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Liban - Éclairage

Des camps retranchés au sein du gouvernement...


Avec deux séances prévues en principe la semaine prochaine, le gouvernement ne semble pas devoir trop souffrir du cafouillage de mercredi dernier. Les différents protagonistes savent en effet que pour l’instant – et tant que la situation régionale restera aussi confuse – ils sont condamnés à cohabiter, chacun cherchant toutefois à tirer la couverture à lui. Mais à chaque secousse, le Premier ministre, Nagib Mikati, montre que sous ses airs calmes et rassurants, c’est un homme redoutable dont il faut certainement compter avec l’habileté.
Au point que certains partenaires au sein de la nouvelle majorité sont de plus en plus convaincus que le Premier ministre serait une sorte de « cheval de Troie » glissé entre eux et travaillant finalement pour le maintien du système, rassurant la communauté internationale et davantage soucieux de satisfaire ses désirs que ceux de ses alliés. Selon ces parties de la majorité, Mikati ne cessait, au début, de dire aux autres protagonistes du gouvernement qu’il ne peut pas procéder à des mutations ou à des nominations sous la pression, alors que la rue sunnite est montée contre lui. Résultat, les seules nominations effectuées depuis le vote de confiance du gouvernement ont porté sur des postes revenant aux chiites et sur la Banque du Liban. Tout le reste est bloqué et le système qui prévalait avec le précédent gouvernement est toujours en place et actif. De plus, à mesure que l’axe Sleiman-Mikati-Joumblatt se consolide, il est de plus en plus clair que le gouvernement fonctionne à l’envers, avec des forces de blocage plus importantes que celles qui devraient le pousser vers l’avant.
Il faut ajouter à ce constat le fait que depuis qu’il a obtenu la confiance du Parlement, le gouvernement a vécu avec le financement du TSL placé comme une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Certes, Nagib Mikati n’a cessé d’afficher une certaine sérénité, laissant entendre à son entourage qu’il avait un scénario en réserve qu’il sortira au moment voulu et qui avait été mis au point avec l’aide du président de la Chambre. Principal concerné dans cette affaire, le Hezbollah le laissait faire, la relation entre eux étant basée sur la confiance, comme l’avait d’ailleurs déclaré Hassan Nasrallah lui-même. Mais cela ne l’a pas empêché d’être pris de court lorsque le Premier ministre a annoncé en direct à la télévision son intention de démissionner si le financement du TSL était rejeté par le Conseil des ministres. Le « sayyed » a donc dépêché mardi soir son conseiller en affaires politiques Hussein Khalil auprès de Nagib Mikati pour s’enquérir de ses véritables intentions et le Premier ministre a alors expliqué que son scénario consistait à puiser dans les fonds du Haut Comité de secours, contournant ainsi le vote du Conseil des ministres. Le Hezbollah ne s’est pas opposé à la formule, tout en suggérant au chef du gouvernement d’attendre avant de transférer les fonds, histoire de recevoir quelques dons arabes et internationaux qui permettraient de dire que le financement ne provient pas directement de l’argent du contribuable libanais. Mais, craignant sans doute que l’axe Aoun-Hezbollah ne décide d’utiliser le financement pour lui soutirer des concessions sur d’autres dossiers, notamment le décret sur le réajustement des salaires et les nominations administratives, le Premier ministre a choisi de transférer les fonds le lendemain (mercredi dernier) et de l’annoncer officiellement dans le cadre d’une conférence de presse. Hassan Nasrallah n’a visiblement pas apprécié la méthode, puisqu’il ne s’est pas privé de critiquer pour la première fois ouvertement Nagib Mikati dans un discours qui n’était pas prévu en pleine commémoration de Achoura.
L’affaire aurait pu en rester là, chacun ayant jaugé l’autre et se comportant en conséquence. Mais la séance gouvernementale de mercredi a encore plus compliqué la situation. Une fois de plus, le Premier ministre a pris ses partenaires de court. Alors que les débats au sujet du projet de Charbel Nahas se poursuivaient et auraient pu s’éterniser, sans que nul ne songe à le soumettre au vote, Nagib Mikati a sorti via le ministre de l’Économie un second projet qui a surpris une grande partie des présents. Avec une célérité rare, justifiée par le fait que le Premier ministre avait un dîner officiel à 20h30, mais surtout à la demande des ministres aounistes qui voulaient en avoir le cœur net, le projet a été soumis au vote des présents (23 ministres). Il a obtenu 16 voix, autrement dit la majorité minimale, dans un calcul d’une grande précision. Les deux ministres du Hezbollah présents à la réunion devaient par la suite expliquer qu’ils avaient été pris de court et agi hâtivement sans prendre réellement conscience de l’enjeu. D’ailleurs, le Hezbollah tente de se rattraper depuis en appuyant avec force la grève des travailleurs prévue jeudi...
Ainsi et en moins de deux semaines, Nagib Mikati a mis ses partenaires devant le fait accompli, marquant des points au sein du gouvernement et auprès de la communauté internationale, sans parler de la rue sunnite qui le voit de plus en plus comme un décideur. Mais cela ne signifie pas qu’il parviendra toujours à imposer sa volonté à ses partenaires. Si Nabih Berry a des comptes personnels à régler avec Michel Aoun (l’affaire de la centrale électrique de Zahrani en témoigne) et qu’il n’est pas mécontent de le voir essuyer quelques revers, il n’en reste pas moins engagé aux côtés du Hezbollah et cette alliance est prioritaire à ses yeux.
La bataille du décret des salaires n’est donc pas terminée, mais le CPL et ses alliés ont compris désormais que Nagib Mikati est un partenaire redoutable, qu’il n’a pas seulement le souffle long, mais est aussi tenace et rusé... En quelques mois et sans faire de déclarations tonitruantes, il a réussi à affaiblir ses adversaires et à déstabiliser ses partenaires. Mais il a aussi contribué à dresser des camps retranchés au sein du Conseil des ministres, en se basant sur le fait que sa présence est nécessaire. Mais ses détracteurs au sein du gouvernement estiment qu’il faudra bien qu’il passe un jour lui aussi à la caisse...
Avec deux séances prévues en principe la semaine prochaine, le gouvernement ne semble pas devoir trop souffrir du cafouillage de mercredi dernier. Les différents protagonistes savent en effet que pour l’instant – et tant que la situation régionale restera aussi confuse – ils sont condamnés à cohabiter, chacun cherchant toutefois à tirer la couverture à lui. Mais à chaque secousse, le Premier ministre, Nagib Mikati, montre que sous ses airs calmes et rassurants, c’est un homme redoutable dont il faut certainement compter avec l’habileté.Au point que certains partenaires au sein de la nouvelle majorité sont de plus en plus convaincus que le Premier ministre serait une sorte de « cheval de Troie » glissé entre eux et travaillant finalement pour le maintien du système, rassurant la communauté internationale et...
commentaires (10)

Le premier ministre Mikati nous rappelle toujours que le rôle d' un chef c' est faire faire et ne jamais se laisser faire surtout par ses détracteurs et ensuite ses alliés qui le croyaient très faible dans son camp sunnite . Antoine Sabbagha

Sabbagha Antoine

08 h 50, le 10 décembre 2011

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Commentaires (10)

  • Le premier ministre Mikati nous rappelle toujours que le rôle d' un chef c' est faire faire et ne jamais se laisser faire surtout par ses détracteurs et ensuite ses alliés qui le croyaient très faible dans son camp sunnite . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    08 h 50, le 10 décembre 2011

  • André, si j'étais le GMA, qui doit être très fier de toi, je t'aurais sacré chavalier incorruptible de la loyauté et prodrome indéfectible de la probité ! Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    07 h 36, le 10 décembre 2011

  • Pourquoi quand Madame Haddad écrit des vérités qui ne leur conviennent pas, certains ténors aux fortes voix, et grands encenseurs par intérêt uniquement, et parti pris ça va sans dire, s'assourdissent complètement ? La démocratie à l'envers ? Bien sûr... Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    06 h 29, le 10 décembre 2011

  • - - Et pour répondre à quelques-uns ICI , je leur dit : Nous ne sommes pas un Punching Ball , ni pour Hariri , ni pour Mikati ou pour quiconque ! Nous avons des droits et NOUS les exigeons , puisque la Charia n'est pas ( encore ) en rigueur chez NOUS .. Alors VOUS et VOS présidents , vous savez ce qui vous reste à faire , ou quoi en faire avec ..

    JABBOUR André

    05 h 44, le 10 décembre 2011

  • Avec respect à Mme Haddad et avec sa permission, je me permets de donner ma contribution en "Eclairage". Le président Assad et sayyed Hassan Nasrallah (qui gouvernent le Liban) ont une préoccupation, essentielle, majeure et incontournable : Comment se débarrasser de ce Hariri et de son "Courant" ? (Qu'on ne donne pas à mes paroles un sens qu'il est indispensable. Personne n'est indispensable. Seul le Liban est indispensable). Il n'y a que le président Mikati qu'on peut dresser en face et aider pour en faire un "zaim" sunnite de taille qui le remplace et le fait oublier. On est déjà sûr de deux personnalités sunnites de Tripoli avec lui. Il est vrai qu'on a pensé à l'autre président" (vous rappelez-vous ces paroles?), mais on n'est pas sûr de ce choix. Il sera présent par son fils. Toute la politique en ce moment gire autour de cet objectif : réussir Mikati. Deux fois d'autant plus que, comme le dit M Tsiris, il est devenu indispensable au pétrin incommensurable dans lequel se trouve le régime syrien, et par ricochet le Hezbollah. Et comme dit Mme Haddad, le président Mikati est "rusé". Alors il en profite. "Ecoutez, vous voulez que je sois LE grand "zaim" sunnite, et ça, ça me "brûle", voyons ! Et alors il fait ses "coups" spectaculaires. C'est mongénéral qui en pâtit le plus.

    Halim Abou Chacra

    05 h 11, le 10 décembre 2011

  • Georges Sabat, es-tu Georges Sabat que je connais personnellement ? Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    03 h 30, le 10 décembre 2011

  • George Sabat, tu as raison, mon ami, sur tout ce que tu as dit hier et tu dis aujourd'hui. Mais, on est ce qu'on est dans ce pays. Iranien avant d'être Libanais, Syrien avant d'être Libanais, etc... même Zimbabwéen avant d'être Libanais. A quand le réveil ? Seul, Dieu le sait !!! Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    03 h 13, le 10 décembre 2011

  • N'y a-t-il moyen de voir la vie qu'en noir ou blanc chez nous? Pro ou anti Syrie, Pro ou anti Amerique, Pro ou anti Iran? Pourquoi n'essayons-nous pas d'etre pro-Libanais a tous crins? Meme les problemes essentiellement economiques tels que le reajustement des salaires, la reforme de l'electricite, les problemes environnementaux sont constamment politises et temoignent de l'absence d'une reelle volonte de la part de nos politiciens de leur trouver une solution. Entretemps le deficit budgetaire se creuse, les dechets s'accumulent et menacent de nous axphixier si nous ne le sommes pas deja par l'encombrement des routes et l'absence d'un systeme de transports en commun.Nos etudiants apprennent tout a l'ecole et a l'Universite excepte comment la gouvernance ideale devrait fonctionner au Liban ("Nous ne voulons pas de politique a l'Universite! Ha!Ha1Ha1").

    George Sabat

    02 h 22, le 10 décembre 2011

  • - - Pourquoi ne pas dire l'essentiel au lieu de tourner autour du pot pour nous apprendre ce qu'on connaît ! L'article de madame Haddad nous dit en un mot que le PM est redoutable et qu'il fera ce qu'il veut , sans nous dire avec qu'elle aide et qu'elle forces politique , puisqu'il ne représente que lui-même ! Mikati est le produit d'Al Moustakbal de Hariri , à été élu sur sa liste , l'a trahi , et trahira ses actuels " amis " et alliés de circonstance ! La bête à battre est le CPL et son chef !!! Jamais un PM , n'osera faire aux Chiites ou aux Druzes , bref , à tout ce qui est Mahométan , ce qu'il fait aux Chrétiens et à leur représentant au sein du pouvoir !! Ce qu'il fallait dire Madame Haddad , c'est que le Helf Al ROUBAHI est de retour . et les Chrétiens et surtout les Maronites , sont relégués au second ou au troisième rang , comme leurs frères des pays arabes ! Le printemps arabe " FANATIQUE " est passé au Liban en conseil des ministres le 7/12/11 avec les armes du HEZB , et a été revendiqué fièrement le lendemain par ses ministres et son porte parole Fneich ! Ils ont scellé leur alliance Chhito/Sunnite sur le dos des Maronites et des Chrétiens ! Voilà ce qui est arrivé .

    JABBOUR André

    01 h 05, le 10 décembre 2011

  • Madame Haddad, Félicitations ! Votre analyse est très détaillée et objective. C'est bien la situation explosive qui prévaut en Syrie, qui n'a d'autre fenêtre sur le monde diplomatique extérieur que celle du gouvernement Libanais, qui lui servirait d'intermédiaire dans toutes démarches et négociations, présentes et futures, que ce soit avec les pays arabes, la Ligue arabe ou les pays occidentaux et l'ONU, qui donne des ailes au PM Mikati, et fait taire nécessairement le HEZB et le CPL. Le PM Mikati s'est imposé et continuera à s'imposer sur tous les dossiers, ses opposants, à l'intérieur du gouvernement, n'ayant d'autre choix que celui de courber l'échine pour éviter la désintégration de ce gouvernement, au service de la Syrie-Soeur, dans la conjoncture actuelle des choses. Ils sont les otages de leur propre choix et de la crainte des répercussions de la crise syrienne sur eux. Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    22 h 24, le 09 décembre 2011

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