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Nos lecteurs ont la parole

Où en est le syndicalisme aujourd’hui au Liban ?

Antoine MESSARRA
À un moment où aucun débat public sur le syndicalisme et sur le Conseil économique et social au Liban n’est engagé en dépit des revendications socio-économiques, plus de trente étudiants du mastère en ressources humaines à l’Université Saint-Joseph ont mené un projet d’investigation sur le thème : « La vie du syndicalisme libanais aujourd’hui au Liban ».
Il s’agissait, en complément au cours : « Le mouvement syndical et ses stratégies », d’aller sur le terrain pour voir, observer, la vie au quotidien de plusieurs syndicats et organisations professionnelles. Une étudiante écrit à propos d’un dirigeant syndical qu’elle a rencontré : « Il a été surpris que nous nous intéressions aux syndicats et a commencé par me poser diverses questions. Les dirigeants cherchaient la main sécurisante pour les protéger. Le décollage est difficile, boiteux par manque d’engagement solidaire et de foi en les capacités des membres ou peut-être par ignorance du pouvoir qu’ils pourraient avoir. Seul le président et quelques membres se battent à fond pour faire avancer les choses. Il
faut absolument une action pour développer l’adhésion » (Marielle Sfeir).
Comme une partie du projet devait porter sur la lecture, dans la presse quotidienne, de l’actualité syndicale et professionnelle, en décembre 2011, des étudiants écrivent que, pour la première fois, ils ont « ouvert et lu un journal » ! (Nada Mrayati...).
Il ressort de l’investigation sur des choses vues, investigation qui a fait l’objet d’un débat au cours d’une séance collective, trois constatations majeures :
1. Émergence de nouvelles organisations : de nouvelles organisations, conscientes de l’importance du syndicalisme sur plusieurs plans, s’activent dans un contexte défavorable, surtout pour rallier des adhérents (Dona Maria Chalhoub, Christa Élias, Fatmé Khalil, Perla Wazen, Saly Wehbé...). D’autres organisations, principalement des ordres professionnels et qui jouissent, en plus du leadership, d’un large engagement des membres et d’une capacité financière de ralliement, témoignent des larges possibilités d’action, mais le plus souvent circonscrites aux intérêts professionnels immédiats (Rita Abou Jaoudé, Sonia Chokor, Ali Fadel, Sandy Khoury, Rachelle Mansour, Joelle Rizk...). Un ordre professionnel se débat pour l’élection d’un nouveau président et fait face à la « fermeture de l’adhésion » (Diala Khayat...). Une organisation professionnelle patronale vit la pénurie et l’endettement en raison des retards dans le versement des montants dus par des mutuelles qui relèvent d’institutions officielles (Hoda al-Halabi...).
2. Prolongement des partis politiques et non des contrepoids : nombre d’étudiants sont surpris par la classification partisane, surtout par des médias, des candidatures aux élections des syndicats. Ces organisations sont-elles un simple prolongement des divisions partisanes ou leur rôle est-il autre et différent ? (Roula Daher, Tania Kazoun...).
3. Mentalité revendicative traditionnelle et absence de dimension publique : le problème de la hausse ou du réajustement des salaires concentre l’attention, avec la propension d’une mentalité traditionnelle programmée sur la grève en tant que moyen exclusif d’action (Louis Attié, Hadia Baassiry, Layal Chalhoub, Salma Ghareb...).
La mentalité dominante se résume par l’équation : hausse des salaires = amélioration des conditions de vie ! Or la hausse des salaires n’améliore pas nécessairement les conditions de vie. Une telle mentalité syndicale occulte complètement les exigences des politiques sociales. Ce qui améliore les conditions de vie, ce sont les politiques publiques des transports, de l’éducation, de la santé, des assurances... Où en sont aujourd’hui les politiques sociales ? (1) Plus grave : une politisation à la libanaise, c’est-à-dire clientéliste, superficielle et conflictuelle, a obnubilé les esprits, et surtout des médias télévisés, qui ne savent plus que signifie politique publique et ne pensent plus en termes de politique publique.
On organise aujourd’hui des séminaires et des recherches collectives sur la décentralisation, les municipalités, la loi électorale, les partis politiques, la citoyenneté... mais on ne s’occupe plus du mouvement syndical et professionnel, pilier fondamental de la société civile. Dans une société multicommunautaire à la recherche du transcommunautaire au quotidien, le syndicalisme est facteur d’unité, de solidarité et de dépassement du communautaire. Les causes de la révolte et de la mort, le 4 janvier 2011, du tunisien Mohammad Bouazizi et des soulèvements qui ont suivi sont politico-sociales.
***
Des syndicats et organisations professionnelles au Liban, laminés par des années de guerres (au pluriel), surtout depuis les années 1980, à l’encontre d’un patrimoine de vitalité et en tant que contrepoids face aux risques de partitocratie, méritent aujourd’hui dans le processus de démocratisation, au Liban et dans les autres pays arabes, la plus grande attention des chercheurs et acteurs politiques et sociaux.

Antoine MESSARRA
Membre du Conseil
constitutionnel.
Professeur à l’USJ

(1). Notamment, dir. A. Messarra, Publications de la Fondation libanaise pour la paix civile permanente : Syndicats et organisations professionnelles au Liban, en coopération avec Fondation Konrad Adenauer, 2 vol., 1999 et 2000 ; Les politiques sociales au Liban, en coopération avec CRDI-Ottawa, 1995 ; Observatoire libanais des droits socio-économiques, en coopération avec NED- Washington, 2 vol. 2008, le tout à la Librairie Orientale ; ainsi que l’œuvre du Conseil économique et social, dir. Roger Nasnas, Le Liban de demain, Beyrouth, Dar an-Nahar, 2007.
À un moment où aucun débat public sur le syndicalisme et sur le Conseil économique et social au Liban n’est engagé en dépit des revendications socio-économiques, plus de trente étudiants du mastère en ressources humaines à l’Université Saint-Joseph ont mené un projet d’investigation sur le thème : « La vie du syndicalisme libanais aujourd’hui au Liban ». Il s’agissait, en complément au cours : « Le mouvement syndical et ses stratégies », d’aller sur le terrain pour voir, observer, la vie au quotidien de plusieurs syndicats et organisations professionnelles. Une étudiante écrit à propos d’un dirigeant syndical qu’elle a rencontré : « Il a été surpris que nous nous intéressions aux syndicats et a commencé par me poser diverses questions. Les dirigeants cherchaient la main sécurisante...
commentaires (3)

Parmi les références citées, je lis : Le Liban de demain, 2007. Nous sommes en 2012 et le Liban est toujours celui d'avant-hier. Ce que je ne comprends pas c’est pourquoi ceux qui donnent des conférences pour se « désoler » du manque d’initiatives des Autorités, n’en prennent –ils pas quelques unes eux-mêmes ? N’est-il pas temps que les citoyens (employés, employeurs, société civile et fonctionnaires) se réunissent pour essayer de mettre un peu d’ordre dans cette gigantesque salade russe qu’est devenu notre pays ? Avons-nous une idée quelconque ou nous allons ? Savons-nous ce nous voulons ? De toute façon nous n’avons plus les moyens de l’obtenir. Comment pouvons-nous nous lancer dans l’exploitation pétrolière, quand nous n’arrivons pas à nous entendre entre nous sur une question de salaire minimum ? Wake up, Lebanon ! Réveillez-vous, Libanais. Le train risque de passer et de nous laisser sur la voie.

George Sabat

13 h 40, le 13 janvier 2012

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Commentaires (3)

  • Parmi les références citées, je lis : Le Liban de demain, 2007. Nous sommes en 2012 et le Liban est toujours celui d'avant-hier. Ce que je ne comprends pas c’est pourquoi ceux qui donnent des conférences pour se « désoler » du manque d’initiatives des Autorités, n’en prennent –ils pas quelques unes eux-mêmes ? N’est-il pas temps que les citoyens (employés, employeurs, société civile et fonctionnaires) se réunissent pour essayer de mettre un peu d’ordre dans cette gigantesque salade russe qu’est devenu notre pays ? Avons-nous une idée quelconque ou nous allons ? Savons-nous ce nous voulons ? De toute façon nous n’avons plus les moyens de l’obtenir. Comment pouvons-nous nous lancer dans l’exploitation pétrolière, quand nous n’arrivons pas à nous entendre entre nous sur une question de salaire minimum ? Wake up, Lebanon ! Réveillez-vous, Libanais. Le train risque de passer et de nous laisser sur la voie.

    George Sabat

    13 h 40, le 13 janvier 2012

  • Parmi les références citées, je lis : Le Liban de demain, 2007. Nous sommes en 2012 et le Liban est toujours celui d'avant-hier, pour ne pas dire celui du mois passe. Ce que je ne comprends pas c’est pourquoi ceux qui donnent des conférences pour se « désoler » du manque d’initiatives des Autorités, n’en prennent –ils pas quelques unes eux-mêmes ? N’est-il pas temps que les citoyens (employés, employeurs, société civile et fonctionnaires) se réunissent pour essayer de mettre un peu d’ordre dans cette gigantesque salade russe qu’est devenu notre pays ? Avons-nous une idée quelconque ou nous allons ? Savons-nous ce nous voulons ? De toute façon nous n’avons plus les moyens de l’obtenir. Mais le plus amusant, c’est qu'enfonces dans cette bouillabaisse, nous nous imaginons être capables de nous lancer dans l’exploitation pétrolière, quand nous n’arrivons pas à nous entendre entre nous sur le minimum vital qui devrait être paye aux salaries. Wake up, Lebanon ! Réveillez-vous, Libanais. Le train risque de passer et de nous laisser sur la voie.

    George Sabat

    12 h 44, le 13 janvier 2012

  • Oui, dr. Messarra, vous avez raison. Les Syndicats devraient faire valoir plus clairement leur droit au dialogue a part egale avec le patronnat et l'Administration et ce. au sein du Conseil Economique et Social. Au fait, ou est-il ce Conseil, quand on a le plus besoin de son intervention dans ce dialogue de sourds interminable et tragi-comique que l'on nous offre quotidiennement? Qu'est ce qui empeche ses anciens membres de se reunir officieusement meme si leur statut a cesse d'etre legal? Allez Messieurs, cessez de vouloir couper les cheveux en quatres, bougez, bon sang et faites un effort pour expliquer a ces enfoires qui nous gouvernent ou font mine de le faire, qu'un pays ne peut etre dirige efficacement que grace a un consensus equitable entre tous les partenaires et une vision commune. Messieurs les ex-membres du CES montrez-nous de quoi vous etes capables et prenez l'initiative de demarrer l'etude du Plan de developpement National, le seul capable d'apporter une solution efficace a nos problemes.

    George Sabat

    01 h 13, le 13 janvier 2012

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