« Nous ne plierons pas devant les pressions (de l’Iran) et nous lui demanderons des comptes pour toute action hostile, à laquelle l’Arabie saoudite apportera une riposte appropriée », a averti le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud al-Fayçal, cité hier par des médias saoudiens. Le ministre, qui s’est exprimé à Vienne à l’occasion de l’inauguration jeudi d’un centre interreligieux, a qualifié « d’ignoble » le complot contre l’ambassadeur saoudien Adel al-Jubeir, révélé par les États-Unis. « La direction iranienne poursuit son ingérence dans les affaires des autres pays et ses tentatives répétées de (...) déstabiliser les États », a dit le prince, accusant Téhéran de dépêcher « ses agents dans différents pays arabes », dont le Koweït, l’Irak et le Liban, a rapporté le quotidien arabe à capitaux saoudiens al-Hayat. Mais le chef de la diplomatie saoudienne a refusé de préciser quelles seraient les mesures de rétorsion. « Il faut attendre et voir », a-t-il répondu aux journalistes qui l’interrogeaient sur un possible rappel de l’ambassadeur saoudien à Téhéran, selon Asharq al-Awsat.
Riyad « dispose de plusieurs options, diplomatiques et autres, dont une réduction de sa représentation diplomatique à Téhéran », a déclaré Salmane al-Doussari, rédacteur en chef du quotidien économique saoudien al-Iqtissadiya, écartant l’option militaire. « Il ne faut pas prendre le calme de la diplomatie saoudienne pour un signe de faiblesse », a-t-il ajouté, estimant que « les actions (belliqueuses) de l’Iran vont le mener devant la Cour pénale internationale ». « On peut s’attendre à tout de la part de l’Iran qui peut mobiliser ses cellules dormantes dans la région ou tenter de provoquer des problèmes dans les eaux du Golfe », a-t-il poursuivi. « L’Arabie saoudite ne peut pas accepter cette politique belliqueuse » de Téhéran, a indiqué l’universitaire saoudien Abdallah Qabbaa, estimant que Riyad pourrait « décider dans un premier temps un boycott économique ou une rupture des relations diplomatiques » avec l’Iran. « Les options possibles n’offrent à l’Arabie saoudite que des mesures politiques et des pressions sur l’Iran par l’intermédiaire des institutions internationales », a renchéri l’analyste saoudien Abdallah Hamid Eddine, soulignant que Riyad ne devrait pas « s’engager dans des initiatives séparées ».
De son côté, l’Iran a démenti tout contact avec les États-Unis concernant le complot présumé, ont rapporté les agences de presse iraniennes. La mission permanente de la République islamique d’Iran aux Nations unies nie « un contact direct » entre des responsables iraniens et américains, ont affirmé les agences ISNA et Fars. « Aucun contact de ce type n’a eu lieu » et « le bureau n’a aucune information à ce sujet », ont-elles ajouté en citant un communiqué de la mission iranienne à New York. Jeudi, la porte-parole du département d’État américain, Victoria Nuland, avait affirmé que les États-Unis avaient eu « des contacts directs avec l’Iran » à propos du complot déjoué, en précisant qu’ils avaient eu lieu mercredi et pas en Iran. Une source au département d’État avait précisé, sous le couvert de l’anonymat, que cet échange avait eu lieu à l’initiative des États-Unis.
Quant aux États-Unis, ils sont à la recherche d’un « soutien multilatéral » pour s’en prendre à la Banque centrale iranienne, a annoncé hier David Cohen, secrétaire adjoint au Trésor. Les États-Unis ont placé depuis longtemps sur leur liste noire la majorité des établissements bancaires iraniens et n’ont, comme l’a rappelé M. Cohen, aucun contact avec la Banque centrale. Mais le placement sur liste noire de la Banque centrale iranienne elle-même, qui est au cœur des intérêts de la République islamique en matière de finances et d’énergie, obligerait toute société étrangère à choisir entre faire des affaires avec la banque ou avec les États-Unis. Selon les experts, une telle décision aurait de profondes implications pour les banques étrangères, pour les revenus du gouvernement iranien et pour la stabilité de la monnaie iranienne.
Enfin, le Premier ministre canadien Stephen Harper a déclaré que l’Iran représente « la plus grave menace » pour la paix et la sécurité dans le monde. Jeudi, le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, a laissé entendre que le Canada pourrait se joindre à d’éventuelles nouvelles sanctions contre Téhéran, affirmant qu’Ottawa collaborerait avec ses partenaires internationaux au sujet « des conséquences concernant les actes de l’Iran ».
(Source : agences)

