Dans ce climat tumultueux et exaltant de mouvements populaires et de révolutions qui traverse le monde indifféremment du Nord au Sud, mais qui touche de très près le Liban tant le monde arabe, tout autour, est atteint par cette soif de changement, il était tout naturel d’initier une réflexion en profondeur sur les événements que nous traversons. Nous vivons en effet désormais à l’heure du printemps arabe et les paramètres qui prévalaient auparavant ne semblent plus vraiment d’actualité. Pour tenter d’apporter un éclairage tout neuf et de stimuler une réflexion novatrice sur ces changements en cours, « L’Orient-Le Jour » lance aujourd’hui une nouvelle rubrique, crée un nouvel espace de réflexion, en invitant régulièrement un expert à développer une analyse sur un sujet, sur son thème de prédilection, le Liban et les affaires libanaises restant toujours en toile de fond.
Printemps arabe oblige, c’est donc de toute évidence avec la question centrale pour le monde arabe et le Liban de l’édification de l’État palestinien, avec ses épiphénomènes directs comme la question des réfugiés, que nous initions cette aventure. Et c’est avec le jeune et talentueux expert en la matière, Ziad el-Sayegh, écrivain politique et conseiller du président du comité de dialogue libano-palestinien près la présidence du Conseil des ministres entre 2006 et 2010, que nous entamons aujourd’hui ce cycle.



Une délégation FL en tournée à Hasbaya et Marjeyoun en soutien aux habitants du Sud
En espérant que cette «réflexion en profondeur» ne se contentera pas de considérer ce Printemps par le petit bout de la lorgnette, mais par le gros bout, et que l’autre point de vue aura voix au chapitre (ce dont je doute). Les effets pervers de ce printemps (auquel j’adhère personnellement) seront-ils relevés, tels que la montée post-printanière de l’intégrisme en Tunisie, l’institution post-printanière de la chari’a en Libye et la nouvelle forme progressive de persécution post-printanière des chrétiens d’Égypte, ce qui vient apporter de l’eau au moulin des tenants de l’alliance des minorités? Les «printaniers» rétorqueront que la révolution doit prendre son temps pour asseoir sa démocratie et sa laïcité, ses peuples n’étant pas encore préparés à ce genre de régime. C’est-à-dire qu’il faudra que les minoritaires existants acceptent d’assumer le sacrifice, en bons agneaux qu’ils sont, qu’ils se fassent massacrer et exiler dans un premier temps, comme en Irak, écraser par les blindés, comme en Égypte, pour que les générations majoritaires et minoritaires futures (s’il en restera de minoritaires) fusionnent ensemble dans une société modèle utopique et démocratique, dans la conviction hallucinatoire que le XXIème siècle arabe sera areligieux ou ne sera pas.
08 h 29, le 15 novembre 2011