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Nos lecteurs ont la parole

Le printemps arabe et la poussée islamiste

Par Georges E. SALWAN

En Tunisie, en Égypte, au Maroc, d’origine populaire, les révoltes portaient essentiellement sur des revendications d’ordres économique, social : l’emploi, les salaires, la gratuite des services publics ainsi que la libéralisation des économies. Le mot d’ordre était « la démocratie politique ». De ce mot d’ordre est sorti celui de « la liberté de religion ». Cette liberté revendiquée est nécessaire dans les pays arabes. Toutefois, les franges de la société qui ont gagné en Tunisie et en Égypte ont choisi comme expression politique essentielle des organisations comme Ennahda, parti recrutant dans les milieux populaires les plus pauvres, comme les Frères musulmans, parti de la petite bourgeoisie intellectuelle et mouvement qui a tissé un réseau d’entraide sociale efficace qui le rend particulièrement populaire dans l’électorat de « l’Égypte d’en bas », ou encore comme le PJD élu au Maroc. Ces organisations politiques islamiques véhiculent les mêmes idées que les forces salafistes de Libye, auxquelles d’ailleurs les Frères musulmans se sont alliés. L’on se pose alors cette question faussement naïve : « Quelle est donc cette démocratie que les bonnes âmes de l’Occident, avec leur sens de la charité, veulent apporter aux peuples de Libye, d’Égypte, de Tunisie, de Syrie et autres ? »
Des hommes et des femmes, dont la voix était étouffée, osent exprimer à présent leur soif de liberté. Ces populations, qui reprennent en main leur émancipation, conçoivent l’avenir avec l’Autre. Elles aspirent aux droits de l’homme et aux libertés, et en ont appelé à la simple dimension humaine. Pendant quelque temps, les imams ne parlaient plus au nom de la justice divine, mais de la démocratie, de la justice humaine et des droits de l’homme. S’agissait-il des prémices d’une pensée arabe désireuse de répartir les rôles respectifs du religieux et de l’humanisme afin de jeter les bases d’une laïcité sociale ? Les islamistes d’Égypte, de Tunisie, de Libye et d’autres pays sont obligés de temporiser car outre l’avènement des pouvoirs ultrareligieux, l’ensemble des pays arabes est menacé d’implosion si la misère n’est pas combattue dans un délai approprié.
Aucun État arabe n’est a l’abri d’une implosion en communautés et en tribus, voire même en clans, comme l’illustre le contexte irakien et libyen, qui conduira à un morcellement régional. L’éventualité d’un chaos ouvrira la voie au politico-religieux qui aura alors le loisir de présider aux destinées du monde arabe. Éradiquer la misère du monde arabe devrait mener vers des objectifs plus ambitieux ; la répartition équitable des ressources et la réappropriation de la bonne gestion de ces ressources. Le monde arabe doit se réapproprier l’idée du progrès. Il faudrait alors répondre à des questions cruciales :
– L’islam doit-il être la seule religion d’État ?
– Les femmes doivent-elles être égales en droits aux hommes ?
– Quelle place pour les minorités, chrétiennes et autres ?
– Les islamistes, qui entrent dans le jeu démocratique par la voie des urnes et dont la poussée risque de changer la donne géopolitique dans l’ensemble de la région, pourront-ils confirmer, comme le dit le leader turc, qu’« islam et démocratie ne sont pas contradictoires » ?

 

Georges E. SALWAN
Avocat a la Cour
Essec IMD
Chargé de cours à l’UL

En Tunisie, en Égypte, au Maroc, d’origine populaire, les révoltes portaient essentiellement sur des revendications d’ordres économique, social : l’emploi, les salaires, la gratuite des services publics ainsi que la libéralisation des économies. Le mot d’ordre était « la démocratie politique ». De ce mot d’ordre est sorti celui de « la liberté de religion ». Cette liberté revendiquée est nécessaire dans les pays arabes. Toutefois, les franges de la société qui ont gagné en Tunisie et en Égypte ont choisi comme expression politique essentielle des organisations comme Ennahda, parti recrutant dans les milieux populaires les plus pauvres, comme les Frères musulmans, parti de la petite bourgeoisie intellectuelle et mouvement qui a tissé un réseau d’entraide sociale efficace qui le rend particulièrement...
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