La déception et la désaffection actuelles face au politique (décrédibilisation des hommes politiques, individualisme et perte du sens du commun, inaccessibilité des centres de décision...) qui est en train de s’écarter de son objectif premier, essentiellement le bien commun, ne devrait pas mener à une rupture mais à une certaine réhabilitation globale.
Il faudrait savoir qu’il n’y aura jamais de parti politique idéal et que les compromis sont donc nécessaires pour arriver à des ententes stratégiques. Mais l’engagement pour l’intérêt général, la participation à des actions de solidarité sociale, les initiatives pour la lutte contre la pauvreté et l’exclusion, tout cela nous montre à quel point, parallèlement au malaise, il existe une émergence du sentiment de la « chose publique » dans son sens profond et surtout au niveau des femmes et des jeunes.
D’ailleurs, il faudrait faire la distinction entre « la » politique et « le » politique, qui sont deux concepts profondément liés.
Jean-Paul II définit la politique comme étant « l’action pour promouvoir le bien commun par des institutions, dans nos choix ».
Le politique étant ce qui permet la cohésion sociale d’une société, à travers les forces institutionnalisées qui y interagissent. C’est donc le contenant invisible qui permet aux libertés individuelles de s’exprimer sans se soucier de ce qui les lie.
L’État se trouve au cœur du politique qui permet à la politique de fonctionner à son tour.
Trois postions peuvent
affecter négativement ce
politique :
a) Dire que tout est politique risque de tout niveler,
or l’affectif, le spirituel, le sens de la gratuité et de la fraternité ne relèvent pas du politique.
b) Prétendre qu’on ne fait pas de politique est en soi un acte politique parce que chaque action quotidienne a un impact sur la justice et l’espace de vie commune.
c) Considérer qu’il ne faut pas mélanger morale et politique risque d’enfermer la morale dans le privé et la politique dans l’amoralité.
De vastes champs de réflexion et d’action s’ouvrent
à qui veut investir positivement ce politique qui est un moyen de travailler pour le bien de l’homme, selon des convictions profondes, en tenant compte du pluralisme de cette société de débat. Ainsi, les notions de paix, de mondialisation, de développement, d’écologie, sont autant de niveaux possibles et nécessaires pourvu que les croyances individuelles débouchent sur des valeurs collectives partagées.
Qu’on le veuille ou pas, les valeurs issues d’une foi, qui propose de lutter contre les exclusions, de prôner la fraternité universelle, de s’engager pour le développement humain, ces valeurs se trouvent obligatoirement en plein dans les implications politiques et sociales qui organisent les rapports sociaux. Donc la foi peut ne pas être très loin de ce politique qui s’en trouve quelque peu façonné (d’ailleurs les droits de l’homme n’en sont-ils pas issus ?). Il ne faut pas en faire un tabou, sous des conditions qui éviteraient deux risques majeurs :
– Trop distancier foi et politique, car la politique n’aurait alors rien à voir avec le bien commun.
– Ne pas assez distancier foi et politique, d’où le risque de totalitarisme et d’intégrisme.
La foi ne devrait intervenir que dans la pratique du politique qui se veut égalitaire et pluraliste, dans l’espérance d’un monde plus juste, dans l’acceptation de l’autre, dans l’unité, dans la réserve quant au manquement au bien commun et en même temps, dans l’ouverture à la possibilité de rédemption.
Les canaux seraient par ce biais reliés, entre le privé et le politique, dans un passage nécessaire de l’individualisme au nationalisme et du nationalisme à l’universalisme.
Alors peut-être le politique trouvera-t-il l’une des issues de réhabilitation.


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