La mémoire des druzes paraît de surcroît lacunaire. M. Takieddine estime que « dans leur conscience collective, prévaut une résignation à l’idée que dans la guerre, ils sont toujours gagnants, et en politique, toujours perdants ». Le journaliste paraît dénoncer cette autodélimitation de la confession à la seule vocation de combat, qui se serait déployée de nouveau à l’aune de 1975. Il paraît la dénoncer puisqu’elle occulte « une transformation foncière dans la société druze, celle de son passage de la tradition absolue à la modernité ». Cette mutation s’est traduite dans les relations sociales et l’émergence de familles druzes, autres que celles des « muqata’ji » (ou seigneurs féodaux), qui se sont engagées dans l’armée, la magistrature et l’administration de la moutassarrifiyya. M. Takieddine cite notamment dans ce cadre les familles Hamadé, Khodr, Bou Chacra, Takieddine, Choucair... Ne s’attardant que sur les cinq grandes familles des muqata’ji pour relater les événements, et faisant fi des circonstances entourant « l’ascension des joumblattis », l’historiographie druze et, a fortiori, sa mémoire n’évoquent donc que « très rarement les transformations sociales de la communauté ». Une autocritique historique se constituait pourtant au milieu du XXe siècle, au fur et à mesure que les druzes s’intégraient « dans la société civile plus large » que cet espace géographique du Mont-Liban auquel ils s’étaient traditionnellement limités. Mais les événements de la Montagne en 1982-1983 ont interrompu cette dynamique, remettant en éveil « la seule chose qu’ils auront retenue des événements de 1860 : l’historiographie des maronites qui ont bâti une légende propre, en mettant leurs “naksa” avec les druzes au service de leur prise de contrôle sur la Montagne ».
Mémoire libaniste
Pour sa part, Maissa Jalloul, jeune doctorante à l’Ehess de Paris, s’attarde sur « la victimisation des chrétiens », face au problème des harakate. Les libanistes (notamment Charles Corm à travers la Revue phénicienne) tendront à « évacuer » l’étape de 1860, en tirant « un rideau pudique sur la violence endogène » qui aura secoué une Montagne « sanctuaire d’une identité libanaise séculaire, farouchement attachée à son indépendance ». Cette volonté d’évacuation par « les euphémismes et les non-dits » est soutenue par la conviction que « la caractérisation communautaire, potentiellement pathogène pour l’idée d’État, doit être exorcisée », explique Mme Jalloul en citant Boulos Njeim. Et le support d’une telle exorcisation, qui se veut compatible avec « cette dignité » appelant à l’action plutôt qu’à la victimisation, se mue dans une « exaltation des origines phéniciennes ». Ce processus d’exaltation devient ainsi « un moyen pour les chrétiens de retourner le stigmate de la victimisation », déclenchée au lendemain de 1860 et reproduite lors de la famine de 1919, conclut Mme Jalloul.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
Avec ce que dit Christian. Anastase Tsiris
03 h 12, le 14 octobre 2011