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Culture

« No Vacancy » pour le travail de mémoire...

Exposition Elle est l’une des dix artistes internationaux qui font leur « Beirut Experience ». C’est dans ce cadre qu’Estefania Penafiel Loaiza a choisi d’investir le Hangar/UMAM-DR pour y présenter « No Vacancy », un travail sensible sur les archives de l’hôtel Carlton.
14/10/2011
Coproduite dans le cadre de « The Beirut Experience » par Attitudes (voir ci-dessous) et le Hangar/UMAM*, « No Vacancy » d’Estefania Penafiel Loaiza est une installation qui s’inscrit dans le projet « Last Days of Carlton » initié par UMAM. Lequel avait récupéré, en 2009, avant sa démolition, plusieurs caisses de documents d’archives de l’hôtel dans le but de s’en servir dans l’élaboration de travaux artistiques abordant le thème de la mémoire sociale et culturelle de Beyrouth.
C’est dans cet esprit qu’ Estefania Penafiel Loaiza, artiste équatoriano-parisienne, a été invitée à réaliser, au cours d’une résidence, en juillet dernier, dans la capitale libanaise, un travail à partir de ces archives mises à sa disposition.
Les archives d’un établissement hôtelier (intrinsèquement lié aux années florissantes d’avant-guerre) qui fut le quartier général de la fine fleur mondaine, politique et artistique libanaise entre les années 60 et 70 et qui est devenu, dans l’inconscient collectif, depuis sa destruction en 2009, le symbole de l’irruption de la guerre et de ses ravages.
De ces caisses de paperasses et de photos jaunies, Estefania Penafiel Loaiza a tiré une œuvre singulière, émouvante, mêlant des histoires personnelles aux stigmates d’un destin collectif.
Construite autour des traces « visibles et invisibles » de ce haut lieu beyrouthin – dont l’effacement lui aurait donné paradoxalement une visibilité nouvelle ? –, l’œuvre d’Estefania Penafiel Loaiza s’attache à explorer la mémoire de l’hôtel et, par-delà, celle de Beyrouth. En particulier à travers l’évocation de ceux qui en ont constitué l’un de ses piliers : ses salariés. D’où l’intitulé « No Vacancy », claire référence au jargon hôtelier, « qui joue aussi sur l’idée qu’il n’y a pas de vacances, pas de repos », souligne l’artiste qui, à partir d’empreintes de vie ténues conservées dans ces archives, à l’instar des photos du staff, de leurs fichiers personnels, mais encore de la poussière d’oxyde laissée par les agrafes sur les documents, a conçu un travail subtil qui interroge les notions duelles d’empreinte liée à la mémoire et d’éphémère du souvenir.

Écrit à la poudre de canon
Ainsi, avec de la poudre de canon et du charbon, matières précaires, volatiles, inflammables, potentiellement dangereuses et en même temps belles... comme les souvenirs, elle a « redessiné » un texte poétique de Mahmoud Darwiche intitulé Chambre d’hôtel, qui parle des traces que les couples d’amants laissent dans les chambres de ces établissements. Et par la transparence de l’écriture en relief sur la reproduction d’un carton d’annulation d’une réception de mariage qui devait se tenir à l’hôtel Carlton à l’orée de la guerre de 1975, elle évoque « l’illisibilité du visible ». En l’occurrence, celle des prémices des événements ?
L’artiste a aussi été sur le lieu de l’ancien Carlton filmer la vue sur mer à laquelle avaient accès absolument toutes les chambres de cet hôtel. Là, entre traces du passé et réalité actuelle, elle a confronté son travail sur les archives à la lumière du présent, pour en sortir une vidéo narrant, par caractères tapés sur fond d’horizon marin, des histoires de recrutement, d’évaluation, d’évolution de carrière, de départ à la retraite... bref, de vies de ceux qui y avaient été employés.
Une scénographie et un éclairage tout en finesse mettent en valeur les photos (des caisses d’archives sur lesquelles elle a travaillé), la vidéo et les sculptures de textes qui forment les différentes pièces de l’installation élaborée par Estefania Penafiel Loaiza au Hangar.
Un travail qui questionne les liens entre regard et imagination, visible et invisible, traces et volatilité du souvenir... Et un art, aux formes et esthétiques nouvelles, qui puise dans les archives des éléments de réflexion sur l’interaction de l’histoire et du présent. « No Vacancy » pour le travail de mémoire !
Jusqu’au 18 décembre.


*Beyrouth, Haret Hreik. Résidence Slim. Horaires d’ouverture : du mercredi au dimanche, de 12h à 21h. Tél. : 01/553604.

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