L’un des principaux participants au processus au bout duquel l’Armée républicaine irlandaise (IRA) a finalement abandonné son combat armé en Irlande du Nord, l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, a salué la fin du « dernier affrontement armé en Europe ». « Nous devons tous nous en réjouir et travailler ensemble pour que cette paix soit irréversible », a exhorté l’ex-Premier ministre. Il a appelé la communauté internationale à donner « tout le soutien possible » au prochain gouvernement espagnol, issu des élections du 20 novembre, qui aura la « charge » de gérer les conséquences du conflit.
Autre protagoniste majeur du processus irlandais, Gerry Adams, accusé d’avoir été un dirigeant de l’IRA quand ce mouvement luttait pour le rattachement de la province britannique d’Ulster à la République d’Irlande, a également salué l’annonce de l’ETA et appelé Madrid et Paris à accepter des discussions. Aujourd’hui, le président du parti nationaliste Sinn Fein a également participé à la conférence internationale de Saint-Sébastien (Pays basque espagnol), qui avait appelé l’ETA à annoncer l’arrêt définitif de toute violence. Les militants de l’IRA et de l’ETA avaient entretenu des liens suivis quand l’un et l’autre étaient engagés dans la lutte. « Ces 12 dernières années, des dirigeants du Sinn Fein, dont moi-même, avons rencontré de nombreuses personnes au Pays basque et quelques-unes de l’État espagnol », a-t-il précisé sur la BBC.
Rappelons que le long processus de paix en Irlande du Nord, freiné par la défiance mutuelle, a mis fin à 30 années de violences entre séparatistes catholiques et protestants loyalistes responsables de la mort de plus de 3 000 personnes. Après deux ans de négociations menées par l’ancien sénateur américain George Mitchell, les accords du Vendredi saint ont finalement été signés le 10 avril 1998. Obtenu à l’issue de grosses concessions de part et d’autre, l’accord prévoyait notamment le désarmement de tous les groupes paramilitaires, davantage d’autonomie pour l’Irlande du Nord avec une nouvelle répartition des pouvoirs au sein de la province, et la libération des prisonniers.
Mais la violence n’a pas cessé immédiatement : quatre mois après, un groupe dissident opposé aux accords de paix a commis l’attentat le plus sanglant de tout le conflit dans la ville d’Omagh (29 morts et plus de 200 blessés). Et encore aujourd’hui, des groupuscules dissidents se manifestent sporadiquement. L’IRA, qui avait déclaré une première trêve en 1994 et une autre en 1997, a mis sept ans avant d’annoncer la fin de la lutte armée en juillet 2005. Une annonce confirmée deux mois plus tard par une commission internationale indépendante.
« La plupart des difficultés ont concerné la mise en œuvre de l’accord », souligne Paul Mitchell, professeur de sciences politiques à la London School of Economics. Notamment la destruction de l’armement de l’IRA, qui a pris « beaucoup de temps », parce que c’était « symboliquement très difficile » pour ce mouvement. L’expert souligne la détermination à l’époque du Royaume-Uni d’en finir avec ce conflit. Londres était prêt « à faire toutes les concessions raisonnables qui paraissaient nécessaires pour résoudre le conflit », explique-t-il.
Pour Tony Blair, en Espagne « comme en Irlande du Nord, il est nécessaire de s’attaquer aux conséquences du conflit avec des négociations sur le démantèlement des armements, la démobilisation de l’ETA, sur la question des prisonniers et des exilés et d’une normalisation en matière de sécurité ». Sans oublier les victimes dont les familles doivent « être indemnisées et soutenues ».
©AFP

