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Nos lecteurs ont la parole

Molière, quand ressusciteras-tu ?

Par BEK
À petit feu. La francophonie est en train de mourir. Il suffit de regarder un peu autour de nous pour constater (l’ampleur de) la dégradation du français et du francophone au Liban. Quelques signes visibles suffisent pour illustrer cet état de déclin : fermeture progressive, à partir des années 90, de chaînes télé et radio (C33, France FM...) ainsi que de journaux et magazines francophones (La Revue du Liban – fondée en 1928 –, et récemment al-Balad, qui n’a résisté que trois ans) ; recul drastique du niveau linguistique dans les institutions académiques, même les plus réputées (aussi bien du côté des étudiants que des enseignants) ; disparition de certaines banques françaises sur le marché (BNP Paris-Bas...), de certains noms français de banques locales (Banque libanaise pour le commerce, devenue BLC Bank...), etc. Les exemples ne sont pas difficiles à discerner, encore moins à trouver.
Si cela est lié à divers facteurs, dont le recul du prestige de la France et du français à l’échelle mondiale, la montée du capitalisme et de sa langue véhiculaire, la révolution numérique et ses effets de mutation socioculturelle, il n’en reste pas moins que le recul de la francophonie est aussi et surtout le résultat de l’absence, face à ces multiples phénomènes (plus mondiaux que locaux), de plan de résistance ou de contre-attaque. L’absence de volonté politique, d’enthousiasme, de moyens financiers. Et pour cause : l’endormissement de la France et des francophones. Leur état d’indifférence, de léthargie, d’austérité. Leur manque d’initiatives, de coordination, de motivation, de renouvellement, typique des anciens régimes déchus, des aristocrates déclassés.
Alors que l’anglais, l’espagnol et le mandarin continuent d’attirer, de conquérir, de séduire de nouveaux peuples, de nouveaux marchés, grâce à des initiatives agressives, des politiques nationales, le français persévère sur sa pente, manquant même de garder dans son giron les plus fidèles des fidèles.
Cette tendance mondiale, à laquelle le Liban arrive difficilement à échapper, n’est pas sans répercussions sur le pays du Cèdre, dont la raison d’être politique et culturelle est intiment liée à la francophonie.
En effet, s’il faut préserver le français au Liban, ce n’est pas par fidélité à la France ou par fascination pour sa langue, son histoire, ses auteurs, sa musique, ses vins et ses fromages. Ce n’est pas non plus par reconnaissance pour des siècles de protection, d’échanges politiques, culturels, et économiques entre cette vieille « fille aînée de l’Église » et cette ancienne principauté catholique levantine devenue plus tard, sous l’impulsion française, une mosaïque à 18 couleurs. Ce n’est surtout pas par inféodation ou asservissement (car les complexés gagneraient aussi à se calmer un peu).
S’il faut préserver le français au Liban, c’est tout simplement parce que cette langue incarne une culture de simplicité, d’ouverture, de tolérance, d’universalisme, dans une société post-guerre, déchirée et traumatisée par trente années de violences et d’occupation, rongée par le fanatisme, l’intolérance, la superficialité et la vulgarité.
Parce que cette langue initie à la réflexion, à la profondeur, à la remise en question, dans un pays où les vérités sont plus absolues que l’Absolu. Parce qu’elle constitue un (dernier) rempart contre une dégradation des principes et des valeurs, dans un pays où la corruption, dans ses multiples formes, vit paisiblement sur son trône.
S’il faut enfin préserver le français au Liban, c’est parce que cette langue a réussi, là où les Libanais ont justement échoué, à fédérer, à transcender, à construire des ponts entre les différentes communautés. Parce qu’elle continue de marquer toute la particularité de cette mosaïque, en atteste et en constitue désormais un des piliers. Si le français est en péril, c’est cette mosaïque même qui est en péril.
Très occupée par ses crises internes et continentales, ses campagnes électorales et ses histoires glamour et people qui touchent désormais au sommet de sa République, la France, frappée par le syndrome du « déclinisme », devrait se réveiller : se souvenir que les quelque 200 millions de francophones dans le monde (dont près de 80 millions ne maîtrisent que partiellement le français), répartis entre le Québec, le Congo, le Liban, le Vietnam et la Roumanie, ne sont pas chose acquise. Que sa langue, sa culture, son esprit et son universalisme (beaucoup moins) répandus aux quatre coins du monde sont plus que jamais en danger. Que les quelques initiatives qui traînent ici et là – un concert, un café, un ciné-club – sont loin d’être suffisantes pour endiguer les effets dévastateurs de cette vague déferlante. Qu’il y a urgence d’agir, d’injecter : des initiatives, de nouvelles idées et de l’argent. Surtout de l’argent.
À petit feu. La francophonie est en train de mourir. Il suffit de regarder un peu autour de nous pour constater (l’ampleur de) la dégradation du français et du francophone au Liban. Quelques signes visibles suffisent pour illustrer cet état de déclin : fermeture progressive, à partir des années 90, de chaînes télé et radio (C33, France FM...) ainsi que de journaux et magazines francophones (La Revue du Liban – fondée en 1928 –, et récemment al-Balad, qui n’a résisté que trois ans) ; recul drastique du niveau linguistique dans les institutions académiques, même les plus réputées (aussi bien du côté des étudiants que des enseignants) ; disparition de certaines banques françaises sur le marché (BNP Paris-Bas...), de certains noms français de banques locales (Banque libanaise pour le commerce, devenue BLC...
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