Le pique-nique traditionnel de l’association vise, entre autres, à garder une cohésion entre les membres de la communauté libanaise.
En 1989, alors que la guerre faisait rage au Liban, un groupe de mères de familles émigrées, vivant dans la ville de Miami, en Floride aux États-Unis, ont décidé d’agir en faveur des écoliers libanais en difficulté. C’est ainsi qu’est née l’association Peace for Lebanon (Paix pour le Liban).
Paula Chidiac, l’une des fondatrices, explique que cette association avait, dès le début, deux objectifs principaux: perpétuer l’héritage libanais au sein de la communauté libanaise de Miami, et aider des familles en difficulté à scolariser leurs enfants au Liban. «À Miami, nous avons trois églises très actives, l’une maronite, la seconde grecque-catholique et la troisième grecque-orthodoxe, dit-elle. Elles sont toutes représentées dans notre comité exécutif.»
Peace for Lebanon, selon Paula Chidiac, a une particularité qui la différencie des autres ONG : elle a supprimé tout ce qui pouvait constituer des frais généraux, et consacre l’intégralité de l’argent qu’elle génère aux donations. « Nous n’avons pas de salaires, pas de loyer à payer, précise-t-elle. Nous faisons chaque année environ 50000 dollars que nous divisons sur cent enfants au Liban. »
L’aide de l’association va de préférence vers des écoles privées en difficulté financière ou en voie de fermeture. « Le plus souvent, il s’agit d’écoles catholiques dans les régions rurales et/ou mixtes, où les élèves n’ont pas vraiment le choix d’aller ailleurs, dit-elle. Ces écoles se trouvent en difficulté financière parce que beaucoup de familles ne peuvent plus payer les scolarités. Or ces établissements refusent de mettre ces enfants à la porte, et concèdent des réductions aux parents. »
Paula Chidiac explique que l’aide arrive aux bénéficiaires de la manière la plus transparente possible : d’une part, l’association compte sur la contribution bénévole d’une assistante sociale au Liban, qui visite les parents et évalue leur situation financière, en collaboration avec la direction de l’école. Ensuite, l’aide est versée directement à l’école au nom de l’enfant, durant une réunion entre les parents, l’association et la direction. Les trois parties gardent un reçu écrit.
«Notre aide n’est peut-être pas très impressionnante par rapport aux dons d’autres organisations, mais nous savons que chaque piastre est employée à bon escient, dit-elle. Nous avons bâti notre réputation sur cela. J’entretiens personnellement des contacts avec les écoles. »
À la question de savoir pourquoi l’association choisit d’épauler des établissements souvent au bord de la faillite, sachant que beaucoup d’élèves attendent de l’aide dans les grands établissements du pays, Paula Chidiac rappelle que grâce à Peace for Lebanon, certains établissements se sont sortis d’affaire. « Il faut savoir que dans les régions éloignées, certaines petites écoles privées scolarisent des enfants qui se retrouveraient à la rue si elles n’existaient plus, assure-t-elle. C’est ce que nous voulons empêcher, surtout que, et ce n’est pas un secret, le niveau des écoles privées est bien supérieur à celui des écoles publiques. »
Cette philosophie de l’association n’est pas qu’une vue de l’esprit : Paula Chidiac déplore la fermeture de certaines écoles que l’association a tenté en vain de sauver, comme l’école (publique celle-là) de Bkaakafra (hauteurs du Nord), ou l’école de Qaaqour (Haut-Metn). « Bkaakafra est le point le plus haut habité au Moyen-Orient, dit-elle. Je comprends les raisons économiques derrière la décision de fermeture, mais cette localité est bloquée par la neige des mois durant. Comment voulez-vous que ses vingt-cinq élèves se déplacent dans ces conditions? Quant à Qaaqour, son école catholique semi-gratuite a été fermée par l’évêché d’Antélias. C’est une tragédie parce que plusieurs parents ont dû envoyer leurs enfants à des orphelinats pour les scolariser. »
Actuellemnt, Peace for Lebanon aide financièrement sept écoles dans diverses régions libanaises: l’école et l’orphelinat de Beit Habbaq, dans le jurd de Jbeil, l’école Saint-Joseph de l’apparition à Tyr (établie en 1882), l’école Kadmous des frères des Apôtres, également à Tyr, l’école Saint-Vincent-de-Paul à Baskinta (Metn), tenue par les sœurs de Besançon, qui scolarise des enfants de tous les villages des environs, l’école de la Sainte-Famille des maronites à Ehmej (Jbeil), l’école des Franciscaines à Adonis, Jbeil. La plus récente des écoles sur la liste de l’association est celle de Hrajel (Kesrouan) où vingt nouveaux enfants s’inscriront cette année grâce à des bourses.
Aider malgré la crise financière
Peace for Lebanon a été fondée par des mères de famille peu enclines au porte-à-porte pour collecter des fonds. Leurs activités à Miami répondent à leurs deux objectifs: renforcer la cohésion entre les membres de la colonie libanaise et ramasser des aides pour les écoliers libanais. «Notre principale activité est un grand pique-nique organisé traditionnellement en février, raconte Paula Chidiac. Nous offrons uniquement des mets libanais, pour garder les jeunes d’origine libanaise en contact avec la culture de leurs grands-parents. Pour participer à ce pique-nique, les adultes payent dix dollars, et les enfants sept. Cela couvre à peine nos frais pour la location du parc. Nous organisons aussi un petit déjeuner pour les dames en octobre.»
Comment l’association fait-elle alors ses bénéfices ? « Nous laissons aux gens la liberté de nous payer ce qu’ils veulent, dit-elle. Ainsi, l’un des participants au pique-nique peut décider de nous donner mille dollars par exemple. Nous avons aussi des donateurs qui nous appuient traditionnellement depuis des années, notamment des individus aisés ou des organisations comme le Salam Club, un groupe fondé par des descendants d’émigrés de 1860 et de 1914. »
Paula Chidiac assure que, contrairement aux clichés, les émigrés n’ont pas la vie facile dans leur pays d’adoption, notamment avec la crise économique qui sévit actuellement aux États-Unis. « Il y a beaucoup de Libanais en difficulté financière à Miami, dit-elle. Mais je dois lever mon chapeau à la communauté libanaise là-bas : les aides n’ont pas baissé d’un dollar cette année. Je suis également fascinée par l’attachement à la terre des ancêtres. Certaines personnes issues de l’émigration très ancienne restent sensibles aux souffrances des écoliers du Liban, ce que je trouve admirable.»
À quelles difficultés les fondatrices de l’association font-elles face dans la collecte de fonds ? « Beaucoup d’émigrés s’excusent de ne pouvoir donner des aides parce qu’ils envoient déjà des sommes substantielles à leurs familles, dit-elle. D’autres n’ont pas la culture de la charité envers de parfaits étrangers, n’étant sensibles qu’à la fibre politique ou régionale. »
Paula Chidiac déplore l’attitude de certains Libanais qui dédaignent l’aide quand elle ne leur paraît pas considérable. «Notre expérience montre que même une aide de quelques centaines de dollars, quand elle est bien employée, peut faire des miracles. Preuve en est, certains des établissements que nous avons aidés au fil des années ont fini par se tirer d’affaire », dit-elle.
Elle ajoute: «J’en profite pour demander à chaque émigré d’y aller de son grain de sel. Si chacun d’entre nous initie ne serait-ce qu’une petite activité, le Liban aura tout ce qu’il lui faut.»
Cette page (parution les premier et troisième lundis de chaque mois) est réalisée en collaboration avec l’Association RJLiban. E-mail : monde@rjliban.com – www.rjliban.com


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