Rechercher
Rechercher

Liban - Éclairage

La cohésion gouvernementale à l’épreuve de 2012


L’année 2011 se termine sur beaucoup de questions sans réponses et un climat politique assez flou. Si l’opposition mène une guerre féroce contre le gouvernement et la majorité en place – ce qui est d’ailleurs tout à fait légitime, puisque après tout c’est son rôle –, ce qui inquiète surtout c’est la cohésion intergouvernementale. En dépit des affirmations qui se veulent rassurantes sur le fait qu’il s’agit d’un cabinet pleinement démocratique, aux opinions et aux positions diversifiées, le fossé ne cesse de s’agrandir entre les différents partenaires. Plus étrange encore, au lieu de chercher à arrondir les angles et à minimiser les divergences interministérielles en les ramenant au jeu démocratique, le Premier ministre ne rate pas une occasion ces derniers temps de marquer sa différence et d’adopter des positions susceptibles d’irriter ses partenaires. Alors que le chef de l’État a insisté au cours du dernier Conseil des ministres de l’année sur les réalisations de cette équipe, le Premier ministre, lui, a choisi de parler des lacunes de la cohésion gouvernementale. En fait, pour Nagib Mikati, la volonté de se démarquer a commencé après ce qu’il a estimé être un coup que lui a porté l’alliance Aoun-Hezbollah-Amal au sujet du décret sur le relèvement des salaires préparé par le ministre du Travail, Charbel Nahas.
Le Premier ministre n’a donc pas encore avalé cette pilule amère et encore moins la déclaration du ministre de l’Énergie et des Ressources hydrauliques Gebran Bassil à l’issue de cette séance gouvernementale sur « l’émergence d’une nouvelle équation ministérielle ». Cette phrase semblait en effet sonner un peu comme le glas de sa propre influence sur le gouvernement qui avait atteint son apogée après le financement du TSL. En coordination avec le président Sleiman, Nagib Mikati avait en effet souhaité que le projet de Charbel Nahas soit soumis au vote, convaincu qu’il serait rejeté par la majorité des ministres, d’autant que Sélim Karam et Fayçal Karamé s’étaient retirés avant la fin de la séance. Ce qui faisait deux voix de moins pour la majorité. Mais ce que Sleiman et Mikati n’avaient pas prévu, c’était le vote en faveur du projet de Charbel Nahas du ministre de l’Intérieur Marwan Charbel et de celui de l’Industrie Vrej Sabounjian, sans parler de l’abstention du ministre des Affaires sociales, pour arriver à un total de 15 voix pour et 11 voix contre avec une abstention. Le message de la majorité était clair : nous restons le poids lourd au sein de ce gouvernement, et le Premier ministre ne peut pas toujours obtenir gain de cause et imposer sa volonté sous prétexte qu’il faut l’aider à renforcer sa position au sein de la communauté sunnite et à préserver les intérêts du Liban au sein de la communauté internationale. Sans parler des siens propres, car il faut maintenir le gouvernement en place dans cette étape délicate. La majorité a donc manœuvré de sorte à rendre à Nagib Mikati la monnaie de sa pièce au sujet du projet de réajustement des salaires.
De son côté, le Premier ministre, qui avait commencé par préciser qu’il s’inclinait devant le jeu démocratique, ne s’est pas privé depuis de multiplier les défis à l’égard de la majorité. Il a d’abord poussé ses proches à affirmer dans les médias qu’il ne signera pas le décret des salaires conformément au projet de Charbel Nahas, car il ne peut apposer sa signature sur un texte qu’il n’approuve pas. Ensuite, il a lui-même déclaré aux journalistes qu’il n’est pas nécessaire d’ouvrir le dossier des faux témoins pour l’instant. En même temps, il a désavoué son ministre de la Défense au sujet de l’infiltration à partir du Liban vers la Syrie d’éléments d’el-Qaëda, démentant la présence de ces derniers au Liban. Comme par hasard, le Conseil supérieur de défense n’a pas expressément reconnu l’affiliation à cette nébuleuse des personnes qui se sont faufilées en Syrie. L’idée est toujours de ne pas indisposer la communauté sunnite et les régimes qui, dans la région, aident ou appuient les islamistes. Nagib Mikati a été encore plus loin, déclarant devant les journalistes accrédités au Sérail qu’il ne laissera personne toucher aux prérogatives du Premier ministre. En d’autres termes, il répond à sa manière à la déclaration de Gebran Bassil et cherche à marquer son territoire, tout en défiant la majorité. Ce qui pousse à croire que le bras de fer est désormais engagé au sein même du gouvernement. S’il ne peut pas s’affirmer en tant que leader sunnite et chef du gouvernement, le Premier ministre préfère donc préparer sa sortie avant les élections législatives de 2013. De son côté, la majorité prépare elle aussi l’éventualité d’un départ de Nagib Mikati, car elle juge de plus en plus ingérable sa volonté d’en appeler à la communauté sunnite, aux instances économiques ou encore à la communauté internationale chaque fois qu’il s’agit de prendre une décision dont il n’est pas convaincu ou qui est contraire à sa propre vision des faits.
Pour les deux camps, les prochains mois s’annoncent donc difficiles et les accrocs sont appelés à se multiplier. Entre le Premier ministre et la majorité, « les petits coups bas entre amis » dans le genre des votes successifs sur le décret des salaires pourraient bien se répéter, le gouvernement ne prenant des décisions que sur les sujets jugés non conflictuels... jusqu’à ce que l’heure du départ sonne pour lui. Cette heure-là reste tributaire des développements en Syrie. Si la situation continue d’être confuse, le gouvernement Mikati devra tant bien que mal rester en place. Si, au contraire, elle évolue dans un sens ou dans l’autre, il devra partir pour céder la place soit à un gouvernement encore plus radical, soit à un gouvernement d’une opposition qui n’en serait plus une.
L’année 2011 se termine sur beaucoup de questions sans réponses et un climat politique assez flou. Si l’opposition mène une guerre féroce contre le gouvernement et la majorité en place – ce qui est d’ailleurs tout à fait légitime, puisque après tout c’est son rôle –, ce qui inquiète surtout c’est la cohésion intergouvernementale. En dépit des affirmations qui se veulent rassurantes sur le fait qu’il s’agit d’un cabinet pleinement démocratique, aux opinions et aux positions diversifiées, le fossé ne cesse de s’agrandir entre les différents partenaires. Plus étrange encore, au lieu de chercher à arrondir les angles et à minimiser les divergences interministérielles en les ramenant au jeu démocratique, le Premier ministre ne rate pas une occasion ces derniers temps de marquer sa différence et...
commentaires (2)

Analyse objective, Madame Haddad, mais je voudrais y ajouter quand même que : Ce n'est point de cohésion gouvernementale, qu'il s'agit, mais bel et bien d'un vase "Fikhar mkassar ou mlazzak" que les autres "smallah" ne le veulent pas se désintégrer, pas encore du moins, avant que les nuages ne se dissipent complètement de la région. Héritage exige ! Entretemps, jettons du ciment armé, à la base du vase, pour l'empêcher de tomber à ce stade où les deux voisins en ont tant besoin de le préserver de l'effritement total. Anastase Tsiris

Anastase Tsiris

03 h 19, le 31 décembre 2011

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • Analyse objective, Madame Haddad, mais je voudrais y ajouter quand même que : Ce n'est point de cohésion gouvernementale, qu'il s'agit, mais bel et bien d'un vase "Fikhar mkassar ou mlazzak" que les autres "smallah" ne le veulent pas se désintégrer, pas encore du moins, avant que les nuages ne se dissipent complètement de la région. Héritage exige ! Entretemps, jettons du ciment armé, à la base du vase, pour l'empêcher de tomber à ce stade où les deux voisins en ont tant besoin de le préserver de l'effritement total. Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    03 h 19, le 31 décembre 2011

  • - - Les temps où les PM d'après Taef , appelés par certains Présidents , faisaient tout et n'importe quoi en conseil des ministres et dans le pays , est bien révolu et ne reviendra PLUS ! C'est bien de cela qu'il s'agit et le PM Mikati doit s'y mettre ou se démettre . Le Conseil des ministres se réunis et décide dans sa majorité , et le chef de gouvernement enregistre et prend acte .

    JABBOUR André

    01 h 45, le 31 décembre 2011

Retour en haut