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À La Une - Internet

Les politiciens libanais mordent aux médias sociaux Facebook et Twitter

Le réseau international devient le nouveau terrain de guerre des hommes politiques. Un phénomène récent au Liban et aux dimensions multiples.

Campagne publicitaire pour la soirée Facebook du ministre Charbel Nahas.

Les mois derniers ont vu les jeunes du monde arabe s’éloigner des médias classiques en faveur des réseaux sociaux, vus par beaucoup comme le dernier bastion de la liberté d’expression. Cela expliquerait que la compétition et les rivalités politiques au Liban aient enfin su gagner le monde de l’Internet. En effet, Twitter et Facebook s’affirment aujourd’hui comme le nouvel outil préféré des plus grandes instances politiques, à commencer par le Premier ministre Nagib Mikati et l’ex-premier ministre Saad Hariri. Les deux hommes à la rivalité intense s’acharnent aujourd’hui à l’envi, pour se surpasser en nombre d’abonnés (ou followers) sur leurs pages respectives Twitter qu’ils utilisent pour communiquer en direct avec le grand public, pour discuter de tout et de rien. Confessions personnelles ou encore déclarations politiques, tout y passe, « Twitter » devenant ainsi un mot-clé de la vie politique et médiatique au Liban.

Mikati et Hariri
Tout a commencé avec Nagib Mikati, qui a inauguré depuis septembre sur Twitter les séances de communication en live en envoyant des messages brefs appelés tweets ou « gazouillis », via son iPhone, son iPad ou encore son BlackBerry. C’est ainsi que le Premier ministre a affirmé par exemple « qu’il signerait tout décret portant sur une application de la peine capitale, tant que celui-ci n’enfreindrait ni la loi ni les préceptes religieux, même si cela n’est pas conforme à sa nature pacifiste ». De plus, c’est aussi sur Twitter que Nagib Mikati a exprimé sa peine après le décès du prince héritier saoudien Sultan ben Abdel Aziz. Plus récemment, il a révélé qu’il avait eu une heure de discussion avec l’ambassadeur du Royaume-Uni au Liban Tom Fletcher, en direct à partir de Londres, une initiative sans précédent qui a suscité un grand intérêt. Suite à l’événement, le Premier ministre a fait valoir que « les médias sociaux aident à construire une diplomatie numérique parallèle à la diplomatie classique ». C’est aussi via Twitter qu’il a expliqué à L’Orient-Le Jour que « les médias sociaux, en général, et Twitter, en particulier, l’aident à s’engager directement avec les gens, participer à la conversation mondiale, susciter une interactivité, apprendre et partager les meilleures pratiques ». Aujourd’hui, Nagib Mikati a plus de 20 000 inscrits sur sa page officielle. Ses messages sont envoyés par son équipe ou par lui personnellement, et sont dans ce dernier cas signés des initiales N.M.


L’interaction directe avec le public a aussi encouragé l’ex-Premier ministre et chef de l’opposition Saad Hariri à se joindre à la partie il y a quelques semaines. Ayant plus de temps libre que Nagib Mikati pour « gazouiller » à son aise sur Twitter, il a diffusé en l’espace d’un mois plus de 3 500 messages personnels, suscitant un forte recrudescence du nombre d’inscrits à sa page, qui frôle aujourd’hui les 60 000. Saad Hariri pour sa part n’est abonné qu’à quelques pages, notamment celles d’agences de presse et autres institutions médiatiques. En réponse à une question, le chef de l’opposition a promis « de ne plus voter Nabih Berri à la présidence du Parlement », une saillie qui a provoqué le mécontentement du chef du législatif, lequel a aussitôt conseillé ironiquement à l’ancien Premier ministre « de se consacrer à la plongée sous-marine (son hobby préféré annoncé sur Twitter), et de laisser tomber la politique ». Plus récemment encore, Saad Hariri a estimé que l’attaque contre les forces françaises de la Finul constituait un « message personnel clair de la part du président syrien Bachar el-Assad », ajoutant que ce dernier « finira par s’en aller de gré ou de force ». De plus, l’ancien Premier ministre s’est prononcé en faveur du chef des Forces libanaises, Samir Geagea, comme « candidat à la présidence de la République », et qualifié Walid Joumblatt de « leader honnête ».


Finalement, la page officielle de Saad Hariri reste un lieu de complainte pour beaucoup de chômeurs. « Mon équipe vous contactera bientôt » est généralement la réponse qu’il présente. Pour beaucoup, ce nouveau moyen de communication est excellent. Christine, abonnée aux pages Mikati et Hariri sur Twitter, affirme que « c’est une façon très intelligente et saine de communiquer aussi longtemps que les politiciens et les abonnés sont honnêtes les uns envers les autres ». Via Twitter, Saad Hariri a déclaré à L’OLJ que le site n’est pour lui ni un outil publicitaire ni un outil politique, mais « juste un moyen de permettre aux gens de mieux le connaître et de les connaître à son tour ».
La liste des politiciens qui interviennent directement sur Facebook ou sur Twitter est longue, malgré l’absence de responsables du Hezbollah ou encore du mouvement Amal. Nous citerons, entre autres, le président Michel Sleimane (Twitter), les députés Nouhad Machnouk, Ghassan Moukheiber (Facebook), Atef Majdalani, Nadim Gemayel, Samy Gemayel, Simon Abiramia et Nayla Tuéni (Twitter), l’ex-député Mosbah Ahdab (Facebook et Twitter), le président du Renouveau démocratique Nassib Lahoud (Facebook), et l’ancien ministre Ziyad Baroud (récemment sur Twitter). Ce dernier s’est présenté sur le site comme un « nouvel arrivant désireux de connaître les outils de ce phénomène mondial, et de s’engager dans la communauté Twitter ». La députée Nayla Tuéni affirme, quant à elle, que Twitter est aujourd’hui l’un de ses compagnons préférés, ajoutant toutefois que, pour elle, ce n’est autre « qu’une source d’informations ».

Nahas, Machnouk et Chamoun
Mais la controverse est grande. Ces médias sociaux que nos politiciens envahissent aujourd’hui seraient-ils bien plus qu’une source d’informations ou moyen de communication avec le public ?


Pour beaucoup, il s’agit en fait d’un outil de marketing ou de propagande, plus adapté pour atteindre les jeunes ou convaincre l’opinion publique. Par exemple, suite au désaccord à propos du réajustement des salaires, le ministre du Travail Charbel Nahas a « entretenu » une soirée Facebook mercredi dernier pour répondre aux questions concernant les solutions proposées. « Il ne s’agit pas de campagne, ni de publicité, ni de commerce », soutient le ministre à L’OLJ. « J’essaye juste de clarifier le projet et de dissiper l’ambiguïté présente et la confusion générale dont je suis témoin. Ce n’est pas une mode que je tente de suivre, mais le besoin pressant m’a encouragé à tenir cette discussion en direct ». Pour ce qui est de l’adaptation à cette nouvelle technologie, Charbel Nahas précise que « Facebook et Twitter sont particulièrement simples », ajoutant qu’« une équipe l’a aidé dans le filtrage des interventions mais qu’il a veillé à répondre personnellement aux questions posées ».


De son côté, le député du courant Futur Nouhad Machnouk s’affirme comme l’un des tout premiers hommes politiques à communiquer en direct grâce aux médias sociaux. Depuis plus d’un an, il réserve le 5 de chaque mois à répondre aux questions du public. Les inscrits à sa page Facebook dépassent les 12 000. Pour lui, « Facebook est un outil de communication directe avec des Libanais et des Arabes, des personnes qu’il ne pourrait normalement pas rencontrer sans leur servir les réponses diplomatiques qu’un politicien se doit de donner dans les médias ».


« Ici, les inscrits posent leurs questions en toute franchise, et j’y réponds en toute liberté », affirme Nouhad Machnouk. « Ce n’est pas vraiment un outil politique et certainement pas un outil publicitaire, poursuit-il. Facebook me permet d’entrer en contact avec une catégorie de gens différente de celles que l’on peut rencontrer dans les occasions politiques, sociales et mondaines, d’où sa nécessité ». Pour finir, le député avoue que « l’utilisation du site était techniquement difficile au départ », mais qu’avec l’aide de certains collaborateurs, il le maîtrise aujourd’hui parfaitement.


Il faut dire que s’adapter aux médias sociaux n’est pas chose facile pour tous. Ainsi, les jeunes politiciens s’affirment clairement comme les plus actifs sur le réseau ; les anciens restant sceptiques ou plutôt méfiants. Pour Dory Chamoun, président du Parti national libéral, « cette technicité nouvelle reste plus adaptée aux jeunes qui y ont accès plus facilement ».
« Je n’en ai pas vraiment besoin à vrai dire, affirme-t-il. Je préfère de loin le face-à-face avec les gens qui aimeraient communiquer avec moi. Personnellement, je suis encore loin de ces médias sociaux », ajoute-t-il, qualifiant cette nouvelle vague sur Facebook et Twitter de « marketing politique, où le produit à commercialiser serait les idées politiques ».
Entre outil de propagande et outil politique, une chose est sûre : les médias sociaux font rage, et menacent de remplacer bientôt les moyens de communication traditionnels. D’ici là, nous attendons encore l’élaboration d’un projet-loi qui réglementerait le fonctionnement des sites électroniques, un projet annoncé dernièrement par le ministre de l’information Walid Daouk, qui a mis l’accent sur l’importance de la révolution technologique sur Internet.

Les mois derniers ont vu les jeunes du monde arabe s’éloigner des médias classiques en faveur des réseaux sociaux, vus par beaucoup comme le dernier bastion de la liberté d’expression. Cela expliquerait que la compétition et les rivalités politiques au Liban aient enfin su gagner le monde de l’Internet. En effet, Twitter et Facebook s’affirment aujourd’hui comme le nouvel outil préféré des plus grandes instances politiques, à commencer par le Premier ministre Nagib Mikati et l’ex-premier ministre Saad Hariri. Les deux hommes à la rivalité intense s’acharnent aujourd’hui à l’envi, pour se surpasser en nombre d’abonnés (ou followers) sur leurs pages respectives Twitter qu’ils utilisent pour communiquer en direct avec le grand public, pour discuter de tout et de rien. Confessions personnelles ou encore...
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