant à M. Mikati, il voudrait éviter tout couac gouvernemental important avant son voyage à Paris, le 9 février, et l’adoption du budget.
Cependant, à bien examiner le contexte politique dans lequel se trouve actuellement le général Aoun, il est permis de se demander si les tentatives d’apaisement ne sont pas, elles aussi, une sorte de fuite en avant.
Quoi qu’il en soit, dans l’immédiat, il est clair que des efforts sont déployés afin que la séance du Conseil des ministres de demain ne tourne pas au pugilat. Pour ce faire, il semble, à ce qu’affirme une source gouvernementale, que l’on prépare activement une série de nominations ou de permutations, probablement dans le corps diplomatique.
Histoire de dire que la séance du Conseil des ministres aura été productive.
Il est certes vrai qu’en apparence, la plus grande part dans les vociférations du chef du CPL revenait à l’opposition et à ses symboles, poursuivis jusque dans leurs tombes. Mais personne n’est dupe : c’est bien aux partenaires au sein du gouvernement, et plus étroitement encore aux alliés, à qui il est reproché d’avoir quasiment...

