Trêve d’imagination. Ce qui est certain, c’est qu’il y a, comme vous le savez, le secret bancaire, soit l’obligation pour la banque de ne pas livrer des informations sur son client, le « secret d’État, qui est une information dont la divulgation nuirait aux intérêts de l’État, le secret professionnel, qui est un silence auquel sont tenues certaines professions sur l’état ou la vie privée de leurs clients. D’où le serment que prêtent les avocats devant la cour d’appel, ou encore celui des médecins, connu sous le nom de serment d’Hippocrate, et puis le secret des dieux, qui est le fait de lire dans la pensée de l’autre, la botte secrète qui peut permettre à l’escrimeur de remporter une victoire. Le secret-défense, c’est lorsque l’accès à un document gouvernemental est restreint par une loi à un groupe spécifique de personnes, et le secret de Polichinelle est un secret qui n’en est pas un, Polichinelle étant une marionnette.
Je me demande si, dans ce monde où toutes les valeurs se perdent, l’on honore encore sa parole, pour ce qui est des grands secrets, car pour ce qui est des autres, n’en parlons pas : aucune expression n’est née de rien et quand on dit que les murs ont des oreilles, il conviendrait d’ajouter que même lorsque vous êtes seul, entre quatre murs, il suffit qu’un secret sorte tout haut de votre bouche pour qu’il n’en soit plus un ! Un différend vous oppose à quelqu’un, vous en êtes affecté, vous en parlez à ceux que vous croyiez vos proches ou vos amis, susceptibles de vous aider. Vous évoquez des détails secrets pour vous constater un jour qu’ils relèvent maintenant du domaine public, communiqués à d’autres, pour finir par arriver à l’oreille de la tierce personne du conflit, heurtant son amour-propre car rapportés hors contexte et déformés. C’est le cas de le dire, rien ne « secret » (ne se crée), tout se transforme.
On a toujours su que celui qui a lancé un mot dans un moment d’égarement est bien plus innocent que celui qui l’a colporté. Conclusion pratique : ne jamais laisser un désaccord s’ébruiter, se ranger, faire profil bas, souffrir dignement, en silence, comme le dit Alfred de Vigny dans sa Mort du loup, et laisser à ce grand artisan qu’est le temps le soin de panser les blessures.
Ce genre de situation existe aussi en politique par le biais de campagnes de rumeurs qui ont la vie dure, ou plus récemment grâce aux réseaux de hackeurs informatiques qui ont discrédité des régimes entiers. Reste l’expression qui s’inscrit parfaitement dans ce contexte, à savoir ces services secrets qui passent leur temps à se doubler sournoisement grâce à leurs doubles agents.
Sur le plan politique, donc, cette année 2011 aura été la championne des trahisons, des hypocrisies, des putschs et des coups de poignard dans le dos. Une année record en ce qui concerne certains, qui aura vu ceux-là prendre des claques et subir tant de fois la douche écossaise. À croire qu’ils ont tellement appris de leurs propres erreurs qu’ils ont décidé d’en faire encore quelques-unes...

