François Hollande, hier soir, après l'annonce de sa victoire. Patrick Kovarik/
"Ce n'est que le premier jour d'un long chemin" : dès sa brillante victoire dimanche sur sa rivale Martine Aubry, François Hollande, désormais champion officiel du Parti Socialiste pour la présidentielle française, a mis le cap sur 2012. Avec près de 57% de voix des quelque 3 millions de votants du deuxième tour de la primaire, le député de Corrèze et ancien secrétaire général du PS a obtenu la "majorité large" qu'il sollicitait et qui sera la pierre angulaire du "rassemblement", son maître mot, que tous appellent désormais de leurs vœux.
"Quel incroyablement retournement de situation pour celui sur qui, il n’y a pas si longtemps, personne n’aurait misé un kopeck", commente Bertrand Duchet dans L’Union/L’Ardennais, rappelant qu’il y a quelques mois seulement, François Hollande n’existait pas, ou si peu, dans l’ombre de Dominique Strauss-Kahn. Avant la chute de DSK, "la candidature de François Hollande paraissait alors sympathique sans doute, mais un tantinet incongrue. Huit mois et une primaire plus tard, il a gagné en crédibilité ce qu'il a perdu en poids", note Jean Michel Bretonnier dans la Voix du Nord.
DSK écarté, pour cause de gros dérapage, la victoire de François Hollande est reconnue par les journaux français comme "net(te) et sans bavure", comme le souligne Philippe Waucampt dans le Républicain lorrain, ajoutant que "l'écart entre les deux finalistes de la primaire est suffisamment important pour asseoir la légitimité du désormais candidat socialiste à la présidentielle". Même son de cloche dans La Croix, qui évoque une victoire "incontestable" ou dans le Figaro qui parle d’un "succès net".
"Non seulement cette investiture marque un tournant dans la pratique politique de notre pays mais elle donne au candidat socialiste une onction populaire qui le met à l'abri de la critique la plus évidente dont il aurait pu être la cible : celle de n'être qu'un apparatchik désigné par un parti qu'il a lui-même dirigé durant une décennie", renchérit Jérôme Glaize dans Le Maine libre.
Mais impossible pour le député de Corrèze de s'assoupir sur ses lauriers car "c'est maintenant que tout commence", insiste comme la plupart de ses confrères Jean-Claude Soulery dans La Dépêche du Midi. "Il est temps désormais que commence le débat le plus déterminant", celui qui va l'opposer à la droite, explique Dominique Seux dans Les Echos.
Sous le plume de Paul-Henri du Limbert, Le Figaro estime même que "les ennuis commencent pour François Hollande" car son "vrai problème (...) sera de réunir toutes ces gauches qui se sont exprimées au cours de la primaire". Le directeur de Libération, Nicolas Demorand, met lui aussi en garde le Parti socialiste, qui "devra être uni et au service du candidat désigné par les sympathisants de gauche. Sans quoi 2012 pourra être ajouté à la longue liste des présidentielles perdues depuis François Mitterrand". "Diriger un pays n'est pas choisir un candidat" et il "reste à former un pack solide pour entrer sans faiblir dans la mêlée", résume David Guévart dans le Courrier Picard, recourant à la métaphore rugbystique du moment.
A chacun son image. Xavier Panon (La Montagne) prévoit que "la bataille sera féroce" et "le général en chef Hollande aura besoin d’une armée toute dévouée, d’une énorme capacité à encaisser, à donner des coups". "François Hollande a gagné une bataille. Pas la guerre", ose Philippe Palat dans le Midi libre. « Reste l’obstacle majeur : Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui Président sortant affaibli, candidat non déclaré mais prêt à bondir, on le connaît terriblement combatif dans l’arène électorale. C’est sûr, le nouveau pèlerinage de François Hollande promet plus d’épines que de roses. C’est le prix à payer pour être élyséable", poursuit Philippe Palat.
Michel Lepinay (Paris Normandie) annonce, lui aussi, une "course certainement beaucoup plus dure, où les fleurets ne seront plus mouchetés, où les coups ne seront plus retenus". Patrick Planchenault, de L'Est-Eclair, décrit "un long chemin qui (...) est loin d'être pavé de roses".
Le candidat lui-même "devra faire la preuve qu'il sera assez fort, assez ferme, assez crédible pour construire sa seconde campagne sur autre chose que le rejet de la personne de Nicolas Sarkozy", explique Michel Urvoy dans Ouest-France. "Depuis un an et demi, François Hollande fait aussi beaucoup de terrain. Il doit faire campagne en précisant son programme présidentiel et en gagnant en visibilité sur le plan international", avertit Dominique Garraud dans La Charente Libre. François Hollande "va devoir changer de braquet pour aborder la grande confrontation de mai 2012", commente, pour sa part, Patrice Chabanet dans Le Journal de la Haute-Marne.
En ce qui concerne l’UMP, le parti de Nicolas Sarkozy, "la victoire de Hollande n'est pas la meilleure nouvelle. Plus insaisissable, plus difficile à combattre sur le terrain du bilan que la " dame des 35 heures ", plus centré qu'elle sur l'échiquier politique, moins clivant et vif dans la réplique, il risque de refroidir les espoirs de la majorité au centre, surtout en l'absence de Jean-Louis Borloo. Il peut aussi compliquer la vie de François Bayrou dont certaines thèses, notamment sur l'exemplarité de l'État, sont voisines. La gauche de la gauche, en revanche, va reprendre espoir. (...) Et, d'ici au 6 mai 2012, lui, le gentil, le consensuel, devra faire la preuve qu'il sera assez fort, assez ferme, assez crédible pour construire sa seconde campagne sur autre chose que le rejet de la personne de Nicolas Sarkozy ", note Michel Urvoy, dans Ouest-France.
"François Hollande est donc victorieux mais il s’est bien gardé de triompher. Et il a bien eu raison (...) c’est que le plus dur commence pour lui", résume Jacques Camus dans La République du Centre.
"Quel incroyablement retournement de situation pour celui sur qui, il n’y a pas si longtemps, personne n’aurait misé un kopeck", commente Bertrand Duchet dans L’Union/L’Ardennais, rappelant qu’il y a quelques mois seulement, François Hollande n’existait pas, ou si peu,...


