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À La Une - Parlement Libanais

La chaussure, arme de dissuasion massive

Il ne manquait plus que Mountazar Zaydi pour compléter le tableau hier au Parlement. Sauf que le journaliste irakien avait lancé sa chaussure (pointure 43, selon George Bush dans ses Mémoires) contre le président américain dont les soldats occupaient son pays. Alors que sous la voûte de l’hémicycle, les chaussures n’ont volé que verbalement, cristallisant toutefois la division au sein de la classe politique et le niveau de violence dans les échanges entre les députés.

Nawwaf Moussawi et Ali Bazzi quittant l’hémicycle, après l’esclandre, hier. Photo Marwan Assaf

Au cœur du débat : le Hezbollah, ses armes et ses mesures de surveillance, contestés par Samy Gemayel et ses alliés au point de pousser Nawwaf Moussawi à bout... Berry a bien tenté de circonscrire l’incident, avec l’aide notamment de l’ancien Premier ministre Fouad Siniora, mais ce qui restera de la séance de questions et réponses d’hier au Parlement, c’est cette phrase inhabituelle lancée par Moussawi à Gemayel : « Ma chaussure est plus respectable que vous. »

 

La séance commence comme d’habitude à onze heures. Les absents sont peu nombreux, ce qui déjà laisse penser qu’un incident se prépare. Le président de la Chambre annonce pour commencer que six questions adressées par des députés de l’opposition au gouvernement figurent à l’ordre du jour. Il ajoute qu’il avait espéré des réponses du gouvernement, mais que celles-ci ne sont pas venues. Ce qui pousse le Premier ministre à rétorquer : « Nous avons répondu. Vous avez les textes devant vous. » Berry insiste sur le fait qu’il ne les a pas reçues à temps, ouvrant la voie à des remarques ironiques de la part de Boutros Harb et de Serge TorSarkissian sur les problèmes du courrier, voire la lenteur de LibanPost.

 

Au sein de l’hémicycle, les séparations sont claires. Les députés se regroupent selon leurs affinités politiques et autres. Seule une incursion de Simon Abi Ramia « dans le secteur » de Marwan Hamadé pour donner l’accolade à Akram Chehayeb semble rompre ce partage symétrique. La première question est celle de Mohammad Hajjar et porte sur les constructions illégales. Le ministre de l’Intérieur, qui a préparé une réponse écrite, a beau expliquer que ces constructions ont eu lieu en avril dernier alors que le précédent gouvernement se contentait de gérer les affaires courantes, Hajjar n’est pas convaincu et souhaite transformer sa question en interpellation.

En réalité, nul ne s’intéresse au contenu réel des questions et des réponses, mais cette séance sert de prétexte à un face-à-face politique entre la majorité et l’opposition, alors que les occasions de se rencontrer sont devenues rares. Tout en se défendant de vouloir faire de la discrimination, Mohammad Hajjar explique ainsi que le plus gros pourcentage de constructions illégales est au Sud et dans la banlieue sud, commençant ainsi à « chauffer » la salle. Ali Ammar veut défendre « une région devenue la cible d’une campagne systématique », mais Berry ne lui donne pas la parole. L’opposition insiste pour connaître la position du Premier ministre qui, avec un calme olympien, déclare que l’affaire a été déférée devant les autorités judiciaires. L’opposition part d’un grand éclat de rire, et toujours très calme, Mikati s’étonne : « Pourquoi l’évocation des autorités judiciaires fait-il rire ? »

 

Berry passe outre la volonté de Hajjar de poursuivre le débat sur le sujet et demande la lecture de la question adressée par Samy Gemayel au sujet des travaux à Tarchiche pour greffer un réseau parallèle appartenant au Hezbollah sur le réseau de télécommunications de l’État. Les réponses des ministres Sehnaoui, Charbel et Aridi sont lues, démentant l’existence d’un tel réseau à Tarchiche. Mais Gemayel insiste, précisant que le chef de la municipalité de Tarchiche a eu le courage de protester, alors que des constructions similaires ont probablement lieu dans d’autres localités, d’autant qu’un député (Nawwaf Moussawi) a récemment déclaré sur une chaîne de télévision que le Hezbollah surveille les espions partout, notamment au Metn, région dont Gemayel est député. Selon Gemayel, ce qui se passe aujourd’hui est une véritable violation des libertés et des installations étatiques des Libanais par un groupe non officiel qui n’a en plus aucun mandat pour cela.

 

Les députés de l’opposition applaudissent alors que Berry rappelle qu’il ne faut pas s’écarter du sujet. Mais Gemayel poursuit sur sa lancée, se demandant de quel droit ce groupe agit comme si tout lui appartenait alors que le même député (Moussawi) somme les espions de se rendre à la résistance et non à l’État... Nawwaf Moussawi réclame aussitôt un droit de réponse et commence par préciser que, comme à chaque fois, les députés de l’opposition veulent faire leur show. Il ajoute que ce n’est pas un groupe non officiel qui agit, mais la résistance qui est reconnue dans les déclarations ministérielles des gouvernements successifs. « Jusqu’à ce que le 14 Mars forme seul un gouvernement et change la déclaration ministérielle, affirme Moussawi, la résistance est légale. D’ailleurs, depuis 1982, un groupe de personnes n’ont pas cru en elle et ont préféré coordonner leur action avec l’ennemi. Cette contestation n’est donc pas nouvelle. »

 

Berry s’empresse de déclarer que ces propos ne sont pas nécessaires ni utiles. Mais Moussawi n’en tient pas compte et insiste sur la légalité de la résistance et de son action, assurant que celle-ci continuera à faire ce qu’elle juge bon pour défendre le pays et le réseau de télécoms agressé hier par Israël sans que le 14 Mars ne réagisse. Marwan Hamadé proteste, affirmant qu’il y a eu une invasion du pays par la résistance, et Samy Gemayel lance alors : « Désormais, il nous faut une protection contre la résistance, présente dans nos rues. » Moussawi s’emporte et lance : « Vous êtes des agents », et Gemayel rétorque : « Notre passé vous honore. » Le député Kataëb, Fadi el-Habre, lance de son côté à Moussawi : « Vous êtes des agents iraniens. » Ce qui entraîne Moussawi à le qualifier lui et Gemayel « d’agents ». Gemayel reprend alors : « Soyez respectable. » Et Moussawi lance alors sa fameuse phrase : « Mon soulier est plus respectable que vous. » Ahmad Fatfat réclame la levée de la séance, « maintenant que les souliers ont la vedette ». Aussitôt, le brouhaha devient total, tous les députés s’en mêlent, mais la force d’intervention, cette fois bien peu rapide, de Berry ne parvient pas à calmer le jeu. Il est vrai que Ali Hassan Khalil est resté à l’écart assis au fond de la salle sur les bancs des députés visiblement secoué par l’altercation de la veille au Conseil des ministres entre lui et Charbel Nahas, alors que Ali Khreiss tente mollement de prendre Moussawi par le bras.

Tout le monde parle en même temps et Berry hurle sur son micro qu’il veut retirer les propos diffamatoires et reprendre le débat. Il lance à Moussawi : « Je suis un des fondateurs de la résistance et je pense que vos propos ne la servent pas. » Moussawi qualifie Gemayel d’impoli et Gemayel répond : « Ces propos reflètent la personnalité de celui qui les prononce. »

 

Les députés commencent à se retirer. Un instant, l’idée d’un défaut de quorum passe dans l’air et Fattouche demande à Berry de compter les présents. Mais Berry répond qu’il n’y a pas de vote, donc il n’est pas nécessaire d’en arriver là. Il a un petit aparté avec Fouad Siniora et tous deux s’entendent pour poursuivre la séance. Quelques minutes plus tard, les députés reviennent et c’est au tour de la question de Mohammad Kabbani sur l’électricité d’être évoquée. Là aussi, l’échange est violent entre le député du Futur et le ministre CPL de l’Énergie et de l’Eau Gebran Bassil qui précise que si la loi permet au député de poser des questions au ministre, celui-ci a aussi le droit de demander des comptes à un député lorsqu’il cherche systématiquement à induire l’opinion publique en erreur. Bassil défend donc son projet et son action.

 

Vient ensuite le tour du ministre des Télécoms, Nicolas Sehnaoui, mis en cause par une question du député Ziyad Kadri. Sehnaoui précise ainsi qu’il n’a pas besoin de construire un réseau de fibres optiques pour dissimuler le réseau de télécoms de la résistance, « notre position au sujet de ce réseau étant connue et claire. Nous avons construit ce réseau pour des raisons économiques qui permettent au Liban de faire un bond de trente ans en avant »... Sehnaoui est applaudi par les députés de la majorité. Mais ceux de l’opposition sont peu convaincus et transforment leurs questions en interpellations du gouvernement.

Le mot de la fin revient à Berry qui déplore les dérapages de la séance, rappelant aux députés qu’ils doivent avoir un minimum de sens des responsabilités et qu’ils sont les représentants d’un Liban uni, non de « deux Liban » différents. Une phrase lourde de sens...

 

Au cœur du débat : le Hezbollah, ses armes et ses mesures de surveillance, contestés par Samy Gemayel et ses alliés au point de pousser Nawwaf Moussawi à bout... Berry a bien tenté de circonscrire l’incident, avec l’aide notamment de l’ancien Premier ministre Fouad Siniora, mais ce qui restera de la séance de questions et réponses d’hier au Parlement, c’est cette phrase inhabituelle lancée par Moussawi à Gemayel : « Ma chaussure est plus respectable que vous. »
 
La séance commence comme d’habitude à onze heures. Les absents sont peu nombreux, ce qui déjà laisse penser qu’un incident se prépare. Le président de la Chambre annonce pour commencer que six questions adressées par des députés de l’opposition au gouvernement figurent à l’ordre du jour. Il ajoute qu’il avait espéré des réponses du...
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