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À La Une - Éclairage

Nagib Mikati, un an au Sérail contre vents et marées

D’un calme olympien, peu bavard, il a réussi à s’imposer et surtout à imposer ses décisions et ses choix à la majorité.

Photo Reuters

Depuis un an exactement, Nagib Mikati a été désigné par une majorité de députés pour former le nouveau gouvernement après la chute de celui présidé par Saad Hariri. Mikati avait ce jour-là créé la surprise en sollicitant lui-même cette investiture alors que le Hezbollah avait pratiquement choisi l’ancien Premier ministre Omar Karamé. Il avait alors l’appui du leader druze Walid Joumblatt qui avait misé sur lui et il a obtenu le soutien du président de la Chambre Nabih Berry et celui du chef de l’État Michel Sleiman. Mikati avait bien étudié son coup, convaincu d’être un « plus » pour une majorité encore peu sûre d’elle et qui craignait le déclenchement d’une campagne internationale contre elle.


Beaucoup de choses, rarement agréables, ont alors été dites contre Mikati, notamment de la part du courant du Futur et de ses alliés, l’accusant, entre autres amabilités, d’être un traître et l’instrument du Hezbollah. Mais au fil des mois (le gouvernement Mikati n’a d’ailleurs été formé qu’en juin), le Premier ministre a montré qu’il donnait du fil à retordre à ses alliés au sein de la majorité, plus qu’à ses rivaux au sein du courant du Futur. D’un calme olympien, peu bavard, il a réussi à s’imposer et surtout à imposer ses décisions et ses choix à une majorité qui croyait pouvoir faire triompher ses points de vue, après s’être notamment dotée de la majorité absolue des portefeuilles ministériels.
En près de sept mois à la tête du gouvernement, Nagib Mikati a montré qu’il pouvait résister aux pressions et aux tempêtes sans rien céder sur le fond et en donnant au « centrisme » un rôle concret dans la prise des décisions gouvernementales.


Selon ses proches, Mikati part du principe qu’il est indispensable à la majorité et que l’actuel gouvernement est une nécessité aussi bien pour le Liban que pour la région et même pour la communauté internationale dans une période aussi trouble et confuse pour l’ensemble du Proche et du Moyen-Orient.


C’est ainsi que le Premier ministre a réussi à surmonter la crise qu’aurait pu constituer le financement du TSL, en trouvant une formule (avec l’aide du président de la Chambre) qui a certes déplu au Hezbollah sans toutefois le pousser au désaveu et à faire chuter le gouvernement. Mikati avait bien compris qu’aux yeux de la communauté internationale, le financement du TSL était un test décisif, et finalement, il l’a passé avec succès, et en dépit du cafouillage du courant du 14 Mars qui a commencé par rejeter la formule trouvée, les États-Unis et la France ont mis à l’actif de Mikati la décision du financement. Selon les proches du Premier ministre, c’est avec le même savoir-faire qu’il fera passer le renouvellement du protocole du TSL, en misant sur le fait qu’avec les développements en Syrie et au Nord du Liban, le Hezbollah a désormais d’autres priorités que le TSL. Le secrétaire général des Nations unies a déjà pavé la voie au cours de sa visite à Beyrouth en annonçant presque incidemment que la décision du renouvellement relève de sa propre responsabilité et constitue une simple routine. De la sorte, Mikati aura acquis une grande crédibilité auprès de ses interlocuteurs internationaux en se présentant comme un homme qui tient ses engagements et qui peut imposer ses choix. De même, Mikati a réussi à préserver ce qu’il appelle « les droits de la communauté sunnite » en refusant de limoger certains responsables, comme le réclamait la majorité, et en ne donnant pas le feu vert à l’ouverture du dossier des faux témoins.


En fait, à chaque crise au sein du gouvernement, les priorités du Premier ministre sont apparues différentes de celles de la majorité. Pour lui, il tient d’abord compte des « intérêts de la communauté sunnite », et par ce biais, il est toujours soucieux de stopper ce qu’il considère comme « les appétits du chef du CPL », en matière de nominations administratives et de projets de développement. Ses autres priorités sont aussi de préserver ses relations avec l’Arabie saoudite (qui n’avait pas caché son mécontentement lors de sa désignation par la majorité des députés), mais aussi avec le régime syrien et avec la communauté internationale.


Une drôle de feuille de route en somme qui apparaît de prime abord irréalisable, mais jusqu’à présent il a réussi à tenir le cap, en misant sur le fait que, pour l’instant, nul ne souhaite une déstabilisation du Liban. Ce qui rend sa présence à la tête du gouvernement indispensable. C’est d’ailleurs sur ce thème qu’il rejoint la majorité qui considère elle aussi la stabilité du Liban comme une priorité. Autre souci qui fait l’unanimité entre Mikati et la majorité, c’est la nécessité de préserver le secteur bancaire au Liban, considéré comme essentielle pour l’économie libanaise. Mais sur tous (ou presque) les autres sujets, Mikati a des divergences d’opinions tantôt avec le général Michel Aoun et tantôt avec le Hezbollah, quand ce n’est pas avec les deux réunis. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le gouvernement actuel peine à prendre des décisions au point de se ridiculiser pratiquement auprès des citoyens concernant (entre autres) la majoration des salaires, les nominations administratives, l’électricité, etc. Pour certains, le gouvernement ne pourra devenir plus efficace que si un accord est conclu entre Mikati et Aoun. Mais une telle éventualité ne paraît pas imminente, les deux hommes ayant du mal à faire coïncider leurs agendas respectifs. C’est aussi leurs visions différentes qui empêchent des dossiers-clés d’avancer, comme celui des gisements pétrolifères, celui de l’énergie en général et celui des télécommunications, sans parler de la mentalité « du partage des parts » qui prévaut chez certains protagonistes au sein du gouvernement...


En somme, si le Premier ministre a réussi en un an à s’imposer sur la scène politique, et à déjouer tous les pronostics sur son départ rapide ou sa transformation en marionnette entre les mains du Hezbollah, il n’a toutefois pas réussi à diriger un gouvernement efficace, ni à montrer aux citoyens qu’il est réellement en mesure de régler leurs problèmes. Tout comme il n’a pas réussi à convaincre ses partenaires qu’il n’est pas l’otage de son « sunnisme ».

Depuis un an exactement, Nagib Mikati a été désigné par une majorité de députés pour former le nouveau gouvernement après la chute de celui présidé par Saad Hariri. Mikati avait ce jour-là créé la surprise en sollicitant lui-même cette investiture alors que le Hezbollah avait pratiquement choisi l’ancien Premier ministre Omar Karamé. Il avait alors l’appui du leader druze Walid Joumblatt qui avait misé sur lui et il a obtenu le soutien du président de la Chambre Nabih Berry et celui du chef de l’État Michel Sleiman. Mikati avait bien étudié son coup, convaincu d’être un « plus » pour une majorité encore peu sûre d’elle et qui craignait le déclenchement d’une campagne internationale contre elle.
Beaucoup de choses, rarement agréables, ont alors été dites contre Mikati, notamment de la part du...
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