Le naufrage du Costa Concordia a fait au moins six morts. Andreas Solara/AFP
Les sauveteurs poursuivaient leurs recherches hier soir dans l’épave du Costa Concordia, naufragé vendredi sur l’île italienne du Giglio. « Nous avons repris les opérations après avoir vérifié que le navire s’est stabilisé », a déclaré Luca Cari, porte-parole des pompiers. Pendant trois heures, un orage et la houle avaient contraint les secours à tout stopper car le navire, couché sur des rochers à moins de 50 mètres de la rive, s’était déplacé d’une dizaine de centimètres et risquait de glisser vers le fond. Selon les pompiers, les appareils de mesure ont permis aux secours de contrôler que la poupe du Concordia est stable tandis que la proue s’est légèrement inclinée vers l’avant. Les opérations se poursuivaient même après la tombée de la nuit, à la lueur de puissants projecteurs.
La catastrophe a fait au moins six morts, dont quatre touristes, deux Français, un Italien et un Espagnol, et un homme d’équipage péruvien. La sixième victime, un homme, a été localisée hier mais non identifiée car son corps n’a été extrait qu’en début de soirée. Jusqu’à présent, les sauveteurs parlaient d’une quinzaine de disparus, dont quatre touristes Italiens, deux Américains, deux couples de Français et 6 membres d’équipage. Mais le nombre de personnes manquant à l’appel pourrait être plus élevé.
Outre la tragédie humaine, les autorités s’activent pour éviter un « désastre » écologique avec la fuite des 2 380 tonnes de carburant qui se trouvent dans les entrailles du mastodonte. En milieu d’après-midi, un liquide huileux s’est écoulé aux abords de l’épave sans qu’il soit possible de déterminer s’il s’agissait de carburant. Le naufrage comporte « un très haut risque » pour l’île du Giglio, entourée d’une réserve naturelle protégée, et « une intervention est urgente », a déclaré le ministre de l’Environnement, Corrado Clini.
En attendant, le commandant du Costa Concordia, Francesco Schettino, est dans la ligne de mire. En détention à Grosseto en raison d’un « risque de fuite et de dissimulation de preuves », selon le procureur en charge de l’enquête, Francesco Verusio, il a été placé sous surveillance spéciale. L’avocat du capitaine, Me Bruno Leporatti, qui a pu lui rendre visite hier, l’a décrit comme « accablé, consterné, affligé par les pertes humaines et fortement perturbé par ce qui s’est passé ».
De nombreux témoignages sont accablants pour le capitaine, soupçonné de s’être approché bien trop près des côtes pour effectuer une parade, surnommée « l’inchino » (la révérence), toutes lumières allumées et à grand renfort de sirènes afin de saluer les habitants de l’île. Le patron de Costa Crociere, société propriétaire du paquebot, a déploré une erreur du commandant dont il s’est officiellement « dissocié ». De nombreux témoins ont dénoncé un chaos complet lors de l’évacuation du navire. « Chacun ne pensait qu’à sauver sa peau, les membres d’équipage avaient oublié qu’ils devaient rétablir l’ordre et se bousculaient pour fuir avant nous », a affirmé un passager portugais au Correio da Manha.
La catastrophe, qui rappelle le naufrage du Titanic cent ans après la tragédie, a aussi son lot de héros. Tel le commissaire de bord Manrico Giampietroni qui a sauvé des dizaines de personnes avant de tomber dans un trou, se fracturant une jambe. L’Organisation maritime internationale (OMI), qui dépend de l’ONU, a estimé qu’il fallait « tirer les leçons » de la catastrophe et « si nécessaire » revoir les règles de sécurité sur les grands navires de passagers. Prémonition ou ironie du sort, le commandant Schettino avait déclaré en 2010 à un journal tchèque : « Je ne voudrais jamais être dans le rôle du commandant du Titanic. »
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