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À La Une - Disparus De Guerre

Fatmé Matar : Je ne peux plus vivre dans cette incertitude

Le sort de milliers de Libanais – et de ressortissants arabes – disparus durant la guerre civile et la période qui l’a suivie sous la tutelle syrienne au Liban reste inconnu. Pour que ce dossier vieux de plus de trente ans ne reste pas occulté et relégué aux oubliettes, « L’Orient-Le Jour » relatera chaque semaine le témoignage d’un parent en quête de la vérité sur le sort d’un disparu.

Fatmé Matar tenant la photo de son mari, Dib, enlevé en 1985 par des partisans du parti Baas.

Dib Saïd Matar avait 39 ans lorsqu’il a été enlevé en 1985 par des partisans du parti Baas, en plein jour, alors qu’il rentrait de son travail. Père de quatre enfants, deux fils et deux filles, Dib était fonctionnaire dans un département régional relevant du ministère de la Santé.
À l’instar de nombreuses autres familles frappées par la même malédiction, les Matar étaient au rendez-vous avec un long et interminable calvaire qui se poursuit aujourd’hui encore, plus de vingt-six ans après la disparition de Dib. Assise avec « ses collègues dans la tourmente » dans le jardin Gibran Khalil Gibran où les parents des disparus et des détenus en Syrie observent un sit-in permanent depuis le 11 avril 2005, Fatmé Matar, l’épouse éplorée, raconte : « Après l’enlèvement de Dib, nous avons reçu des informations selon lesquelles il aurait été emmené au Hermel. Arrivée sur les lieux, on m’a annoncé que mon mari a été transféré à Baalbeck. Là-bas, on m’a dit qu’il était à Chtaura où on m’a annoncé qu’il serait probablement à Majdelyoun. Arrivée à Majdelyoun, j’ai été accueillie par un certain Abou Ali, qui m’a sommée d’attendre. Au bout de quelques heures, il est venu me demander de revenir le lendemain. J’ai exécuté les ordres. Je l’ai fait plusieurs jours durant sans que je ne réussisse à obtenir une seule information sur Dib. Au terme d’une longue attente, on m’a annoncé que mon mari se trouvait à Ras el-Nabeh. Une fois de plus, je suis rentrée bredouille. »
Lasse et fatiguée, Fatmé Matar a chargé Wadad Halaouani, présidente du Comité des parents des personnes enlevées et disparues au Liban, du dossier de son mari avant de le confier, il y a quelques années, à Solide (Soutien aux Libanais en détention et en exil).
« Nous appelons les responsables à avoir pitié de nous, lance Fatmé Matar. Nous sommes las, fatigués et malades. Nous ne pouvons plus vivre dans cette incertitude. Une fois pour toutes, qu’ils nous disent si nos disparus sont vivants ou morts. Nous ne pouvons plus supporter non plus cette galère ! Je viens de Naamé. Parfois, je n’ai même pas les moyens de me payer le transport. Mais je viens, même sous la pluie ou un soleil de plomb, parce que je ne veux pas que la cause soit oubliée. Cela n’est pas permis ! »
Au bout d’un interminable silence, Fatmé Matar reprend : « Que Dieu attendrisse le cœur de nos responsables ! Je me demande souvent si c’était un des leurs qui avait disparu, est-ce qu’ils auraient accepté de ne pas se voir fixés sur son sort ? Je ne le pense pas. Pourquoi alors agissent-ils de la sorte avec nous ? Ils nous abreuvent de promesses sans pour autant agir. De quoi ont-ils peur ? Sûrement pas de nous. Nous ne pouvons rien contre eux. D’ailleurs nous ne leur réclamons rien à part la vérité. Nous ne pouvons plus supporter. Nous sommes âgés et malades. Personnellement, je souffre d’hypertension artérielle, de maladies cardiovasculaires, d’ostéoporose et de rhumatisme. Il est des mois où je n’arrive pas à acheter mes médicaments. Malgré cela, je viens régulièrement au jardin. Je ne peux pas ne pas venir. C’est comme si je trahissais notre cause. »
Dib Saïd Matar avait 39 ans lorsqu’il a été enlevé en 1985 par des partisans du parti Baas, en plein jour, alors qu’il rentrait de son travail. Père de quatre enfants, deux fils et deux filles, Dib était fonctionnaire dans un département régional relevant du ministère de la Santé.À l’instar de nombreuses autres familles frappées par la même malédiction, les Matar étaient au rendez-vous avec un long et interminable calvaire qui se poursuit aujourd’hui encore, plus de vingt-six ans après la disparition de Dib. Assise avec « ses collègues dans la tourmente » dans le jardin Gibran Khalil Gibran où les parents des disparus et des détenus en Syrie observent un sit-in permanent depuis le 11 avril 2005, Fatmé Matar, l’épouse éplorée, raconte : « Après l’enlèvement de Dib, nous avons reçu des...
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