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Liban - Réconciliation

Mémoires druze et chrétienne : approche comparative

Les mémoires liées aux douloureux événements de 1860 semblent conditionnées par le projet collectif tracé pour la communauté. Le tissu de ce projet et celui de la mémoire sont faits d’une même texture, celle d’un imaginaire amplifié, sinon conditionné, par un certain ego communautaire.
« L’histoire du Liban est celle du développement de la démographie dans ses dimensions sociale, politique et culturelle. C’est ainsi que les Libanais, en tant que collectivités, perçoivent leur passé », affirme le journaliste Sleimane Takieddine, président de l’Union des écrivains libanais. Il estime de surcroît que « les Libanais n’ont pas réussi à trouver une formule régissant leur réunion politique en dehors d’une mémoire liée à la dyade de l’identité et de la terre ». Examinant « la mémoire druze des événements de 1860, ou de ce qu’ils ont considéré être une tentative d’anéantir leur présence et de les contraindre à l’exil à Haurane », M. Takieddine affirme d’abord que celle-ci « s’est dissipée au-delà de toute expectative ». « Sans la guerre de la Montagne, en 1982 et 1983, la crise des relations druzo-maronites n’aurait pas ressurgi ». Cette dissipation de la mémoire peut s’expliquer par « l’absence chez les druzes, à la différence des autres communautés, d’un projet politique, qui est en général le corollaire de la mémoire ». Dans ce cadre, M. Takieddine souligne la minceur de l’historiographie druze (le seul récit connu sur 1840-1860 est Le Livre des harakate de Youssef Khattar Abou Chacra), par rapport à l’abondance des écrits historiques chrétiens, « entretenant une approche idéologique complète dans l’aboutissement de leur projet politique ».
La mémoire des druzes paraît de surcroît lacunaire. M. Takieddine estime que « dans leur conscience collective, prévaut une résignation à l’idée que dans la guerre, ils sont toujours gagnants, et en politique, toujours perdants ». Le journaliste paraît dénoncer cette autodélimitation de la confession à la seule vocation de combat, qui se serait déployée de nouveau à l’aune de 1975. Il paraît la dénoncer puisqu’elle occulte « une transformation foncière dans la société druze, celle de son passage de la tradition absolue à la modernité ». Cette mutation s’est traduite dans les relations sociales et l’émergence de familles druzes, autres que celles des « muqata’ji » (ou seigneurs féodaux), qui se sont engagées dans l’armée, la magistrature et l’administration de la moutassarrifiyya. M. Takieddine cite notamment dans ce cadre les familles Hamadé, Khodr, Bou Chacra, Takieddine, Choucair... Ne s’attardant que sur les cinq grandes familles des muqata’ji pour relater les événements, et faisant fi des circonstances entourant « l’ascension des joumblattis », l’historiographie druze et, a fortiori, sa mémoire n’évoquent donc que « très rarement les transformations sociales de la communauté ». Une autocritique historique se constituait pourtant au milieu du XXe siècle, au fur et à mesure que les druzes s’intégraient « dans la société civile plus large » que cet espace géographique du Mont-Liban auquel ils s’étaient traditionnellement limités. Mais les événements de la Montagne en 1982-1983 ont interrompu cette dynamique, remettant en éveil « la seule chose qu’ils auront retenue des événements de 1860 : l’historiographie des maronites qui ont bâti une légende propre, en mettant leurs “naksa” avec les druzes au service de leur prise de contrôle sur la Montagne ».

Mémoire libaniste
Pour sa part, Maissa Jalloul, jeune doctorante à l’Ehess de Paris, s’attarde sur « la victimisation des chrétiens », face au problème des harakate. Les libanistes (notamment Charles Corm à travers la Revue phénicienne) tendront à « évacuer » l’étape de 1860, en tirant « un rideau pudique sur la violence endogène » qui aura secoué une Montagne « sanctuaire d’une identité libanaise séculaire, farouchement attachée à son indépendance ». Cette volonté d’évacuation par « les euphémismes et les non-dits » est soutenue par la conviction que « la caractérisation communautaire, potentiellement pathogène pour l’idée d’État, doit être exorcisée », explique Mme Jalloul en citant Boulos Njeim. Et le support d’une telle exorcisation, qui se veut compatible avec « cette dignité » appelant à l’action plutôt qu’à la victimisation, se mue dans une « exaltation des origines phéniciennes ». Ce processus d’exaltation devient ainsi « un moyen pour les chrétiens de retourner le stigmate de la victimisation », déclenchée au lendemain de 1860 et reproduite lors de la famine de 1919, conclut Mme Jalloul.
« L’histoire du Liban est celle du développement de la démographie dans ses dimensions sociale, politique et culturelle. C’est ainsi que les Libanais, en tant que collectivités, perçoivent leur passé », affirme le journaliste Sleimane Takieddine, président de l’Union des écrivains libanais. Il estime de surcroît que « les Libanais n’ont pas réussi à trouver une formule régissant leur réunion politique en dehors d’une mémoire liée à la dyade de l’identité et de la terre ». Examinant « la mémoire druze des événements de 1860, ou de ce qu’ils ont considéré être une tentative d’anéantir leur présence et de les contraindre à l’exil à Haurane », M. Takieddine affirme d’abord que celle-ci « s’est dissipée au-delà de toute expectative ». « Sans la guerre de la Montagne, en 1982...
commentaires (2)

Avec ce que dit Christian. Anastase Tsiris

Anastase Tsiris

03 h 12, le 14 octobre 2011

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Commentaires (2)

  • Avec ce que dit Christian. Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    03 h 12, le 14 octobre 2011

  • C'est çà...et si ma tante en avait,on l'appellerait mon oncle...je vais t'en foutre moi de la victimisation!!!En 1860,il s'est agi ni plus ni moins d'un massacre généralisé,effectué par surprise et parfaitement coordonné...les pseudo- consensualistes qui essayent de réecrire l'histoire sont des faussaires négationnistes dignes de leurs émules turcs ( avec lesquels leur petit copain Chebli el Arian était d'ailleurs très ami....)Seule la Vérité peut réconcilier...pas les mensonges et les "interprétations" modificatrices des faits...Encore unpeu et les masacreurs vont devenir des "saints"...mais on a l'habitude,n'est ce pas?

    GEDEON Christian

    20 h 35, le 13 octobre 2011

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