Interrogé dimanche sur cet attentat à la bombe au cours duquel cinq casques bleus français et deux civils ont été blessés, le chef de la diplomatie française Alain Juppé a estimé que "sans doute", il fallait y voir la main de de la Syrie, ce que Damas a démenti lundi, dénonçant "des accusations françaises préméditées pour falsifier les réalités".
"Nous avons de fortes raisons de penser que cet attentat vient de là", a affirmé Alain Juppé, tout en ajoutant ne pas avoir de preuve pour l'instant.
La Syrie utilise-t-elle le Hezbollah pour des attentats au Liban ? "Absolument, c'est son bras armé si je puis dire", a répondu le ministre, dans une émission de TV5-monde, Radio France internationale et du journal Le Monde.
Comme Damas, le Hezbollah a rejeté "totalement ces accusations" et dénoncé les propos "condamnables" du ministre.
Si Alain Juppé a lancé cette accusation alors que deux jours plus tôt, le Quai d'Orsay indiquait que la France n'établissait pas de lien entre l'attentat et la Syrie, c'est qu'il a eu certainement "de nouveaux éléments", estime Axel Poniatowski, président de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale.
Karim Emile Bitar, directeur Moyen-Orient à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), est sur cette ligne, soulignant que "plusieurs menaces à peine voilées contre la Finul ont été proférées par des hommes politiques libanais proches de la Syrie, qui avaient déjà fait passer le message".
"C'est un vieux scénario qui se répète, un jeu qui se poursuit. La Syrie rappelle ainsi son pouvoir de nuisance en disant à la France et ses ressortissants vivant au Liban: +vous êtes vulnérable+", ajoute-t-il. La Force des Nations unies au Sud-Liban (Finul) qui surveille depuis 1978 la frontière entre le Liban et Israël, compte 1.300 soldats français sur 12.100 hommes.
Pour Barah Mikaïl, de la Fondation pour les relations internationales et le dialogue externe, basée à Madrid, les accusations du ministre contre la Syrie sont cependant "hasardeuses". "On rebondit sur des lieux communs, sur une image que l'on a du régime syrien, jusqu'auboutiste".
"C'est un régime capable de beaucoup de bêtises mais pas aussi déconnecté de la réalité que ce que l'on pense", poursuit le chercheur selon lequel le régime syrien n'a pas d'intérêt dans ce genre d'actions. "Il estime disposer d'un rapport de forces encore favorable, à l'intérieur comme à l'extérieur, et attend les échéances politiques en France, comme il l'avait fait en 2006-2007 avant l'élection de Nicolas Sarkozy".
Nicolas Sarkozy, après son arrivée au pouvoir, avait renoué avec la Syrie, mettant fin à une période de défiance liée à l'assassinat en février 2005 du Premier ministre libanais Rafic Hariri, un ami de l'ancien président Jacques Chirac. Des membres du Hezbollah sont soupçonnés d'avoir commandité cet attentat.
Dimanche, Alain Juppé a aussi dénoncé le "cynisme" de Bachar al-Assad qui, dans un entretien à la télévision américaine ABC News, a nié toute responsabilité dans la mort de milliers de manifestants en Syrie.
"Quand un chef d'Etat se comporte ainsi, il n'a plus de légitimité et de perspectives à long terme", a déclaré M. Juppé jugeant l'interview "invraisemblable" et réitérant une fois de plus le souhait des Occidentaux de voir le président syrien quitter le pouvoir.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine