Woody Miller n’a pour seuls vêtements et accessoires qu’une paire de baskets, une casquette de baseball et une montre.
Cœur battant des mouvements pour les droits des homosexuels dans les années 60 et 70, le Castro – où les sex-shops voisinent avec les cafés et restaurants branchés – reste un bastion progressiste. Mais même le Castro a ses limites, considère Scott Wiener, nouvel élu démocrate du quartier – où il habite depuis 14 ans – au conseil municipal. M. Wiener veut faire adopter un texte qui obligerait les nudistes à couvrir les bancs et fauteuils publics avant de s’asseoir et à s’habiller pour entrer dans les restaurants. Les amendes iraient de 100 à plus de 1000 dollars, assorties de prison pour les récidivistes. «Ces dernières années, c’est devenu plus insupportable et provocant», affirme M. Wiener. «Ils traînent, occupent plein de sièges et s’assoient sans rien couvrir. Ce n’est pas propre», dénonce-t-il.
Mais M. Miller ne voit pas l’intérêt de la proposition de l’élu. «Couvrir le siège avant de s’asseoir? Cela va de soi, on n’a pas besoin de légiférer pour ça. C’est écrit dans le “livret du nudiste”: on ne va nulle part sans sa serviette», dit-il.
La loi californienne interdit d’exhiber ses parties génitales «dans un but lubrique». L’usage à San Francisco veut qu’on ne considère pas le nudisme comme lubrique, et la police n’arrête pas les citoyens en tenue d’Ève ou d’Adam.
L’écrivain et entrepreneur George Davis, 65 ans, nudiste militant, partage l’avis de Woddy Miller. «C’est une peur irrationnelle», déclare-t-il, avec pour tout accoutrement un chapeau, des lunettes de soleil et un téléphone portable attaché à la taille. «Vous devriez être plus inquiet que je tousse devant vous que de vous asseoir à ma place», assure-t-il.
Une trentaine de nudistes se sont réunis samedi à Castro, sous le mot d’ordre «Nude not lewd» (nu mais pas obscène), un rassemblement qui était prévu avant l’initiative de Scott Wiener. Le texte de l’élu démocrate interdirait également aux restaurants de servir des nudistes. Une disposition inutile, selon Michael England, serveur à l’Orphan Andy’s, un restaurant du Castro ouvert 24h/24. Orphan Andy’s a déjà un règlement vestimentaire, comme beaucoup de restaurants aux États-Unis, qui oblige ses clients à porter une chemise et des chaussures – «et un pantalon aussi, je suppose», déclare M. England.
James Viggiano, 57 ans, un habitant de San Francisco qui se rend souvent au Castro, a déjà remarqué des nudistes dans les restaurants qu’il fréquente. Et il n’apprécie pas trop. «Je ne pense pas que ce soit très sain. Je trouve ça choquant, il y a des enfants qui vivent dans le quartier, il y a des touristes, et tout à coup, on devient une colonie de nudistes», déclare-t-il. Mais ses craintes ne sont pas partagées par Dan Glazer, propriétaire de la boulangerie Hot Cookie, qui pense que les Naked Guys constituent à eux seuls une attraction touristique. «À mon avis, c’est bon pour le commerce», ajoutant: « Chez Hot Cookie, on n’a aucun problème avec les Naked Guys. On vend des cookies en forme de pénis.»
(Source : AFP)

