Toutes ces questions qui tombaient alors que ma fabuleuse expérience dans un ashram à Bangaloren, au sud de l’Inde, était loin d’être une excursion touristique, mais en quelque sorte un voyage initiatique. Le plus fabuleux des voyages à l’intérieur de moi-même. Loin de nous les capitales glamour, les bons restos, le shopping, les hôtels 5 étoiles, mais des réveils à l’aube avec douche glacée, des nuits passées couchés sur une latte de bois sans oreiller, un temps consacré au « seva » (bénévolat), à manger sain, de vie au milieu d’une nature luxuriante, des singes sympas, des serpents amicaux et des éléphants aux yeux superbement maquillés, du yoga, de la méditation et ces magnifiques exercices de respiration qui oxygènent le cerveau, agissant comme le plus puissant des antidépresseurs. Et tous les soirs, dans un sublime temple perché dans les rochers, cette cérémonie unique qu’est le « set sung » où, sur des airs sacrés euphorisants, des gens venus des quatre coins du monde se laissent aller à des chants divins, dansent langoureusement, les yeux fermés, à en avoir le tournis et entrent presque en transe. Spectaculaire ! Dans le cadre du séminaire avancé que j’ai suivi, où vous réalisez par le biais de techniques ludiques, cognitives, corporelles, méditatives et ayurvédiques combien votre ego est surdimensionné, combien vos problèmes, que vous croyiez insolubles et que vous aviez tellement à cœur, sont banals face à toute cette immensité.
Le plus ardu, du moins pour moi, amoureuse des mots et de l’art oratoire, était les cinq jours de silence... Interdiction formelle de parler, de lire, d’écrire, de communiquer par Internet, téléphone, texto, et même de cogiter et d’analyser ses idées. Toute pensée qui traverserait votre esprit, surtout gênante, devait passer en toute sérénité. Ainsi, au bout des cinq jours, toute votre tête, envahie de négativité et d’idées noires, se trouvait assainie, vous permettant de voir plus clair en vous, de ne retenir que l’essentiel et de n’exister que dans l’instant présent car le seul fait de vivre, de respirer est un don du ciel.
J’ai eu la chance d’avoir un entretien de quelques minutes avec le gourou de cet ashram – et j’en viens au sujet principal de mon billet –, le vénéré Sri Sri Ravi Sankhar. Je lui touchai un mot sur mes tourments. Il développa à mon intention une notion de laquelle dérivèrent deux autres qu’il serait intéressant de partager avec d’autres. Vous me diriez que, oui, on le sait, c’est vieux comme le monde. Mais un bref rappel ne ferait pas de mal à qui veut l’entendre, que ce soit sur le plan social ou politique. C’est très bien d’avoir des rêves, des ambitions, de la suite dans les idées, mais le « lâcher prise » est le fin mot de l’histoire. « Surrender », a insisté Gurugi. Savoir baisser les bras, déposer les armes n’est pas du tout une faiblesse. Ne s’agripper, ne dépendre, ne s’acharner sur rien dans cette vie et laisser venir les choses (ou pas) vers vous paisiblement. Ainsi, vous ne serez plus tributaire ou esclave d’une personne, de la société, de l’argent, d’un bien matériel, d’une position, d’un pouvoir, d’une idéologie. Vous serez un homme libre et jouirez ainsi d’une paix intérieure qui, elle, attirera vers vous la positivité et fera venir naturellement ce que vous avez tellement désiré, mais seulement si cette personne, cette idée ou ce bien vont vous convenir et doivent un jour ou l’autre vous appartenir. Cela ne veut pas dire attendre, béat, son destin. À partir de là, Guruji extrapola sur l’idée de « disspassion » laquelle va à l’encontre de mon caractère excessif. Mettre beaucoup d’amour et de cœur dans tout ce que l’on entreprend, le travail, les relations, les activités, les plaisirs, tout en sachant rester sobre, sans passion ni fougue, ni fioritures, ni effusions, ni fusion, pour éviter les attentes, les déceptions et la violence des effets boomerang issus de tout ce qui peut être intense et démesuré.
Pour finir par un incontournable chez les hindous : pour mériter un bon karma, il ne s’agit pas d’avoir un parcours zéro faute, nous sommes des humains après tout, mais d’essayer de pardonner pour que votre karma ne se retourne pas contre nous.
- « Mais, Gurugi, je viens d’un pays où il y a eu 30 ans de guerre, de massacres, de haine, de rancœur. Comment pouvoir pardonner à qui vous a fauché un avenir, un rêve, un bras, un enfant ? »
- « Ma fille, aimer ses amis et être aimé d’eux est chose évidente, c’est aimer son ennemi juré qui est la vraie gageure. Aimez-le, envoyez-lui des ondes positives et surtout priez pour lui. »
Bien entendu, je revins de ces seize jours formateurs on ne peut plus zen, plus mûre aussi. Je continue à pratiquer religieusement mes exercices de respiration, qui m’apportent équilibre et contrôle ; je m’astreins à aimer les personnes qui ne m’aiment pas.
Je suis suis revenue en sari et « bindi » (le brillant sur le front) rien que pour le show qui a fait rire les copines à l’aéroport Je demeure plus que jamais passionnelle et excessive, j’ai pris la résolution de devenir végétarienne, d’arrêter sucre, alcool et cigarette. Décisions évanouies dix jours plus tard pour l’impardonnable épicurienne que je suis.
Lina SINNO


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