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À La Une - Génocide Arménien

Ankara et Paris au bord de la crise politique

Gül juge « inacceptable » le projet de loi qui sera examiné jeudi par le Parlement français.

Herwig Prammer/

Le Parlement français a décidé de maintenir l’examen jeudi d’une proposition de loi condamnant la négation du génocide arménien, qui suscite la colère de la Turquie et devrait entraîner de sa part des représailles diplomatiques et économiques. Le chef de l’État turc Abdullah Gül a d’ailleurs appelé hier la France à abandonner cette proposition de loi, « inacceptable » selon lui, espérant croire que « l’amitié pluricentenaire franco-turque, les intérêts communs et leur alliance (dans l’OTAN) ne soient pas sacrifiés pour de petits calculs électoralistes ».
Plus encore, le projet choque aussi les principaux acteurs de la lutte pour un débat ouvert sur la mémoire arménienne. Hasan Cemal ne décolère pas : « Quel que soit le bout par lequel on la prenne, cette proposition de loi est mauvaise. » Lui, le petit-fils de Cemal Pacha, l’un des trois généraux qui dirigeaient l’Empire ottoman au moment du massacre de centaines de milliers d’Arméniens en Anatolie, fustige depuis longtemps la doctrine officielle turque. Mais aujourd’hui, il réprouve la proposition de loi française, d’abord parce qu’il la trouve « antidémocratique », mais aussi parce qu’elle est, selon lui, « un coup porté aux gens qui se battent pour la démocratie et la liberté d’expression en Turquie, qui se battent sérieusement pour que la Turquie affronte son propre passé ».
Ancien directeur de la publication d’Agos, hebdomadaire bilingue turco-arménien, Etyen Mahçupyan estime lui aussi que si la question arménienne devient du fait du texte français « une affaire de politique étrangère, alors les discussions vont s’arrêter et la plupart des gens en Turquie vont adopter une attitude nationaliste », avertit le journaliste.

Douloureuses représailles
Face à l’offensive lancée depuis la semaine dernière par Ankara contre cette proposition de loi de la majorité parlementaire, qui prévoit un an de prison et une amende de 45 000 euros en cas de négation d’un génocide reconnu par la loi, les autorités françaises avaient jusqu’à présent fait le gros dos. Nicolas Sarkozy avait promis avant son élection en 2007 aux « Arméniens de France », estimés à environ un demi-million, de soutenir un tel texte. En octobre, il avait à nouveau jugé « pas acceptable » la négation du génocide survenu entre 1915 et 1917 (1,5 million de morts), reconnu par Paris en 2001. « Tous les cinq ans cette question revient avant les élections » présidentielle et législatives pour obtenir les voix des Français d’origine arménienne, s’insurge Ümit Boyner, présidente du patronat turc, TUSIAD.
La Turquie est un partenaire économique important de la France avec près de 12 milliards d’euros d’échanges en 2010. Selon une source proche du gouvernement turc, les entreprises françaises – près d’un millier opérant en Turquie – ainsi que celles associées à des compagnies turques seront, en représailles, écartées des marchés publics turcs, notamment dans le domaine des transports, de l’armement et du nucléaire sur des projets estimés à des milliards d’euros. Les relations diplomatiques des deux pays seraient aussi concernées avec, en première décision probable, un rappel pour consultations par la Turquie de son ambassadeur à Paris. L’ambassadeur français à Ankara pourrait être déclaré persona non grata. La coopération culturelle, scientifique et technologique turco-française serait également gelée, a ajouté cette source.
Depuis lundi, une délégation de parlementaires turcs enchaîne les rencontres auprès de la classe politique française pour insister sur l’enjeu.
(Source : AFP)
Le Parlement français a décidé de maintenir l’examen jeudi d’une proposition de loi condamnant la négation du génocide arménien, qui suscite la colère de la Turquie et devrait entraîner de sa part des représailles diplomatiques et économiques. Le chef de l’État turc Abdullah Gül a d’ailleurs appelé hier la France à abandonner cette proposition de loi, « inacceptable » selon lui, espérant croire que « l’amitié pluricentenaire franco-turque, les intérêts communs et leur alliance (dans l’OTAN) ne soient pas sacrifiés pour de petits calculs électoralistes ». Plus encore, le projet choque aussi les principaux acteurs de la lutte pour un débat ouvert sur la mémoire arménienne. Hasan Cemal ne décolère pas : « Quel que soit le bout par lequel on la prenne, cette proposition de loi est mauvaise. »...
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