Avec une franchise rare dans les milieux politiques libanais, Nasrallah a expliqué à son auditoire qu’il a pratiquement eu la main forcée par Nagib Mikati qui, selon lui, s’était placé dans une situation inconfortable en prenant des engagements au sujet du financement du TSL avec ses interlocuteurs étrangers et en annonçant publiquement son intention de démissionner si la part du Liban dans le financement du TSL n’était pas versée, mettant ainsi ses partenaires au sein de la majorité au pied du mur. Cette critique à peine voilée n’a pas empêché sayyed Hassan Nasrallah d’utiliser le même procédé avec le Premier ministre, en ayant lui aussi recours aux médias pour annoncer les revendications de son camp, à savoir que le financement ne provienne pas du Trésor, mais de dons versés au Haut Comité de secours, que les demandes du général Michel Aoun soient prises en considération en Conseil des ministres et que le dossier des faux témoins figure à l’ordre du jour de la prochaine séance du Conseil. Par ce procédé, le secrétaire général du Hezbollah a voulu exprimer son mécontentement au sujet de la méthode utilisée par Mikati et surtout tenter de le mettre à son tour au pied du mur en médiatisant les revendications avant de les lui communiquer en privé. Ce qui est tout à fait nouveau de la part du chef du Hezbollah qui jusqu’alors cherchait toujours à défendre Mikati contre ses détracteurs au sein de la majorité.
Nasrallah a eu beau préciser qu’il ne s’agit en aucun cas d’un troc et qu’il ne songe pas à conclure un compromis au sujet du financement du TSL, dans le sens qu’il ferme les yeux sur la question en contrepartie d’acquis sur d’autres dossiers, mais le procédé y ressemble fort. En tout état de cause, le sayyed a certainement voulu rendre la monnaie de sa pièce au Premier ministre, pour dire en quelque sorte qu’il n’est pas dupe de la manœuvre (il a d’ailleurs précisé qu’il ne croyait pas beaucoup aux menaces de sanctions contre le Liban au cas où il ne verse pas sa part dans le financement du TSL) et qu’il sait lui aussi user de tels procédés. Il y a même été fort en déclarant : le Premier ministre qui se dit soucieux de justice et ayant un grand sens national, et sunnite en particulier, doit donc chercher à rendre justice aux quatre généraux emprisonnés à tort et aux autres prétendus suspects arrêtés puis relâchés, dont certains sont de confession sunnite. Il a même affirmé que le Premier ministre est ainsi devant un examen. Ce qui signifie que s’il échoue, il pourrait bien perdre son poste. C’est dire que les relations sont plutôt tendues entre Nagib Mikati et une partie importante de la majorité. Et avec transparence, le secrétaire général du Hezbollah a voulu, pour la première fois depuis la désignation du Premier ministre et la formation du gouvernement, que ces tensions apparaissent au grand jour. Il n’a donc pas hésité à exprimer ses réserves devant ses milliers de partisans, en sachant l’impact de ses propos sur la foule.
Cela ne signifie certes pas que le divorce est consommé entre Mikati et certaines formations participant au gouvernement, mais tout simplement que le Hezbollah ne cherchera plus à couvrir le Premier ministre face aux critiques du CPL par exemple. Cela signifiera aussi que la période de grâce dont il bénéficiait jusqu’à présent et qui lui permettait d’arracher à ses partenaires des concessions qu’ils refusaient de donner au sein du précédent gouvernement est terminée. Comme l’a dit Nasrallah, la page du financement est tournée, mais c’est une autre qui s’ouvre dans laquelle le Premier ministre devra être celui qui donne, non celui qui prend. Depuis quelque temps déjà un vent de grogne soufflait au sein de certaines parties de la majorité qui se demandaient pourquoi le Hezbollah acceptait dans le gouvernement Mikati ce qu’il avait refusé dans le gouvernement Hariri. Nasrallah a répondu jeudi à cela en affirmant qu’il y avait avec le Premier ministre une relation de confiance. Et il a voulu faire comprendre à qui de droit que celle-ci a été ébranlée avec la formule trouvée pour financer le TSL. Intox destinée à sa base populaire ou méfiance réelle, les prochaines semaines devraient permettre de mieux comprendre la position du chef du Hezbollah. Mais au fond, ce qui compte, c’est que le gouvernement est encore en place et qu’il va désormais s’employer à tenter de régler les problèmes des citoyens. Mikati, lui, peut s’estimer satisfait, puisqu’il a gagné en crédibilité, sur le plan international et sur la scène sunnite. Il lui reste maintenant à convaincre le reste des Libanais et notamment la base de ses alliés au sein de la majorité.


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Zut Tina, je n'aurais pas dû venir faire un tour ici en pleine nuit avec une demi bouteille de cognac dans la tronche, mais maintenant que je suis là je vais quand même essayer de répondre... Ben oui, t'as raison, sinon tu serais dictatrice toi aussi (rire), bon en fait je reformule : il est manipulateur, donc intelligent, comme tous les dictateurs. Et puis non, pas d'accord, le peuple n'a pas à être manipulé du tout. Encore une fois, c'est l'Etat qui doit être au service du peuple et non l'inverse. Bon, bonne nuit.
19 h 15, le 03 décembre 2011