À Alexandrie, les électeurs font la queue pour voter, sous l’œil vigilant des soldats.Mohamed Abd el-Ghany/Reuters
Sami travaille à l’église Saint-Georges à Sidi Bechr, un quartier où vivent musulmans et chrétiens, sur les murs s’étalent les affiches des Frères musulmans, mais aussi des salafistes. « Sous Moubarak, tous les partis islamistes étaient interdits. Maintenant, ils sont libres. Ici, les gens s’inquiètent vraiment qu’ils gagnent les élections. Pas seulement le parti an-Nour (salafiste) mais aussi les Frères musulmans », lance cet homme de 35 ans. Les chrétiens d’Égypte, qui se disaient déjà discriminés et cibles d’attaques, redoutent l’adoption de lois plus restrictives sous l’influence des islamistes et l’impact que cela aurait en particulier sur les droits des femmes. « Je rejette les politiques des partis islamistes. Et toute la communauté copte fait comme moi. Ils n’aiment qu’eux-mêmes et veulent contrôler le pays », renchérit Ayman, 44 ans, assurant qu’ils « ne veulent pas progresser, mais régresser. Ils refusent le tourisme, la musique et voudraient qu’on enseigne l’histoire de l’Arabie saoudite ».
Signalons que dans cette ville côtière du nord de l’Égypte, les Frères musulmans, qui participent pour la première fois à un scrutin sous l’étiquette d’un parti, « Liberté et Justice », paraissent promis à un bon score lors de ces premières élections législatives. « Liberté et Justice » compte 100 coptes parmi ses membres fondateurs et a élu en mai un vice-président chrétien, mais cela n’a pas suffi à dissiper les craintes à Alexandrie, où un attentat-suicide a tué une vingtaine de fidèles dans une église durant la nuit du Nouvel An.
Sobhi Saleh, un responsable des Frères musulmans, se veut pourtant rassurant. « L’islam soutiendra les non-musulmans de ce pays et leur garantira leurs droits », promet-il. Pour lui, l’essentiel est aujourd’hui de tourner la page de la fraude électorale et des violences qui entachaient les élections sous l’ancien régime, pour ne pas réveiller les tensions confessionnelles.
Après avoir plusieurs fois surveillé et participé aux élections, il est une nouvelle fois candidat pour ce scrutin crucial pour la transition politique. « L’année dernière, j’ai surveillé les élections à Abis. Un candidat de l’ancien régime était là. Ses partisans m’ont attaqué et ont essayé de me tuer parce que j’insistais pour observer le processus électoral », se rappelle-t-il.
Pour Islam, étudiant en ingénierie de 20 ans, c’est ce type d’expérience qui donne aux Frères musulmans une véritable influence dans le pays. « Ils sont populaires parce que pendant l’ère Moubarak ils étaient les seuls à s’opposer à lui et ils en ont souffert. Ils ont eu beaucoup de courage », explique-t-il.
Amine, un médecin musulman de 55 ans, a voté, quant à lui, pour un parti libéral, mais il assure ne pas avoir peur des Frères musulmans. « Ils ne m’inquiètent pas. S’ils gagnent, ils vont devoir vraiment changer leurs principes en se frottant à la réalité », déclare-t-il ainsi à la sortie d’un bureau de vote dans le quartier al-Raml, sur le front de mer.
(© AFP)


Christian, réduire leur nombre, c'est minimiser leur importance, à l'avis de certains. Anastase Tsiris
07 h 56, le 29 novembre 2011