« Pour le moment, pas question pour les pays de la zone euro d’abandonner leur souveraineté budgétaire », a lancé hier Angela Merkel. John MacDougall/AFP
« Nous ne parlons pas seulement d’une union budgétaire, nous sommes sur le point de la réaliser », a ainsi lancé Mme Merkel dans un discours aux députés du Bundestag. Il s’agira d’une « union budgétaire avec des règles strictes, au moins pour la zone euro ». « Les règles doivent être respectées, a-t-elle martelé, leur respect doit être contrôlé, leur non-respect doit être suivi d’effet. » La chancelière a répété sa ferme intention de convaincre ses partenaires de la nécessité de changer les traités européens pour y ancrer plus de discipline budgétaire.
Mais pour le moment, pas question pour les pays de la zone euro d’abandonner leur souveraineté budgétaire, a-t-elle précisé plus tard lors d’une rencontre avec son homologue autrichien Werner Faymann. Chacun continuera à contrôler ses propres dépenses et recettes, une européanisation de celles-ci « n’est pas l’objet des discussions que nous menons en ce moment ».
Avec cette précision, la chancelière a renvoyé aux calendes grecques l’idée d’« euro-obligations », parce que c’est précisément un contrôle mutuel des dépenses et des recettes qu’elle pose comme condition à la création de tels titres de dettes communs. Tant que ce n’est pas le cas, « une mutualisation de la responsabilité est exclue », a-t-elle dit.
Et si la souveraineté budgétaire est préservée, elle ne voit pas de raison d’interroger les Allemands par référendum sur les changements prévus, pas plus que M. Faymann ses compatriotes autrichiens, ont précisé les deux dirigeants.
C’est donc une discipline renforcée et plus de pouvoirs d’intervention pour les institutions européennes en cas de dérapage que Mme Merkel ira défendre à Bruxelles la semaine prochaine. Avant cela, elle se rendra à Paris lundi pour préparer des propositions avec le président français Nicolas Sarkozy. Celui-ci a promis « plus de discipline, plus de solidarité, (...) un véritable gouvernement économique » en Europe, dans un discours prononcé la veille dans le sud de la France.
Tous les espoirs sont dorénavant tournés vers la réunion des dirigeants européens les 8 et 9 décembre dans la capitale européenne, prochaine étape dans la succession de sommets présentés comme « décisifs » mais impuissants pour le moment à contenir l’embrasement de la crise de la dette.
Mme Merkel elle-même l’a redit : « le grand coup », solution à tous les problèmes n’existe pas. Remédier aux causes du mal – les dérapages des finances publiques, la faible compétitivité de certains pays – « va prendre des années ». Sans compter que cela sera accompagné de fortes tensions sociales : des dizaines de milliers de personnes manifestaient ainsi hier matin à Bruxelles pour protester contre les mesures d’austérité que va mettre en œuvre le nouveau gouvernement.
Les investisseurs n’ont pas été refroidis par des déclarations en provenance de la Chine, sur laquelle beaucoup en zone euro comptent pour venir les renflouer. « Nous ne pouvons pas utiliser les réserves de change (...) pour venir au secours de pays étrangers », a déclaré la vice-ministre chinoise des Affaires étrangères, Fu Ying. La chancelière allemande a de son côté reconnu qu’il y avait « encore des difficultés à surmonter » pour sortir la zone euro de l’ornière.
La question du rôle de la Banque centrale européenne (BCE) dans la lutte contre la crise continue de diviser profondément Paris et Berlin.
(Source : AFP)

