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Liban - Éclairage

Quand la lune de miel vire au fiel...

Le discours du secrétaire général du Hezbollah jeudi soir était très attendu, à juste titre. Les Libanais souhaitaient en effet connaître la véritable position de son parti au sujet des derniers développements et en particulier du financement du TSL. D’autant que, comme annoncé dans ces mêmes colonnes, quand la lune de miel vire au fiel... la part du Liban a été versée et le gouvernement est resté en place, en dépit du refus affiché par le Hezbollah d’accepter toute forme de coopération avec ce tribunal. Le secrétaire général du Hezbollah a donc rappelé jeudi la position de principe de son parti et il était contraint de le faire devant sa base populaire. Il a d’ailleurs commencé par tirer à boulets rouges sur le courant du Futur accusé par lui d’inciter à la discorde confessionnelle, pour justifier et atténuer la portée de ce qu’il allait dire par la suite. Dans ce discours où chaque mot a été visiblement pesé, deux éléments nouveaux ont fait leur apparition : d’abord, le fait que le Hezbollah ne causera pas de problèmes et que la page du financement est tournée, malgré son rejet total du TSL. Ensuite, il a pour la première fois exprimé des critiques claires à l’encontre du Premier ministre.
Avec une franchise rare dans les milieux politiques libanais, Nasrallah a expliqué à son auditoire qu’il a pratiquement eu la main forcée par Nagib Mikati qui, selon lui, s’était placé dans une situation inconfortable en prenant des engagements au sujet du financement du TSL avec ses interlocuteurs étrangers et en annonçant publiquement son intention de démissionner si la part du Liban dans le financement du TSL n’était pas versée, mettant ainsi ses partenaires au sein de la majorité au pied du mur. Cette critique à peine voilée n’a pas empêché sayyed Hassan Nasrallah d’utiliser le même procédé avec le Premier ministre, en ayant lui aussi recours aux médias pour annoncer les revendications de son camp, à savoir que le financement ne provienne pas du Trésor, mais de dons versés au Haut Comité de secours, que les demandes du général Michel Aoun soient prises en considération en Conseil des ministres et que le dossier des faux témoins figure à l’ordre du jour de la prochaine séance du Conseil. Par ce procédé, le secrétaire général du Hezbollah a voulu exprimer son mécontentement au sujet de la méthode utilisée par Mikati et surtout tenter de le mettre à son tour au pied du mur en médiatisant les revendications avant de les lui communiquer en privé. Ce qui est tout à fait nouveau de la part du chef du Hezbollah qui jusqu’alors cherchait toujours à défendre Mikati contre ses détracteurs au sein de la majorité.
Nasrallah a eu beau préciser qu’il ne s’agit en aucun cas d’un troc et qu’il ne songe pas à conclure un compromis au sujet du financement du TSL, dans le sens qu’il ferme les yeux sur la question en contrepartie d’acquis sur d’autres dossiers, mais le procédé y ressemble fort. En tout état de cause, le sayyed a certainement voulu rendre la monnaie de sa pièce au Premier ministre, pour dire en quelque sorte qu’il n’est pas dupe de la manœuvre (il a d’ailleurs précisé qu’il ne croyait pas beaucoup aux menaces de sanctions contre le Liban au cas où il ne verse pas sa part dans le financement du TSL) et qu’il sait lui aussi user de tels procédés. Il y a même été fort en déclarant : le Premier ministre qui se dit soucieux de justice et ayant un grand sens national, et sunnite en particulier, doit donc chercher à rendre justice aux quatre généraux emprisonnés à tort et aux autres prétendus suspects arrêtés puis relâchés, dont certains sont de confession sunnite. Il a même affirmé que le Premier ministre est ainsi devant un examen. Ce qui signifie que s’il échoue, il pourrait bien perdre son poste. C’est dire que les relations sont plutôt tendues entre Nagib Mikati et une partie importante de la majorité. Et avec transparence, le secrétaire général du Hezbollah a voulu, pour la première fois depuis la désignation du Premier ministre et la formation du gouvernement, que ces tensions apparaissent au grand jour. Il n’a donc pas hésité à exprimer ses réserves devant ses milliers de partisans, en sachant l’impact de ses propos sur la foule.
Cela ne signifie certes pas que le divorce est consommé entre Mikati et certaines formations participant au gouvernement, mais tout simplement que le Hezbollah ne cherchera plus à couvrir le Premier ministre face aux critiques du CPL par exemple. Cela signifiera aussi que la période de grâce dont il bénéficiait jusqu’à présent et qui lui permettait d’arracher à ses partenaires des concessions qu’ils refusaient de donner au sein du précédent gouvernement est terminée. Comme l’a dit Nasrallah, la page du financement est tournée, mais c’est une autre qui s’ouvre dans laquelle le Premier ministre devra être celui qui donne, non celui qui prend. Depuis quelque temps déjà un vent de grogne soufflait au sein de certaines parties de la majorité qui se demandaient pourquoi le Hezbollah acceptait dans le gouvernement Mikati ce qu’il avait refusé dans le gouvernement Hariri. Nasrallah a répondu jeudi à cela en affirmant qu’il y avait avec le Premier ministre une relation de confiance. Et il a voulu faire comprendre à qui de droit que celle-ci a été ébranlée avec la formule trouvée pour financer le TSL. Intox destinée à sa base populaire ou méfiance réelle, les prochaines semaines devraient permettre de mieux comprendre la position du chef du Hezbollah. Mais au fond, ce qui compte, c’est que le gouvernement est encore en place et qu’il va désormais s’employer à tenter de régler les problèmes des citoyens. Mikati, lui, peut s’estimer satisfait, puisqu’il a gagné en crédibilité, sur le plan international et sur la scène sunnite. Il lui reste maintenant à convaincre le reste des Libanais et notamment la base de ses alliés au sein de la majorité.
Le discours du secrétaire général du Hezbollah jeudi soir était très attendu, à juste titre. Les Libanais souhaitaient en effet connaître la véritable position de son parti au sujet des derniers développements et en particulier du financement du TSL. D’autant que, comme annoncé dans ces mêmes colonnes, quand la lune de miel vire au fiel... la part du Liban a été versée et le gouvernement est resté en place, en dépit du refus affiché par le Hezbollah d’accepter toute forme de coopération avec ce tribunal. Le secrétaire général du Hezbollah a donc rappelé jeudi la position de principe de son parti et il était contraint de le faire devant sa base populaire. Il a d’ailleurs commencé par tirer à boulets rouges sur le courant du Futur accusé par lui d’inciter à la discorde confessionnelle, pour justifier et...
commentaires (10)

Zut Tina, je n'aurais pas dû venir faire un tour ici en pleine nuit avec une demi bouteille de cognac dans la tronche, mais maintenant que je suis là je vais quand même essayer de répondre... Ben oui, t'as raison, sinon tu serais dictatrice toi aussi (rire), bon en fait je reformule : il est manipulateur, donc intelligent, comme tous les dictateurs. Et puis non, pas d'accord, le peuple n'a pas à être manipulé du tout. Encore une fois, c'est l'Etat qui doit être au service du peuple et non l'inverse. Bon, bonne nuit.

Robert Malek

19 h 15, le 03 décembre 2011

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Commentaires (10)

  • Zut Tina, je n'aurais pas dû venir faire un tour ici en pleine nuit avec une demi bouteille de cognac dans la tronche, mais maintenant que je suis là je vais quand même essayer de répondre... Ben oui, t'as raison, sinon tu serais dictatrice toi aussi (rire), bon en fait je reformule : il est manipulateur, donc intelligent, comme tous les dictateurs. Et puis non, pas d'accord, le peuple n'a pas à être manipulé du tout. Encore une fois, c'est l'Etat qui doit être au service du peuple et non l'inverse. Bon, bonne nuit.

    Robert Malek

    19 h 15, le 03 décembre 2011

  • Je suis frustré de ne pas voir mon commentaire paraître sur cet article de Scarlett, et Tina ta réaction à Robert est d'un pur qui se rapproche de la brillance d'un diamand. Qui transperserai même l'éclipse la plus totale.Es tu d'accord avec nous Robert ?

    Jaber Kamel

    13 h 21, le 03 décembre 2011

  • Robert, intelligent ne veut pas nécessairement dire dictateur. Et quitte à ce que le peuple soit manipulé, autant qu'il le soit par un leader qui brille par son intelligence, et non pas par son absence, t'es d'accord avec moi?

    Tina Chamoun

    13 h 08, le 03 décembre 2011

  • Mais oui Micha, on est tous d'accord : Nasrallah est intelligent et bon orateur, donc excellent manipulateur comme tous les dictateurs. Qu'il soit le plus intelligent de la scène politique libanaise est une chose (quoi ? plus intelligent que GMA ???), que le peuple suive en est une autre. Tous les Libanais ne sont pas dupes.

    Robert Malek

    07 h 44, le 03 décembre 2011

  • Sur la scene libanaise actuelle, il n'y a pas de leader plus intelligent que Sayyed Hassan Nasrallah!

    Michele Aoun

    05 h 18, le 03 décembre 2011

  • Lune de miel? Qu'est-ce qu'une lune de miel armée???Et de toute façon le TSL reviendra devant le Conseil des Ministres d'ici 3 mois...Il est vrai que d'ici là la conjoncture peut-être radicalement changée....

    Beauchard Jacques

    04 h 40, le 03 décembre 2011

  • Il est temps de plier la page du TSL et laisser aux dossiers surtout sociaux de forger leur place , loin des manœuvres politiques qui nous semblent confessionnelles pour ne pas dire plutôt folkloriques. Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    04 h 20, le 03 décembre 2011

  • Madame Scarlett Haddad, très bon article. Votre analyse est très objective. Mais il y manque certains faits. Le PM Mikati n'a point surpris qui que ce soit. Tous ont donné leur accord après avoir reçu l'ORDRE de Damas qui elle a reçu l'ORDRE de Moscou. Donc le TSL est accepté de fait par TOUS, HEZB et CPL inclus, sans exception aucune. Quand au discours du charismatique Sayed, que pouvait-il dire d'autre à ses partisans ? Espérons qu'il en a tiré les leçons, et que dorénavant il mettrait les intérêts vitaux du pays, ENTENTE et UNITÉ, paix et sécurité incluses, comme des priorités... Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    03 h 44, le 03 décembre 2011

  • Cet Eclairage de Mme Haddad le dit bien. Le secrétaire général du Hezbollah "commence son discours en tirant à boulets rouges sur le courant du Futur accusé par lui d'inciter à la discorde confessionnelle, pour justifier et atténuer devant sa base populaire la portée de ce qu'il allait dire par la suite". Embarrassé donc comme jamais devant le surréalisme du financement, par son" gouvernment, du TSL qu'il rejette farouchement, sayyed Hassan Nasrallah a recours au populisme et malheureusement à l'incitation à la "3asabiyyat" confessionnelle de cette base populaire du Hezbollah. C'est un risque de plus en plus sérieux d'éclatement d'un conflit ouvert entre sunnites et chiites au Liban. D'autant plus que sayyed Hassan joue ensuite sur la corde "sunnite" du président du Conseil des ministres. En chantage, est-il nécessaire de le dire en toute franchise. Il est plus que jamais nécessaire que le Hezbollah se réveille et renonce à ce jeu très dangereux qui peut aboutir inéluctablement à une confrontation sunnito-chiite. A ce moment "Adieu Liban" et la plus grande fête en Israel, dont on aura réalisé le plus ardent souhait.

    Halim Abou Chacra

    01 h 49, le 03 décembre 2011

  • Maintenant qu'elle est passée, je trouve que les éditorialistes, chroniqueurs et autres journalistes consacrent trop de temps à cette histoire de TSL au lieu de se concentrer sur l'avenir. Quelqu'ait été la procédure, le financement est finalement accepté par tous même si certains critiquent la façon de faire. Le TSL nous a accaparés pendant un long moment et il est temps, surtout pour le gouvernement, de passer à autre chose. (Ah, gag à 2h30, il paraît que le server is under maintenance et qu'il will be back soon, donc je ne sais pas si mon billet a été posté).

    Robert Malek

    20 h 34, le 02 décembre 2011

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