Selon des témoignages recueillis auprès des habitants, le réseau, opérant sous le nom des « Partisans de la charia » (loi islamique) afin de ne pas heurter les sensibilités des habitants, impose désormais la loi islamique dans ces villes et y fait circuler des patrouilles armées. Ses hommes ont pris la place des forces de sécurité qui se sont retirées de ces villes au printemps dernier, lorsque a débuté dans tout le pays un mouvement populaire de contestation du président Ali Abdallah Saleh.
« Après le déclenchement de la révolution des jeunes, la présence de l’État a commencé à faiblir et nous avons été surpris par le retrait des services de sécurité de Azzan », a affirmé un notable de cette ville de la province méridionale de Chabwa. « El-Qaëda, qui était déjà présent clandestinement dans notre région, est alors apparu au grand jour et a pris le contrôle de notre ville et de deux autres localités voisines », a-t-il ajouté. « Aujourd’hui, les Partisans de la charia ont pris la place de l’État : ils règlent la circulation, réhabilitent l’hôpital, font appliquer la loi », dit-il. Selon les habitants, « l’émir » (chef islamiste) de Azzan s’est installé dans le poste de police, devenu son quartier général, d’où il fait la loi, arbitrant les litiges entre les habitants. Les voleurs sont amputés de la main, conformément à la loi islamique, et les personnes contrevenant à la morale fouettées. Un habitant qui n’a voulu donner que son prénom, Abdel Wahed, affirme que les Partisans de la charia « tentent dans la mesure du possible d’éviter les heurts avec les habitants et les tribus, et essayent même de les amadouer ».
Outre Azzan, les hommes d’el-Qaëda contrôlent les localités de Houta et Rawda, dans la province de Chabwa, dont est originaire l’imam radical Anwar al-Aulaqi, tué dans un raid américain en septembre. « Après le départ des forces de sécurité et de la police en avril, les Partisans de la charia ont pris le contrôle de Houta sans coup férir », a indiqué un habitant qui a requis l’anonymat.
Dans la province voisine d’Abyane, les combattants islamistes ont pris lors d’une opération d’envergure fin mai le contrôle du chef-lieu, Zinjibar, poussant ses habitants à l’exode. Des combats les opposent depuis aux alentours de cette ville à l’armée, qui a pu desserrer l’étau imposé par les hommes du réseau à une base militaire, mais n’arrive toujours pas à les déloger de Zinjibar. Là encore, les habitants ont fait état d’un retrait inexpliqué des forces de sécurité avant l’arrivée des combattants islamistes. Cela pousse l’opposition à accuser le président Saleh d’avoir délibérément laissé le réseau étendre son emprise afin de se poser en rempart contre el-Qaëda.
Fort de ces avancées, el-Qaëda dans la péninsule Arabique (AQPA), né d’une fusion des branches yéménite et saoudienne du réseau, « se prépare à proclamer un émirat islamique dans le sud du Yémen », à l’instar de l’Irak, affirme Zeid al-Sallami, un spécialiste des mouvements islamistes. « Les membres d’el-Qaëda se déplacent librement entre quatre provinces qui sont contiguës en forme de croissant : Abyan et Chabwa dans le Sud, Mareb (province pétrolière) dans l’Est et al-Jawf dans le Nord », zone d’influence des rebelles zaïdites chiites,
explique-t-il.
© AFP


Christian, je crois que nous devons reprendre notre qualificatif d'automnes arabes que nous avions gratifié aux prétendus printemps arabes, et les appeler dorénavant : Les machines du temps qui voyagent en sens inverse dans l'espace-temps réel. Le compteur indique : Moyen âge, et... au-delà ! Anastase Tsiris
08 h 02, le 10 décembre 2011