La Ligue nationale pour la démocratie (LND) s’était fait connaître du monde entier en remportant les élections de 1990, sans être autorisée à exercer le pouvoir. Elle avait été dissoute l’an dernier par les militaires après avoir annoncé son boycott du scrutin de 2010. Mais saisi à son tour par le tourbillon des réformes qui s’est emparé du pays, le parti a décidé de revenir dans la bagarre et de présenter des candidats dans 48 élections partielles. « Nous avons unanimement décidé que la LND allait s’enregistrer (...) et nous participerons aux prochaines élections partielles », a déclaré un cadre du parti après une réunion du comité central. La lauréate du prix Nobel de la paix a appelé ses camarades de lutte à disputer les sièges dans « toutes les circonscriptions ». Et laissé entendre, conformément à des rumeurs, qu’elle pourrait se jeter, pour la première fois de sa vie, dans une campagne électorale. « Si je pense que je dois participer aux élections, je le ferai », a-t-elle déclaré, ajoutant : « Certaines personnes s’inquiètent du fait que participer pourrait faire du tort à ma dignité. Franchement, si vous faites de la politique, vous ne devez pas penser à votre dignité. »
Libérée de résidence surveillée il y a un an, Aung San Suu Kyi était alors apparue isolée, après plus de 15 années en résidence surveillée. Depuis, le paysage politique s’est transformé. La junte a cédé la place à un régime dit « civil », certes contrôlé par l’armée mais à la tête duquel le président Thein Sein a multiplié les réformes, espérant sortir de l’isolement international qui épuise le pays. Une opération en marche : hier, le président américain Barack Obama a indiqué que la secrétaire d’État Hillary Clinton se rendrait en Birmanie, pour la première visite d’un chef de la diplomatie américaine en 50 ans. Et a précisé s’y être engagé après avoir parlé au téléphone avec l’opposante. Celle-ci a donc clairement retrouvé des couleurs. Autorisée à aller en province et à s’exprimer librement, la « Dame » avait été invitée cet été à rencontrer Thein Sein à Naypyidaw. Un geste immense, alors que le généralissime Than Swhe, au pouvoir jusqu’en mars dernier, rechignait à prononcer son nom. « Aung San Suu Kyi est d’abord revenue dans le jeu depuis cet été parce que Thein Sein l’a amenée à faire ce retour », estime Renard Egreteau, spécialiste de la Birmanie à l’université de Hong Kong.
Après avoir boudé pendant quelques mois un Parlement verrouillé par les militaires, l’opposante va désormais tout faire pour que sa formation y conquière des sièges. « Suu Kyi redevient importante, c’est ce qui est le plus important », tranche Pavin Chachavalpongpun, de l’Institut des études sur l’Asie du Sud-Est à Singapour. « Les Birmans ont acquis une certaine conscience politique et aucun autre parti ne représente sa voix », dit l’analyste. La « Dame » de Rangoun montre aussi qu’elle est prête à saisir la main tendue par le régime. Un virage majeur, après avoir fait preuve de rigidité politique lors de ses précédentes périodes de liberté.
La décision de la LDN a été saluée par l’Union européenne.
(Source : AFP)

