Lavrov et Ashton après leur entretien à Moscou. Sergei Karpukhin/
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a estimé jeudi que les "méthodes" employées par l'opposition syrienne contre le régime de Bachar al-Assad risquent de plonger le pays dans la "guerre civile". M. Lavrov a fait ces déclarations lors d'une conférence de presse à Moscou avec le chef de la diplomatie de l'Union européenne, Catherine Ashton. Il répondait à une question sur l'attaque mercredi d'un centre des services secrets syriens à l'entrée de Damas par "l'Armée syrienne libre" (ASL), une force d'opposition armée. "Aujourd'hui, j'ai vu un reportage à la télévision sur des rebelles appelés l'Armée syrienne libre organisant une attaque contre un bâtiment du gouvernement, un bâtiment des forces armées syriennes. Cela ressemblait à une véritable guerre civile", a déclaré M. Lavrov. "De plus en plus d'armes de contrebande venant de pays voisins" arrivent Syrie, a-t-il ajouté. Cette attaque est la première de ce type en huit mois de contestation contre le régime.
M. Lavrov a ensuite dénoncé, sans les nommer, le rôle dévastateur en Syrie de pays étrangers, estimant qu'ils cherchaient à y aggraver les violences dans le but de s'ingérer dans les affaires intérieures. "Nous voyons avec quel empressement des acteurs étrangers essayent d'attiser la confrontation en Syrie, sans doute pour dramatiser la situation dans l'espace médiatique et ainsi obtenir des arguments pour s'ingérer dans les affaires syriennes", a-t-il dit, selon les agences russes, une référence à peine voilée aux pays occidentaux.
M. Lavrov a également demandé à la Ligue arabe d'être plus concrète sur la question de l'arrêt des violences en Syrie.
"L'initiative de la Ligue arabe du 2 novembre, que nous avons soutenue, comporte plusieurs points. Le premier déclare qu'il faut faire cesser la violence, d'où qu'elle vienne", a-t-il dit. "C'est un constat important, car la violence en Syrie ne vient pas seulement des structures gouvernementales (...). La position de la Ligue arabe exige d'être détaillée et concrétisée" sur ce point, a-t-il ajouté.
Alliée de longue date de la Syrie, à laquelle elle fournit des armements, la Russie a bloqué jusqu'ici toutes les propositions de sanctions des pays occidentaux qui réclament le départ du président Bachar al-Assad.

Sur cette image tirée d’une vidéo filmée près de Damas le 16 novembre,
les soldats syriens insoumis expliquant qu’ils protégeront les civils des
attaques des forces de sécurité syriennes. Social Media Website via Reuters TV/Reuters
L’attaque exécutée par l’ASL contre le centre des services secrets syriens, près de Damas, a également été condamnée par les Etats-Unis qui estiment que les actes d'opposition violents font le jeu du régime. "Nous ne tolérons la violence ni de la part de l'armée syrienne et du régime, ni de la part de l'opposition", a déclaré un porte-parole du département d'Etat.
Jeudi, des militaires insoumis ont mené jeudi dans la région d'Idleb (nord-ouest), une nouvelle attaque contre les services de sécurité, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) sans faire état de victimes dans l'immédiat. Selon cette ONG basée au Royaume-Uni, "un groupe de militaires dissidents a attaqué avec des roquettes RPG un siège des +jeunesses+ dépendant du régime, où se réunissaient des membres de la Sécurité". "Des accrochages ont suivi cette attaque", a-t-on précisé de même source sans faire état dans l'immédiat de victimes.
Côté syrien, le leader en exil des Frères musulmans syriens, Mohammad Riad Shakfa, a affirmé jeudi à Istanbul que les Syriens seraient prêts à accepter une "intervention" turque en Syrie pour protéger la population. "Le peuple syrien acceptera une intervention (en Syrie) venant de Turquie, plutôt que de l'Occident, s'il s'agit de protéger les civils", a déclaré M. Shakfa lors d'une conférence de presse, en réponse à une question sur les moyens pour la communauté internationale de soutenir l'opposition syrienne. "Nous pouvons avoir besoin de demander d'avantage de la Turquie car c'est un voisin", a-t-il également dit, sans élaborer d'avantage sur la nature de l'intervention que la confrérie pourrait considérer comme acceptable.
Le quotidien pro-gouvernemental Sabah a rapporté jeudi que le Conseil national syrien (CNS), regroupant l'opposition syrienne dont les Frères musulmans, avait demandé à la Turquie qu'elle établisse une zone d'interdiction de vol le long de sa frontière, côté syrien, pour protéger la population syrienne. Interrogé sur ces allégations, Mohammed Farouk Tayfour, responsable politique des Frères musulmans et membre du CNS, a refusé de s'exprimer, indiquant seulement avoir discuté avec plusieurs gouvernements de "tous les moyens possibles" pour arrêter les violences. "Nous ne voulons pas d'une intervention étrangère mais nous voulons faire cesser les violences en poussant la communauté internationale à agir", a déclaré M. Tayfour. "Si une intervention étrangère a lieu, ce que nous ne souhaitons pas, ce sera la faute de ce régime. A partir de ce point, toute la responsabilité retombera sur le régime dictatorial de la Syrie", a-t-il poursuivi.
Erdogan critique le silence international
Parallèlement, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a reproché jeudi à la communauté internationale de ne pas s'élever assez fermement contre la répression en Syrie. "Il semble que la Syrie ne soit pas suivie par la communauté mondiale avec l'attention et la sensibilité qu'elle mérite parce qu'elle n'est pas suffisamment riche en ressources énergétiques", a déclaré M. Erdogan lors d'un forum régional à Istanbul.

Le Premier ministre turc n'a pas caché, aujourd'hui,
son énervement face au "silence" de la communauté
internationale. Adem Altan/AFP
Mis en demeure de cesser huit mois de répression sanglante qui a déjà fait, selon l'ONU, plus de 3.500 morts, le régime de Bachar-Al Assad risque "l'isolement" pour ne pas avoir "rempli les promesses qu'il a faites à la Ligue arabe" sur la fin de la répression des civils, avait déclaré mercredi le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu lors d'un forum turco-arabe à Rabat.
La Turquie, la seule grande puissance régionale aux portes de la Syrie, a déjà annoncé avoir arrêté des projets d'explorations pétrolières conjointes et menacé de suspendre la fourniture d'électricité à son ancien allié. Les sanctions internationales ont provoqué l'arrêt quasi total de la production de brut en Syrie.
La France a, de son côté, estimé que le CNS devait "s'organiser" avant toute reconnaissance officielle. "On a des contacts avec eux, j'ai vu à Paris M. (Burhan) Ghalioun, qui en est le président. Nous les aidons, nous avons des contacts avec eux et nous les encourageons à s'organiser", a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, excluant dans l'immédiat une reconnaissance officielle par la France du CNS. Le CNS n'a été reconnu jusqu'à présent que par les nouvelles autorités libyennes.
Le chef de la diplomatie de l'Union européenne, Catherine Ashton a pour sa part répété qu’il est "temps pour le président Assad de démissionner". La Ligue arabe a exprimé "très clairement sa position" sur les événements en Syrie, a ajouté Mme Ashton.
Mercredi soir, la Ligue arabe a adressé un ultimatum de 72 heures au régime syrien pour mettre fin à la répression. "Si Damas n'accepte pas de coopérer avec la Ligue, des sanctions économiques seront adoptées contre la Syrie", a averti le Premier ministre du Qatar Hamad ben Jassem. Cheikh Hamad, dont le pays assure la présidence en exercice de la Ligue, a également demandé à Damas d'autoriser une mission d'observateurs de la Ligue arabe en Syrie.



Les descendants d'Attila sont là, dans la Ligue et dans la région. Ils sont prêts à la mettre toute à feu et à sang, à tout risquer et à tout brûler. Guerre aux dimensions régionales, mais aux ramifications internationales. Exécuteur : Attila le moderne ! La région brûlerait et les Nérons des Romes s'y délecteraient du sang et chanteraient aux flammes et aux catastrophes qui dévasteraient tout, aux sons des cornemuses et des lyres occidentales, et des trompettes qui ont fait tomber les murs de Jéricho. Tous les fous et sanguinaires du monde alliés dans leur hystértique folie. Anastase Tsiris
15 h 33, le 17 novembre 2011