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Nos lecteurs ont la parole

Drôles de gouvernants

Par Zakaria NSOULI
« La politique est dégueulasse, parce que les hommes qui la font la rendent dégueulasse. »
Michel ROCARD

Notre soleil vire au noir. Voilà un Liban à la dérive. Beaucoup d’entre nous s’habituent aux soubresauts de ce bateau ivre. Ils se gondolent même sur le pont branlant de nos discordes. D’autres deviennent dingos. Pourtant, personne ne bronche. Mais qu’est-ce qui arrive ? C’est simple. Des rigolos se sont emparés du pouvoir et nous promènent sur les vagues tumultueuses de l’absurde. Kafka serait-il né à Beyrouth ? Ainsi, l’électricité, bien que rationnée, nous coûte des milliards depuis une vingtaine d’années. Si les ruptures bousillent tes appareils électriques, c’est normal. Tu ne vois pas la pluie qui tombe et nos rues transformées en ruisseaux? Mais, tu es aveugle ou quoi?
Que d’eau potable vendue en bouteilles tandis que nos fleuves débordent et se déversent en mer sans compter nos cimes enneigées. Et alors? Boucle-la, je n’en ai rien à f... Va voir ailleurs si j’y suis !
La Sécurité sociale à couteaux tirés avec les hôpitaux, un véritable désastre. À bas la classe moyenne et vive la casse sociale et les déshérités de tous bords! Réjouissez-vous cependant, notre ministre de la Santé promet d’assurer la couverture sociale à deux millions de Libanais qui vivotent, par miracle, sans aucune assurance. Mais vous oubliez les tentatives, soi-disant sérieuses, pour ajuster les salaires et lutter contre la vie chère. Mon œil ! Le Conseil d’État a beau corriger la copie du gouvernement une fois, trois fois. En vain !
Les surdoués qui président à nos destinées reviennent à la charge, par populisme, comme pour damer le pion aux partenaires sociaux. Malgré tout, la haute juridiction administrative tente, à nouveau, d’apprendre à nos enfants prodiges d’ânonner le b.a.-ba des leçons de droit pour les ramener à la raison.
Eh oui, quatre mois de cafouillis, en jouant au chat et à la souris. Mieux que Tom et Jerry! Soudain, au bout d’un dîner (aux chandelles?) préparé dans le secret des dieux, on met bas un compromis sur le réajustement des salaires d’où est sorti un canard boiteux « à l’orange » en échange, paraît-il, de magouilles promises. Et on continue d’applaudir en feignant d’ignorer les autres problèmes, pourtant menaçants, comme la dette énorme qui s’accumule et menace de faillite le Trésor public, l’Université libanaise en déroute, le viol de nos montagnes et des espaces verts, la pollution de notre mer et de l’air, la circulation exécrable, soi-disant « tolérance zéro » ! En berne le budget, les nominations judiciaires et administratives. Bref, vacance de pouvoir pour cause de maladies infantiles, etc. Et brusquement, la catastrophe! Un immeuble s’effondre en plein cœur de Beyrouth. Tout le monde est là, comme par hasard. T’as pas été convaincu par nos compassions et nos condoléances au nom de la République ? La vie qui continue et tant pis pour les vingt mille autres immeubles qui menacent ruine. C’est donc rendez-vous aux prochaines catastrophes...
Bon ! Tu arrêtes, circulez, y a rien à voir, mais tu te prends pour qui ? Tu sais à qui tu parles ?
Auparavant, ironie du sort, et cerise sur le gâteau, c’est qu’un ministre (de la Défense) qui s’amuse à proclamer qu’el-Qaëda est dans nos murs et qu’elle passe et repasse à travers le gruyère de nos frontières (imaginaires) pour aller abattre la Syrie, victime d’un «odieux complot». Mais pourquoi s’en faire ? Notre ministre ne va quand même pas nous jeter dans la gueule du loup. Il aime bien rire, c’est tout. De toute façon, tais-toi quand tu parles ! As-tu compris? Sinon, tu disparais en fumée comme tant d’autres. Ni vu ni connu et surtout ne cours pas demander à ton tribunal international de se porter à ton secours.
Tu nous menaces de ne plus jamais voter pour tes députés? Pauvre idiot ! Tu oublies qu’ils n’en ont rien à cirer puisqu’ils bénéficient, d’ores et déjà et de par la loi, d’une indemnité d’« appauvrissement » au service de la République et même après décès, à leurs héritiers. Une rente en babouches jusqu’à babiller après l’au-delà, ce n’est pas merveilleux ? Dès lors, point étonnant d’aboutir à la paralysie des rouages de l’État, gangrenés en plus par une corruption sans vergogne, expliquant ainsi tous les sinistres qui nous tombent sur la tête. C’est bien normal. Sinon, vas te faire soigner. Dégage, OK ? Les psy sont à côté, surtout pour les timbrés de ton calibre. Et tes semblables.
En tout cas, nous allons bientôt dresser à nouveau la table du dialogue. Les gloutons doivent porter leur permis de port d’armes pour pouvoir entrer. Les autres déposeront leurs souliers à la porte comme pour aller prier. Ils ne pourront les évoquer – ces armes – ni de près ni de loin, dans leurs augustes échanges, même si leurs orteils les démangent, Ne vous en faites pas ! Nous causerons aussi du Liban « message » pour satisfaire nos pères spirituels et ne plus faire honte à nos croyants. Quant aux armes des Palestiniens et autres factions soutenues par l’extérieur, nous en reparlerons. Surtout, nous débattrons du sexe des anges. En ce qui concerne les décisions déjà prises à l’unanimité lors du précédent dialogue, nous les appliquerons bientôt. À la saint-glinglin... Et puis tu nous les casses, ça suffit ! Haut les cœurs ! Tu n’as qu’à aller siffler sur la colline (de Rabieh) en attendant avec un bouquet d’églantines. Si mon gendre ne vient pas te chercher, ne songe pas à aller te suicider.
Bon arrête de chialer. Porte le deuil de tes illusions. Pense à Julien Clerc en chantant : « Ce n’est rien qu’un vol de tourterelles qui s’en va à tire-d’aile dans le lointain. »
Maintenant, tu sèches tes larmes. Tu ravales tes sarcasmes. Et avant de partir, fais cette prière :
Que Dieu bénisse nos guignols et qu’il puisse un jour nous guérir, par miracle, de ces fous rires noyés de sanglots qui nous brisent. Pourvu qu’il intervienne sans grand retard. Oui, Seigneur, faites que notre Liban ne devienne pas un grand asile d’aliénés. Et même, qu’il ne soit nominé un jour, au ban des nations, pour recevoir le césar du meilleur «pays-zouave » sur la planète.
Que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! Amen.
« La politique est dégueulasse, parce que les hommes qui la font la rendent dégueulasse. » Michel ROCARDNotre soleil vire au noir. Voilà un Liban à la dérive. Beaucoup d’entre nous s’habituent aux soubresauts de ce bateau ivre. Ils se gondolent même sur le pont branlant de nos discordes. D’autres deviennent dingos. Pourtant, personne ne bronche. Mais qu’est-ce qui arrive ? C’est simple. Des rigolos se sont emparés du pouvoir et nous promènent sur les vagues tumultueuses de l’absurde. Kafka serait-il né à Beyrouth ? Ainsi, l’électricité, bien que rationnée, nous coûte des milliards depuis une vingtaine d’années. Si les ruptures bousillent tes appareils électriques, c’est normal. Tu ne vois pas la pluie qui tombe et nos rues transformées en ruisseaux? Mais, tu es aveugle ou quoi? Que d’eau potable...
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