Le chef des FL s’entretenant avec le député Amine Wehbé. Photo Aldo Ayoub
L’opposition reproche au cabinet d’avoir tranché la question de façon « non étudiée » et même « désordonnée », uniquement pour être en mesure d’obtenir la suspension de la grève générale qui avait été décrétée par la CGTL.
Loin de cet état d’esprit, les milieux proches du Premier ministre, Nagib Mikati, font valoir que le chef du gouvernement est sorti renforcé de l’épreuve, puisqu’il a réussi à imposer son point de vue aux membres du cabinet alors même que les ministres du bloc duc hangement et de la réforme s’étaient opposés à son approche. Et ces milieux de rappeler que le chef du gouvernement s’était similairement imposé précédemment dans l’affaire du plan de l’électricité.
En réalité, si M. Mikati a pu faire passer son train de mesures sociales, c’est qu’outre le soutien des composantes « centristes » du gouvernement, il a bénéficié de la bienveillance du tandem Amal-Hezbollah, lesquels ne se sont pas solidarisés avec leurs alliés aounistes, mis en minorité. Ces derniers avaient contesté l’absence de traitement en profondeur de la question socio-économique.
Nombre de juristes consultés hier ont affirmé que les patrons sont contraints de mettre en application les décisions du gouvernement dès la parution du décret tant que le Conseil d’État ne sera pas prononcé sur leur validité, contestée par les organismes économiques. C’est notamment le cas de l’ancien député Hassan Rifaï et de Boutros Harb, député de Batroun et ancien ministre. Ce dernier a toutefois souligné à la LBC qu’avant même de se prononcer sur le fond, le Conseil d’État est en mesure de surseoir à l’exécution dudit décret, permettant le cas échéant aux entreprises de ne pas le mettre en application.
Le ministre des Finances, Mohammad Safadi, a en quelque sorte apporté hier de l’eau au moulin du patronat, en reconnaissant que l’État « n’est pas censé intervenir au-delà de la fixation du salaire minimum ». « Cependant, nous sommes intervenus plus qu’il ne faut parce que tout le monde nous l’a demandé », a ajouté M. Safadi à la « Voix du Liban 100.5 », en précisant que jusqu’ici le mesures de réajustement ne concernent que le secteur privé.
Pour en revenir à Boutros Harb, ce dernier devait dans une déclaration à la télévision du « Futur » dénoncer le caractère « désordonné » des réajustements décidés par le gouvernement. « Ce sont des mesures adoptées sous pression de la CGTL, sans études statistiques, sans prise en compte de l’indice des prix et uniquement pour éviter la grève », a-t-il dit.
« Des décisions de ce type doivent être prises sur une base scientifique, faute de quoi on risque de mécontenter, comme c’est le cas, et la centrale syndicale et le patronat », a-t-il encore souligné.
Et à la MTV, M. Harb est revenu à la charge, critiquant cette fois-ci la « politisation » de la CGTL. « Si elle continue comme cela, la centrale syndicale ne serait plus en mesure de se prévaloir de guider le processus social », a-t-il dit.
Disant à peu près la même chose, le député Ziad Assouad, du bloc du Changement et de la Réforme, a affirmé que la CGTL « n’est plus digne de confiance » et a réclamé la démission de son directoire qui a « laissé les problèmes des travailleurs s’accumuler pendant des années ».
Évoquant également des « mesures désordonnées », Jean Oghassabian, député de Beyrouth (bloc du Futur), a qualifié de « chaos sans précédent » les répercussions des mesures gouvernementales en matière sociale et estimé que « la situation n’est pas près de s’améliorer du fait des divergences croissantes entre les diverses composantes du gouvernement et leurs agendas contradictoires ».
Son collègue Amine
Wehbé (Békaa-Ouest) a placé le problème dans un contexte plus large, soulignant, à l’issue d’un entretien avec le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, à Meerab, que « le véritable traitement de la question de la vie chère doit commencer par l’instauration d’une stabilité sécuritaire et politique propice à la croissance économique ».

