Sans tenter de citer des exemples, il y en aurait trop et nous ne saurions par lequel commencer, il suffirait de rappeler aux lecteurs combien de fois des incidents, souvent insignifiants, ont été sciemment enflés dans le but de créer des situations dramatiques là où elles n’existaient pas. Tout cela n’est pas fait pour pimenter l’actualité, mais dans le but de distraire le citoyen et l’empêcher de se rendre compte à quel degré on le berne et on le plume.
Pour mieux nous en rendre compte, tâchons de récapituler rapidement les événements qui se sont déroulés dans ce pays durant les six dernières années, sans remonter plus loin dans le passé. Le scénario est bien connu de tous. Suite à l’assassinat de Rafic Hariri, les troupes syriennes se retirent ; des manifestations ont lieu dans le pays le 8 et le 14 mars (d’où l’appellation par la suite de ces deux formations, NDLR), accentuant le clivage entre les deux groupes politiques. Les différents gouvernements Hariri se succèdent sans pour autant changer quoi que ce soit à la méthode de gouverner et aux résultats qui s’ensuivent. De nombreux mois s’écoulent durant lesquels l’opposition campe dans le centre-ville et l’administration est incapable d’accomplir quoi que ce soit d’utile. L’accord de Doha réussit tout juste à nous éviter le pire, mais ne produit aucun résultat tangible. Un nouveau président d’entente est élu sans que des résultats concrets pour le pays et pour les citoyens n’apparaissent. Au fil de ces six années, la dette nationale passe de $24 milliards en 2005 à $54 milliards. Ce dernier chiffre est soupçonné d’être, en fait, bien en deçà du vrai montant de notre dette, qui dépasse allègrement les soixante milliards de dollars, si l’on tient compte de tous les déficits qui se cachent derrière les comptes maquillés de l’administration.
Mais, fait beaucoup plus grave, durant ces six années, rien, absolument rien n’a été entrepris pour remettre l’économie sur les rails, remodeler l’infrastructure du pays ou améliorer le sort du citoyen. L’administration publique reste paralysée par manque d’effectifs et de cadres. La corruption ne cesse de sévir à tous les niveaux. Les jeunes, malgré certaines brèves prises de conscience vite oubliées, continuent à perdre espoir dans leur pays, et les dirigeants, eux, malgré la passation des pouvoirs récente d’un camp politique à l’autre, restent ce qu’ils ont toujours été, je n’en dirai pas plus. En effet, malgré les promesses ronflantes et les discours tonitruants, nous ne voyons rien pointer à l’horizon, sœur Anne. Et pour cause.
Dès le départ, cette nouvelle équipe, en fait, ne nous a rien promis de concret car ils étaient tous parfaitement conscients qu’ils n’avaient rien à offrir. Laissez-moi expliquer. Tout le monde sait que rien ne peut être accompli sans argent. Or la nouvelle équipe a démarré avec une dette faramineuse héritée de ses prédécesseurs, et pour tout capital tangible, le milliard et quart de dollars que l’ex-ministre des Communications, Charbel Nahas, avait réussi à bloquer à la Banque du Liban. Mais ce qui est pire encore, cette équipe ne s’est pas souciée d’élaborer ne serait-ce que les prémices d’un plan de travail pour l’année à venir. Si cela avait été le cas, pourquoi ne l’a-t-elle pas inclus dans la déclaration gouvernementale ? Je l’ai lu attentivement, cette déclaration de deux pages dans laquelle nulle mention n’est faite d’un plan quelconque pour sortir l’économie du pays du marasme dans lequel elle est plongée.
Mais il y a encore mieux à venir. Voilà bientôt quatre mois que ce gouvernement de trente ministres a été formé. Qu’ont-ils accompli de concret durant cette période ? Ils sont venus avec la promesse qu’ils seraient plus transparents que leurs prédécesseurs. Où est-elle cette transparence ?
N’est-il pas de notre droit, nous les citoyens, d’exiger un compte-rendu mensuel de leurs activités et de leurs réalisations ? Que comptent-ils faire à présent ? Où en est-on de ce fameux plan ? C’est bien simple, ils n’en ont pas, et pis, ils ne veulent pas en préparer un, car les citoyens seraient alors amenés à leur demander des comptes. Or cela, ils ne peuvent pas se le permettre.
Dans le prochain article, nous tâcherons d’identifier ce que nous serions en droit d’exiger de nos dirigeants et les avantages d’une telle
initiative.
(À suivre)
George SABAT

