En une du très populaire « Sun », le « Up Eurs » de David Cameron, un jeu de mots en anglais sur le doigt d’honneur du PM britannique à l’accord européen de Bruxelles. Carl Court/AFP
Dans un entretien accordé à la BBC, Nick Clegg, chef de file des Lib Dem et vice-Premier ministre, s’est ainsi dit « amèrement déçu parce que je pense qu’il y a maintenant un vrai danger de voir le Royaume-Uni isolé et marginalisé dans l’Union européenne ». Il a ajouté avoir prévenu David Cameron que cette issue était « mauvaise pour la Grande-Bretagne », s’en prenant ainsi aux eurosceptiques du Parti conservateur qui, tentant de pousser leur avantage, souhaitent que la Grande-Bretagne quitte l’Union européenne. « Si la Grande-Bretagne quitte l’UE, elle sera jugée négligeable par Washington et sera vue comme un pygmée dans le monde, alors que je nous veux grands et en première ligne des affaires mondiales », a ajouté M. Clegg. En public, il avait pourtant apporté jusque-là son soutien à David Cameron en affirmant que son pays avait formulé des demandes raisonnables lors du sommet de Bruxelles et que la coalition était unie sur cette question. Signalons que samedi soir, la presse britannique avait déjà rapporté que le dirigeant des Lib Dem, formation europhile, n’avait pas caché son mécontentement en privé après le refus du chef du gouvernement britannique d’adopter le nouveau traité mis au point par les pays de la zone euro.
M. Clegg a toutefois démenti tout risque de rupture de la coalition entre conservateurs et libéraux démocrates, au pouvoir depuis mai 2010. « Cela serait encore plus néfaste pour nous en tant que pays si le gouvernement de coalition se disloquait à présent. Cela entraînerait un désastre économique pour le pays dans une période de grande incertitude économique », a insisté M. Clegg.
Même son de cloche du côté de William Hague, ministre conservateur des Affaires étrangères. « Bien que des analyses divergentes sur l’Europe soient apparues au premier plan ces derniers jours, les Lib Dem et nous-mêmes affirmons clairement que la coalition reste en place et qu’elle relève de l’intérêt vital de notre pays », a-t-il dit sur Sky News.
Les divisions sont pourtant profondes. D’autres libéraux démocrates ont ainsi exprimé leur malaise. Vince Cable, ministre des Entreprises, a émis l’inquiétude que la Grande-Bretagne ait marqué à Bruxelles un but contre son camp. « Je ne critique pas le Premier ministre personnellement. Notre politique était une décision collective de la coalition. Mais nous terminons en mauvaise posture », a-t-il indiqué au Sunday Telegraph. Paddy Ashdown, figure historique du mouvement Lib Dem qu’il a longtemps dirigé, a fustigé quant à lui une « décision catastrophiquement mauvaise » et a reproché à Cameron de « se comporter en leader du Parti conservateur, pas en Premier ministre de la Grande-Bretagne ».
Rappelons que samedi, le ministre conservateur des Finances, George Osborne, avait estimé que M. Cameron avait pris « une décision difficile mais que celle-ci était la bonne ». À en croire un sondage de l’institut Survation publié par le Mail on Sunday, une majorité de Britanniques (62 %) sont du même avis, contre 19 % seulement qui estiment que leur Premier ministre a eu tort de recourir au droit de veto britannique. Le sondage indique aussi que deux Britanniques sur trois sont favorables à la tenue d’un référendum sur les liens entre Londres et l’Union européenne.
« Les Lib Dem sont totalement unis sur (la question européenne). Cela pourrait devenir un véritable problème pour la coalition à moyen ou à long terme », a enfin estimé Tim Bale, qui enseigne les sciences politiques à l’Université du Sussex.
(Source : Reuters)

