Les forces de sécurité ont ouvert le feu sur les manifestants hier en Syrie, faisant des dizaines de nouvelles victimes civiles, dont quatre enfants, en particulier à Homs, où l’opposition accuse le régime du président Bachar el-Assad de préparer « un massacre ». Malgré le déploiement massif des forces de l’ordre, de nombreuses manifestations ont eu lieu, en particulier à Deraa, Idleb, Homs, Hama et Deir ez-Zor, sous le slogan « La grève de la dignité », en prévision d’une grève générale demain, selon des militants et l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Dix civils ont été tués à Homs, dont deux enfants de 10 et 12 ans, et un autre, un adolescent de 14 ans, près de cette ville, cinq près de Damas, quatre à Hama, deux dans la province d’Idleb et deux, dont une fillette, à Deraa, a précisé l’OSDH.
Cette association a également fait état de « violents affrontements » entre soldats dissidents et forces gouvernementales à Douma et à Saqba. Selon la chaîne télévisée satellitaire al-Arabiya, citant des militants, 36 personnes ont été tuées hier. La télévision al-Jazira a, elle, rapporté que les forces de sécurité ont effectué un raid contre la mosquée al-Kabir à Maarat al-Noman, tuant également un enfant lors de funérailles dans cette même localité.
De son côté, le Conseil national syrien (CNS), qui réunit la majorité des courants de l’opposition, a dit craindre un « massacre » à Homs, cible d’une répression violente depuis des semaines. « Toutes les informations, les vidéos ainsi que les militants sur le terrain affirment que le régime se prépare à commettre un massacre collectif pour faire taire la révolution à Homs et en faire un exemple pour les autres régions », a affirmé le CNS. « Le régime prétexte des incidents confessionnels pour justifier » ses actes, a ajouté le CNS, affirmant qu’à Homs, les forces de l’ordre incendiaient des mosquées, torturaient et tuaient des jeunes, enlevaient des femmes et des enfants. Le CNS fait état également de la présence « d’importants renforts militaires qui encerclent Homs, dont des milliers de soldats, et un nombre incalculable d’engins militaires lourds ».
Les États-Unis ont aussitôt fait part de leur « profonde inquiétude ». La porte-parole du département d’État, Victoria Nuland, a également souligné que M. Assad serait tenu responsable de tout décès provoqué par les troupes syriennes. Et Londres a appelé Damas à « retirer immédiatement ses forces de Homs », condamnant une nouvelle fois la violence « inacceptable ».
Sur le plan diplomatique, le ministre irakien des Affaires étrangères, Hoshyar Zebari, a affirmé hier que son pays allait développer ses relations avec l’opposition syrienne. « Nous ne cherchons pas à jouer un rôle, mais la situation nous oblige à jouer les bons offices. La mission des amis de la Syrie est de faire comprendre (à ses dirigeants) qu’ils doivent mettre en application l’initiative arabe car elle est dans l’intérêt de la Syrie et de son peuple », a-t-il dit.
La Syrie a, pour sa part, demandé à la communauté internationale, et en particulier aux autres pays arabes, de l’aider à trouver une « sortie honorable » à la crise, en faisant cesser le flot d’armes qui arrivent dans le pays. « Nous faisons appel au monde extérieur et à nos frères du monde arabe pour aider la Syrie (à faire cesser) l’acheminement d’armes » dans le pays, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jihad Makdessi. « Nous voulons que les autres, tous les autres, soutiennent l’évolution de la Syrie, pas la confrontation armée en Syrie », a-t-il insisté, ajoutant : « Si nous travaillons tous ensemble, nous pouvons trouver une sortie honorable à la crise. » Le président Assad est « horrifié » et « attristé » par les violences meurtrières qui secouent le pays, et il a promis que les responsables devraient rendre des comptes, a encore assuré M. Makdessi.
Le nouveau Premier ministre marocain, l’islamiste Abelilah Benkirane, a, lui, déclaré : « Je souhaite voir la fin du calvaire du peuple syrien le plus tôt possible (...), le régime (du président Assad) a trop baigné dans le sang. Je ne pense pas qu’on pourra encore continuer avec ce régime. Tout ce que j’espère, c’est l’arrêt de l’effusion du sang. »
Sur le plan des sanctions, la Suisse a annoncé avoir allongé la liste des personnes en Syrie faisant l’objet de restrictions de déplacements, en ajoutant 18 noms sur sa liste qui en compte désormais 74. En outre, Paris a annoncé que la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne avaient « obtenu » que la responsable des droits de l’homme de l’ONU, Navi Pillay, soit entendue par le Conseil de sécurité à propos de la Syrie, a priori mardi.
Le rapport récent d’une commission d’enquête internationale du Conseil des droits de l’homme « montre que les exactions visent même les enfants et ne connaissent aucune limite », a relevé le ministère français des Affaires étrangères. Les Européens, France en tête, plaident depuis des mois – mais en vain – pour que le Conseil de sécurité condamne la répression en Syrie.
La répression a fait, selon les Nations unies, au moins 4 000 morts, dont plus de 300 enfants, un bilan crédible, a affirmé hier le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, en réponse à des déclarations mercredi du président Assad mettant en doute les Nations unies. Hier, Damas a persisté, accusant la chaîne ABC d’avoir « délibérément » déformé les propos de M. Assad dans sa présentation d’un entretien accordé cette semaine à la chaîne de télévision américaine. Mercredi, la Syrie s’était déjà étonnée après des déclarations du porte-parole du département d’État américain, qu’elle a accusé d’avoir « déformé » les propos de M. Assad.
(Sources : agences et rédaction)


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