La plus importante communauté chrétienne d’Orient s’estime de longue date victime de discriminations. Elle a été la cible d’attaques meurtrières, en particulier en mai et octobre derniers.Odd Andersen/AFP
Les partis islamistes, interdits sous le régime du président déchu Hosni Moubarak, ont été officiellement proclamés dimanche vainqueurs du premier tour des premières élections post-Moubarak avec 65 % des voix, un score qui pourrait leur permettre de dominer le futur Parlement face à des libéraux laminés.
« Toutes les femmes seront voilées. Ils vont mettre à mal notre industrie touristique », s’inquiète une fidèle quadragénaire. Cette pharmacienne, parlant sous le couvert de l’anonymat car il est selon elle « dangereux » d’évoquer le sujet, relaie la crainte souvent exprimée que les islamistes ne cherchent à transformer l’Égypte en un nouvel Afghanistan. Rares sont les coptes à faire la distinction entre les salafistes d’al-Nour (la lumière), qui ont obtenu un quart des voix à la surprise générale, et le parti de la Liberté et de la Justice (PLJ), plus modéré, issu des Frères musulmans, qui domine avec 36 % des suffrages. Le PLJ s’efforce de se présenter comme un parti modéré, favorable à la démocratie, à la liberté de culte et à une application consensuelle de la charia (loi islamique). Il s’est doté en mai d’un vice-président chrétien et a fait valoir qu’il comptait une centaine de coptes parmi ses membres fondateurs.
« Certains ont peur », estime un prêtre, soutane noire et lourde croix autour du cou. Les Frères musulmans « ont promis que nous étions frères et que nous formions tous une seule communauté. On attend de voir ». « De nombreux chrétiens se mettent à dire que c’était mieux sous Moubarak, mais je ne suis pas d’accord », dit Iman Seif, une femme médecin de 53 ans. « Nous sommes surpris, mais nous restons optimistes. Nous sommes désormais dans une démocratie, et ceci est la véritable opinion des Égyptiens. Les partis laïcs sont toujours dans la bataille », souligne-t-elle.
Les coptes, dont le nombre est évalué à huit millions d’âmes, soit près d’un dixième de la population égyptienne, s’estiment de longue date victimes de discriminations. Ils ont été les cibles d’attaques meurtrières, en particulier en mai au Caire, lorsque 15 personnes avaient été tuées dans l’attaque de deux églises par des musulmans. Le pouvoir militaire avait alors prévenu qu’il s’attaquerait avec « une main de fer » à toute forme de violence confessionnelle. En octobre, au moins 25 personnes, en majorité des coptes, avaient été tuées dans la capitale dans des affrontements avec les forces de sécurité, lors d’une manifestation de chrétiens protestant contre l’attaque d’une église.
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Créer un Etat indépendant pour les Coptes d'Egypte serait très dangereux et risquerait de servir d'exemple aux pays environnants: en Syrie, les Alaouites réclameraient leur Etat et les sunnites le leur; en Irak de même; Les Kurdes aussi. Quant au Liban, il irait vers la cantonisation. Peut-être ce serait une meilleure solution au cas où la démocratie plurielle échouerait.
06 h 58, le 07 décembre 2011